Chronique

Comment Hillary est-elle tombée aussi bas ?

Près des deux tiers des électeurs américains jugent... (PHOTO PATRICK SEMANSKY, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS)

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Près des deux tiers des électeurs américains jugent que la candidate du Parti démocrate à la présidence, Hillary Clinton, est malhonnête et ils ne lui accordent pas leur confiance. Près de 6 électeurs sur 10 jugent très défavorablement l'ancienne secrétaire d'État.

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Les sondages sont impitoyables. La première femme candidate à la présidence pour l'un des deux grands partis politiques aux États-Unis, Hillary Clinton, fracasse des records d'impopularité.

Près des deux tiers des électeurs la jugent malhonnête et ne lui accordent pas leur confiance. Près de 6 électeurs sur 10 la jugent très défavorablement. Une même proportion estime qu'elle ne partage pas leurs valeurs.

Pour dire les choses crûment : Hillary Clinton est tout aussi mal aimée que Donald Trump. Sa longue expérience, son habileté politique et sa connaissance des dossiers ne pèsent pratiquement rien dans sa confrontation avec son adversaire républicain - un candidat grossier, qui n'a jamais exercé quelque fonction publique que ce soit et qui mène sa campagne à coups d'insultes et de provocations.

« Je comprends pourquoi Donald Trump est aussi impopulaire, écrit un chroniqueur du New York Times, David Brooks. Il s'est construit à la vieille manière, en étant odieux, insultant et agressif. Mais pourquoi Hillary Clinton est-elle tout aussi impopulaire ? »

C'est un peu le mystère Hillary : elle a beau affirmer sa compétence, elle a beau brandir la liste de ses réalisations, rien à faire, elle inspire un rejet viscéral.

Selon David Brooks, cette révulsion repose sur deux paradoxes. Il n'y a pas si longtemps, lorsqu'elle était secrétaire d'État dans l'administration de Barack Obama, Hillary Clinton bénéficiait d'un taux de popularité de 66 %. Et ce n'est que lorsqu'elle s'est lancée dans la campagne présidentielle que sa cote s'est brutalement effondrée.

Le deuxième paradoxe tient à la vaste expérience qui a mené Mme Clinton de la défense des droits des enfants jusqu'au poste de sénatrice, d'une fonction publique à une autre. Si cette travailleuse acharnée est l'objet d'une telle aversion, ce n'est pas à cause de CE qu'elle a fait, mais à cause de COMMENT elle l'a fait, note le chroniqueur.

Et qu'est-ce qui ne marche donc pas dans la « manière Hillary »  ? Aux yeux de David Brooks, contrairement à Bill Clinton ou à Barack Obama, l'ex-première dame dégage l'impression de ne s'intéresser qu'à son travail, de ne pas avoir de hobbys, bref, de ne pas avoir de fun dans la vie...

Cet article qui a beaucoup circulé depuis deux semaines m'a laissée perplexe. Trop professionnelle, Hillary Clinton ? Trop « workaholic ? » À circonstances égales, ferait-on jamais le même reproche à un homme ? Peut-on même imaginer un candidat masculin mal aimé parce qu'il pense trop à son boulot ?

En d'autres mots, Hillary Clinton est-elle critiquée de toutes parts entre autres parce qu'elle est une femme ?

Cela ne fait aucun doute, tranche Élisabeth Vallet, chercheuse à l'Observatoire des États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand, à l'UQAM.

La candidate démocrate n'est pas sans défauts, rappelle Élisabeth Vallet. Elle appartient à cette élite rejetée par tant d'électeurs américains, et avec le temps, elle a eu l'occasion d'accumuler quelques cadavres dans son placard. « Mais les stéréotypes de genre prennent une place prédominante dans le rejet qu'elle suscite », croit Élisabeth Vallet.

Elle rappelle cette fois où Hillary Clinton avait eu quelques trémolos dans la voix, au moment des primaires démocrates de 2008. On l'avait alors accusée d'avoir pleuré, de s'être montrée trop faible. Bref, trop féminine.

Huit ans plus tard, elle a tiré sa leçon. Sa voix ne tremblote plus. Elle se montre forte et déterminée. Du coup, on la juge froide et sans coeur...

« Bill Clinton et Barack Obama ont écrasé des larmes à plusieurs reprises, rappelle Élisabeth Vallet. Mais les larmes d'un homme sont perçues comme un signe d'empathie, alors que celles d'une femme sont vues comme un signe de faiblesse et d'incompétence. »

Comme disent les Anglais : damned if you do, damned if you don't. Hillary Clinton se fait reprocher tout et son contraire. On la dit trop ambitieuse, désagréable, on lui reproche même la liaison que Bill avait eue avec Monica Lewinsky !

Aux yeux de la droite républicaine, comment peut-elle diriger un pays si elle n'a même pas été capable de contrôler son mari ?

« Toutes ces critiques sont empreintes de stéréotypes, on applique avec elle des critères qu'on n'utiliserait jamais avec un homme », résume Élisabeth Vallet.

« La nature de la haine qu'elle suscite transcende la rationalité », opine Gil Troy, historien de l'Université McGill.

Les critiques de Hillary Clinton sont en grande partie fondées, rappelle ce spécialiste de l'histoire des présidents américains. Mais son image de féministe, de femme qui a défoncé des barrières traditionnelles, alimente une couche de haine supplémentaire. Celle que ses ennemis ont déjà décrite comme « la Winnie Mandela de Little Rock », en allusion à l'ex-femme de Nelson Mandela, qui avait été blâmée pour des violations des droits de la personne, a bien fait des erreurs de parcours. Ce n'est pas une politicienne très charismatique, et elle a du mal à propager un message clair qui porte. Sa longue présence dans le paysage politique crée aussi une certaine lassitude. Y compris chez les femmes, particulièrement les plus jeunes, qui lui préfèrent de loin le socialiste autoproclamé Bernie Sanders.

Oui, il y a eu le scandale de Whitewater, l'affaire des courriels privés, les cachets astronomiques que lui valent ses discours. Mais qu'on le veuille ou non, Hillary Clinton se heurte aussi à la barrière de son sexe.

On peut discuter du poids du « facteur sexiste » dans le débat présidentiel actuel. C'est impossible de l'écarter complètement.

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