Chronique

Qui a peur de la Troisième Guerre mondiale?

En septembre, les bombardiers russes ont fait une... (PHOTO MAHMOUD TAHA, AFP)

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En septembre, les bombardiers russes ont fait une entrée remarquée dans le ciel syrien, en principe pour combattre le groupe État islamique, mais en réalité pour donner un coup de pouce au régime de Bachar al-Assad, explique notre chroniqueuse.

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C'est le magazine français L'Obs qui, le premier, a lancé le caillou dans la mare. Son numéro du 30 septembre dernier affichait une première page dramatique. Avec, en grosses lettres, cette affirmation: la Troisième Guerre mondiale a peut-être déjà commencé.

C'était au moment où les bombardiers russes venaient de faire une entrée remarquée dans le ciel syrien, en principe pour combattre le groupe État islamique, mais en réalité pour donner un coup de pouce au régime de Bachar al-Assad. Dès leurs premiers bombardements, ils n'ont pas ménagé l'opposition syrienne soutenue par Washington, signale l'article de l'hebdomadaire d'actualité.

Parallèlement, les tensions s'exacerbaient entre les deux grandes puissances qui se disputent leurs zones d'influence au Moyen-Orient: l'Arabie saoudite et l'Iran, qui incarnent les deux grands pôles de l'islam. Une histoire de bateaux iraniens arraisonnés avec des armes destinées aux rebelles chiites qui contestent le régime au Yémen.

L'Obs associait l'entrée en guerre de la Russie à l'assassinat de l'archiduc d'Autriche, un certain 28 juin 1914, événement charnière qui a ouvert la porte à la Première Guerre mondiale.

«L'histoire retiendra peut-être que le troisième conflit mondial a débuté, à bas bruit, ce mercredi 30 septembre 2015», suppute le magazine.

Cet article a été largement partagé dans les médias sociaux, faisant apparaître le spectre d'une Troisième Guerre mondiale sur l'écran radar du grand public. Mais attendez avant de courir vers vos abris. Les analystes et stratèges militaires trouvent que le titre spectaculaire de L'Obs était hautement exagéré. Et que les chances que 2016 devienne le nouveau 1914 sont peu élevées.

«Ce genre d'inflation rhétorique crée des tensions inutiles dans les sociétés.»

Houchang Hassan-Yari,
professeur au Collège militaire royal de Kingston, en Ontario

Houchang Hassan-Yari, spécialiste du Moyen-Orient, ne croit pas que la planète tourne rondement pour autant. Oui, les conflits se multiplient. Et oui, les grandes puissances y sont de plus en plus associées. Mais on est loin du conflit impliquant des activités militaires importantes opposant plusieurs États sur un vaste territoire, note-t-il. D'ailleurs, même la ligne d'opposition entre sunnites et chiites n'est pas absolue. L'Iran chiite entretient de bonnes relations avec bien des pays sunnites, comme le Pakistan ou l'Indonésie, ou encore avec le Hamas palestinien.

Même son de cloche chez le général Vincent Desportes, professeur de stratégie militaire à Sciences Po, à Paris, et auteur de La dernière bataille de France.

«Il faut enlever de la tête des gens l'idée que nous sommes au début d'une guerre mondiale. Il s'agit plutôt d'un conflit mondialisé qui demande une réponse globale», tranche-t-il. Nuance.

Quand on observe ce qui se passe en Syrie, en Libye ou en Irak, quand les relations entre Riyad et Téhéran s'enflamment, on voit plusieurs guerres qui s'alimentent les unes les autres, et qui sont reliées jusqu'à un certain point entre elles. «Le cercle de feu se resserre autour de l'Europe, on voit que l'incendie peut prendre partout, mais ce n'est pas une guerre mondiale.» Notamment parce que la présence d'armes nucléaires joue un rôle dissuasif.

«Les grandes puissances n'ont aucune envie de se déclarer mutuellement la guerre. Le péril est bien trop grand. Et les conflits se jouent plutôt par pays interposés.»


Dans un article consacré à ce débat, François Heisbourg, de l'Institut international d'études stratégiques de Londres, rejoint ce point de vue.

Ce à quoi on assiste depuis un an, c'est une explosion «de conflits locaux auxquels prennent part les grandes puissances», sur fond de djihadisme transnational. «La Russie est absente du conflit qui oppose la Chine et le Japon, la Chine n'intervient pas au Moyen-Orient, et les guerres régionales se multiplient comme au début du XXe siècle», constate-t-il.

Selon ce spécialiste, la meilleure analogie historique pour la période troublée que traverse le monde en ce début de XXIe siècle est... la guerre de Trente Ans, qui a déchiré l'Europe entre 1618 et 1648. Une guerre qui a fini par redessiner les frontières du continent.

En d'autres mots: non, nous ne sommes pas au bord d'une guerre mondiale. Mais les conflits qui explosent autour de nous sont très probablement en train de redessiner le monde de demain.

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