Guerre froide 2.0 ?

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue... (Photo ALEXEI DRUZHININ, archives SPUTNIK/Agence France-Presse)

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Le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama en septembre au sommet du G20 à Hangzhou, en Chine. La situation à Alep a provoqué un regain de tension entre Moscou et Washington sur la Syrie.

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Pendant que le monde découvrait avec stupeur les perversions et turpitudes de Donald Trump, une série de rebondissements internationaux, un peu moins flamboyants, sont passés presque inaperçus. Mis bout à bout, ils signalent une inquiétante montée des tensions entre Moscou et Washington. Et aussi, plus largement, entre la Russie et l'Occident.

Le phénomène n'est pas nouveau en soi. Les relations russo-américaines ont pris un sérieux coup de froid il y a deux ans, dans la foulée de l'annexion de la Crimée et de la guerre civile ukrainienne.

La nouvelle escalade a éclaté autour d'un autre terrain d'affrontement : celui de la Syrie. Élément déclencheur : l'offensive lancée par le régime syrien, généreusement aidé par l'armée russe, contre les quartiers orientaux d'Alep, contrôlés par les rebelles.

La deuxième ville syrienne est soumise à un siège meurtrier depuis bientôt un mois. Il y a 10 jours, le Conseil de sécurité de l'ONU a tenté de faire voter une résolution de trêve pour soulager les 250 000 civils pris au piège dans cette ville martyrisée. Mais la Russie y a opposé son veto. Et les bombes continuent à pleuvoir sur Alep.

La veille du vote, le secrétaire d'État américain John Kerry avait accusé la Russie de se livrer à des crimes de guerre en bombardant des hôpitaux, des écoles et un convoi humanitaire en Syrie. Le lendemain du veto russe, c'était au tour du président François Hollande de déplorer le rejet de cette résolution, qui avait été présentée par la France, et d'évoquer l'éventualité de poursuites contre la Russie devant la justice internationale.

Au cours des jours qui ont suivi, le président russe Vladimir Poutine a annulé la visite prévue aujourd'hui à Paris pour l'inauguration d'un centre culturel russe.

En même temps, le ministère russe de la Défense annonçait sa décision de déployer des missiles balistiques Iskander à Kaliningrad, enclave russe nichée entre la Lituanie et la Pologne. Ces missiles ont une portée de 500 kilomètres et peuvent transporter des ogives nucléaires. L'annonce n'avait rien de rassurant pour les pays voisins...

Dans une série d'autres annonces et de déclarations au cours de la même période : 

• L'Estonie et la Finlande ont dénoncé des violations de leur espace aérien par l'aviation militaire russe - accusations qui ont été rejetées par la Russie ;

• Moscou a annoncé avoir renforcé son système de défense sol-air dans sa base militaire en Syrie, officiellement pour se protéger contre une éventuelle attaque américaine - Washington ayant laissé entendre qu'il jonglait avec la possibilité d'une intervention militaire pour mettre fin au siège d'Alep ;

• La Russie a annoncé son retrait d'un traité sur la gestion et la destruction des stocks de plutonium utilisés dans la fabrication d'armes nucléaires, en vigueur depuis 16 ans, et s'est aussi retirée d'un autre accord bilatéral sur la recherche et le développement en matière d'énergie nucléaire.

Ajoutez-y la probabilité d'une implication russe de haut niveau dans les cyberattaques contre le Parti démocrate américain et vous obtenez un bouillon d'accusations mutuelles potentiellement explosif.

Comment interpréter ces tensions exacerbées ? Retournons-nous vers une nouvelle guerre froide, comme l'ont noté quelques médias et analystes ? Ou faisons-nous face à un véritable danger d'escalade militaire ?

« Ce n'est pas une guerre froide classique avec son équilibre nucléaire entre deux superpuissances, mais le niveau de tension actuel nous rapproche d'une guerre froide 2.0, avec un haut niveau d'imprévisibilité », explique Andreï Kolesnikov, chercheur au Centre Carnegie à Moscou.

Ce dernier ne croit pas que Vladimir Poutine soit prêt à se lancer véritablement en guerre contre les États-Unis. Longtemps exclu du cénacle des plus grands dirigeants de la planète, « il se voit maintenant comme un leader mondial qui construit ou détruit ses relations selon ses propres règles ». Un leader qui tient à préserver la stabilité au Proche-Orient, d'où son appui indéfectible au régime de Bachar al-Assad.

Une autre spécialiste de la Russie, Juliet Johnson, politologue à l'Université McGill, croit que la récente escalade témoigne de l'empressement de Moscou à profiter de la campagne électorale américaine pour marquer des points avant le vote du 8 novembre.

En d'autres mots : de plus en plus « impatient » face à l'Occident, Moscou veut profiter de cette période d'incertitude et de distraction électorale pour avancer ses pions, particulièrement en Syrie.

La chercheuse ne croit pas que Moscou cherche vraiment à faire élire Donald Trump. « Ils savent qu'il est dangereux, mais ils essaient d'affaiblir Hillary Clinton. »

Car aux yeux de Vladimir Poutine, Hillary Clinton est un « véritable faucon », qui a soutenu les interventions militaires passées en Irak et en Libye.

L'abandon de traités nucléaires somme toute mineurs ou le déploiement de missiles à Kaliningrad relèvent, selon ces deux spécialistes, davantage d'un geste symbolique, d'une guerre d'image et d'intimidation, que d'une réelle volonté d'escalade militaire. Guerre froide, peut-être, avec toutes les nuances qui s'imposent. Mais pas une guerre chaude. « Ce serait contraire aux intérêts stratégiques de la Russie », tranche Juliet Johnson.

À suivre...

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