Visas de visiteurs: ce qui cloche

Le Canada a refusé d'octroyer un visa de... (Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse)

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Le Canada a refusé d'octroyer un visa de séjour à plus de 400 000 visiteurs potentiels, en 2015.

Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse

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En 2015, les consulats canadiens des quatre coins du monde ont traité 2 361 013 demandes pour des visas de séjour au Canada. La vaste majorité, soit 83 %, ont reçu une réponse favorable. Mais 17 % ont été rejetées.

Faut-il en conclure que les témoignages cités dans mon dossier de dimanche dernier sur « La loterie des visas » ne constituent que des cas d'exception ? Et que globalement, notre système d'accueil de visiteurs occasionnels va très bien, merci ?

Malheureusement, non. C'est vrai que près de 2 millions d'étrangers ont pu voyager au Canada l'an dernier, pour rendre visite à leurs proches, assister à une conférence ou simplement en touristes.

Mais le système de sélection a fermé les portes du Canada à plus de 400 000 visiteurs potentiels. Parfois pour des raisons légitimes. Mais trop souvent, par un simple réflexe de méfiance, doublé d'un aveuglement bureaucratique.

Car ce qui ressort avant tout des nombreux témoignages recueillis avant, mais aussi après la publication de mes articles, c'est l'aspect aléatoire, obscur et aveugle de la machine qui décide qui aura droit de fouler brièvement le sol canadien, et qui ne l'aura pas.

Les taux de rejet varient énormément d'un pays et d'un continent à l'autre. Si vous venez de la République démocratique du Congo, de l'Afghanistan, du Cameroun ou de la République centrafricaine, vos chances de décrocher un visa sont d'environ 50 %. L'Afrique du Sud, l'Arabie saoudite, l'Argentine et le Brésil ont des taux d'acceptation frôlant les 100 %.

Y a-t-il des biais contre certains pays, que l'on voit comme des producteurs potentiels de réfugiés politiques ? Les ressortissants de ces pays ne se heurtent-ils pas à une présomption de culpabilité quasi insurmontable quand ils font une demande de visa de séjour ? Ne sont-ils pas systématiquement soupçonnés de prendre prétexte de leur voyage pour rester au Canada ? 

En d'autres mots, pour des situations équivalentes, le Camerounais bénéficie-t-il des mêmes chances que l'Argentin ? Pas sûr.

Ce qui cloche aussi dans notre système d'octroi de visas de séjour, c'est l'anonymat des agents de visa - et l'absence de tout mécanisme d'appel ou de plainte. Trop souvent, le résultat ressemble à ce qui suit : quelqu'un, dont vous ne connaissez pas le nom et qui ne vous a jamais rencontré, décide que votre intention de voyager au Canada est factice, que le stage de formation que vous voulez suivre n'est qu'un prétexte, que la maison que vous possédez dans votre pays et le travail que vous y exercez ne constituent pas des raisons suffisantes pour garantir votre intention de retour.

Une fois qu'il a tranché, la décision est sans appel. Il faut tout recommencer.

Ce qui cloche aussi dans ce système, c'est que des gens voulant visiter le Canada - pour assister au mariage d'un enfant, pour présenter un nouveau-né à ses grands-parents, etc. - sont parfois réduits à faire appel à un avocat et à payer des frais exorbitants, pour finalement obtenir leur droit d'entrée. Un avocat pour passer deux semaines à Montréal ? C'est une aberration.

Ce qui cloche, enfin, c'est qu'à chaque demande, les visiteurs potentiels doivent payer non seulement pour la nouvelle demande de visa, mais aussi pour faire prendre leurs empreintes digitales, souvent dans la capitale de leur pays de résidence, ce qui ajoute des frais de transport. Ce sont autant de couches d'aberrations administratives coûteuses et inutiles.

Bien sûr, le Canada a le droit d'accepter qui il veut sur son territoire. Mais le système gagnerait à être plus clair, plus ouvert, plus humain et moins paranoïaque qu'il ne l'est actuellement. 

Ce n'est pas normal que des Rwandais, des Congolais ou des Colombiens qui peuvent facilement voyager aux États-Unis, comme c'était le cas de plusieurs personnes interviewées pour mon reportage, soient incapables d'entrer au Canada. Et en fin de compte, c'est l'image du Canada qui en souffre.

Il est trop facile d'imputer la situation actuelle à la décennie de règne conservateur. La situation s'est effectivement dégradée parce que le Canada a alors fermé plusieurs de ses ambassades, notamment en Afrique. Mais la « culture d'entreprise » fondée sur la présomption de culpabilité et l'absence de reddition de comptes était en place bien avant l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper.

Le gouvernement de Justin Trudeau a-t-il l'intention de réformer la politique d'octroi des visas pour la rendre à la fois plus claire, plus cohérente et plus efficace ? Le ministre actuel de l'Immigration, John McCallum, n'a pas voulu répondre à mes questions à ce sujet.

Son porte-parole Félix Corriveau assure que l'obtention des visas à entrées multiples est dorénavant plus facile, et que « d'autres programmes de facilitation de l'obtention des visas pour permettre aux voyageurs authentiques de venir au Canada plus facilement et plus rapidement » ont été mis en place.

Tant mieux si tel est le cas. Mais les récents cas de refus, notamment lors du Forum Social Mondial de Montréal, en juillet, laissent penser que de nombreux agents de visa à travers la planète ne sont pas encore au courant de ce changement de cap...




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