Burkini, la suite

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Des photos montrant une femme portant un foulard et soulevant sa tunique sous l'oeil de policiers ont relancé avec force mercredi la polémique sur l'interdiction du burkini sur certaines plages françaises.

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Dans une discussion sur le burkini qui nous a opposées lundi, à l'émission Médium Large, l'essayiste Djemila Benhabib avait suggéré d'élever le débat au-dessus du niveau juridique pour parler plutôt de grands principes que ce vêtement de plage met en cause (laïcité, égalité des sexes, etc.) et au nom desquels il faudrait interdire le burkini.

Comme le montrent les images désolantes captées mardi sur une plage de Nice, le débat sur le burkini, qui est déjà interdit par une quinzaine de municipalités françaises, est empêtré dans sa nature juridique, qu'on le veuille ou non.

Après tout, il y est question de règlements et de leur application par des agents de l'ordre - les seconds mettant en oeuvre ce que stipulent les premiers. Ou ce qu'ils en comprennent.

Sur la première des images, on voit une femme couchée sur le côté, vêtue d'un legging noir, d'une tunique turquoise et d'un turban assorti. Trois policiers la poitrine bardée de gilets pare-balles semblent marcher dans sa direction.

Sur la deuxième photo, la femme est assise et tire sur la manche de sa tunique. Les policiers se dressent au-dessus d'elle, et l'un d'entre eux inscrit quelque chose dans un calepin. Sa déposition ? Une amende ?

La dernière photo montre la femme bras nus, en train de replier sa tunique jugée non conforme à la règlementation vestimentaire qui régit les plages de Nice.

Voici donc concrètement, bien au ras des pâquerettes, à quoi aboutissent les décrets anti-burkini. Trois policiers ont gaspillé leur temps à humilier une femme et la forcer à enlever sa tunique sur une plage. Son seul crime est d'avoir arboré un vêtement aux manches longues et une sorte de couvre-chef dont la nature religieuse reste incertaine...

Bienvenue en Absurdistan made in France, où une série de décrets interdisent aux femmes de porter un vêtement de plage faussement associé à la menace terroriste et à une provocation religieuse ostentatoire.

Le hic, comme le montre l'incident de Nice, c'est que ce n'est pas évident de définir où commence et où finit le burkini... Qu'est-ce qui est interdit au juste ? De porter une tunique sur un legging ? De garder ses bras couverts ? De recouvrir ses cheveux d'un bonnet de bain ou d'un hidjab ?

Dans tous ces cas de figure, cela fait des plages françaises un endroit à statut particulier - étant donné que tous ces attributs, y compris le foulard islamique, sont autorisés dans tous les autres lieux publics de la République...

Ce même jour, sur une autre plage, à Cannes cette fois, une jeune femme prénommée Siam a été apostrophée par des policiers qui l'ont sommée de quitter les lieux ou de payer une amende. Son délit ? Elle était également affublée d'un legging-tunique, en plus d'un hidjab.

Une journaliste de France 4, Mathilde Cusin, a relaté la scène honteuse où trois policiers municipaux ont foncé sur la jeune femme, devant ses enfants, pour lui demander si elle était au courant du décret adopté par la ville de Cannes.

Elle ne l'était pas. Elle a demandé aux policiers comment ils définissaient une tenue correcte sur une plage. Ils lui ont suggéré de nouer son hidjab comme un bandeau. Elle a fini par payer l'amende.

Ce qui a suivi est à pleurer. Des badauds se sont mis à invectiver la jeune femme, lui criant d'enlever son voile ou de quitter la plage, applaudissant les policiers, rappelant qu'ici, « nous sommes catholiques ».

« La parole raciste s'est totalement libérée, j'étais abasourdie », a confié la journaliste au magazine L'Obs.

Rappelons que rien n'interdit aux femmes musulmanes de porter un hidjab dans les lieux publics en France. Que le seul interdit qui a passé les tests juridiques vise le niqab, qui recouvre le visage. Et que toute cette campagne anti-burkini est en train de déraper de façon déplorable, entraînant la France dans les profondeurs nauséabondes de la xénophobie, de la haine et de l'exclusion.

Ce qu'on a vu, cette semaine, sur les plages de Nice et de Cannes, c'est ni plus ni moins que l'ouverture d'une chasse aux musulmanes. Menée au nom du féminisme et de l'égalité des sexes.

« Dans ces mesures, les femmes de confession musulmane sont les grandes perdantes, victimes d'actes d'humiliation sur fond de racisme et de sexisme », dénonce l'organisme Osez le féminisme.

Comme son nom le dit, il s'agit d'un groupe féministe qui se bat pour les droits des femmes. Un collectif qui soutient les Iraniennes, Saoudiennes et Afghanes enfermées sous des chapes de tissus.

Ce groupe militant n'en condamne pas moins les décrets anti-burkini. « Où sont les droits des femmes quand on fait justement d'une catégorie de femmes les responsables du désordre public, voire pour certains de terrorisme ? », demande le collectif féministe dans une déclaration publiée mercredi.

Et en effet. Où sont les droits des femmes quand on s'acharne sur celles qui portent un vêtement suspect, qu'on prête une intention religieuse à des manches longues ou à un collant, et qu'on les soumet au contrôle d'une nouvelle police de moeurs ?

***

J'avoue qu'en voyant ces photos, mercredi, j'ai eu envie de pleurer de honte. Honte pour les meutes qui croient défendre les femmes en les harcelant. Honte pour ces policiers transformés en ayatollahs. Et qui n'ont rien de mieux à faire que de forcer des femmes à enlever des vêtements jugés incompatibles avec une plage. Aujourd'hui, le burkini. Demain, quoi ?

Le Conseil d'État, le plus haut tribunal administratif de France, doit se pencher sur un de ces arrêts anti-burkini demain, à la demande de groupes de défense des droits des musulmans et des minorités. Espérons qu'un juge ramènera la France à la raison. Lui rappelant que la lutte contre la menace terroriste ne tient pas dans un maillot de bain, à manches longues ou pas.

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