La vérité toute nue

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou... (Photo Nir Elias, Reuters)

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Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou

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Avec les élections de mardi dernier, plus question de la solution des deux États comme modèle de règlement du conflit israélo-palestinien.

Oui, je sais, Benyamin Nétanyahou a rétropédalé dès le lendemain du scrutin, assurant qu'il n'avait pas vraiment voulu dire ce qu'il a dit. Et que ce n'est pas lui, mais le climat politique actuel, qui rend ce scénario impossible, du moins tant et aussi longtemps qu'il restera en poste.

Étant donné qu'il a largement contribué à créer ce climat, en accélérant la colonisation juive en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, cette dénégation est peu convaincante. Pour l'essentiel, l'État palestinien ne verra pas le jour dans un avenir prévisible parce que la droite israélienne n'en veut pas. Et parce que le vote pour Nétanyahou et son parti, le Likoud, exprime, entre autres choses, ce refus.

Ce qui laisse un immense point d'interrogation à l'horizon : si le projet national palestinien est mort et enterré, par quoi le remplacera-t-on ? Quelles sont les autres hypothèses sur la table ?

Difficile à dire ce qu'en pense précisément l'ex et futur premier ministre israélien, pour la simple raison qu'il a soigneusement évité d'aborder ce sujet pendant la campagne électorale - tout comme la majorité des autres partis, d'ailleurs.

Risquons tout de même quelques hypothèses.

D'abord, celle-ci : Israël se réveille un beau matin et tous les Palestiniens se sont miraculeusement volatilisés. Partis, disparus, laissant toute la Cisjordanie, Jérusalem et la bande de Gaza ouvertes aux projets immobiliers israéliens.

L'avantage de cette solution, c'est qu'elle règle le conflit israélo-palestinien sans douleur et sans obligation de compromis. Son principal inconvénient, c'est qu'elle est impossible. Plus de quatre millions de Palestiniens habitent aujourd'hui ces territoires sans statut et sans passeport. Ils ne vont pas se dématérialiser du jour au lendemain. Ils ne vont pas non plus abandonner leurs maisons pour aller vivre en Jordanie, laissant un vaste terrain de jeu à leurs voisins juifs. Nous sommes donc, ici, dans le domaine du fantasme.

L'autre scénario est celui du statu quo. Israël continue à occuper les territoires palestiniens tout en sous-traitant la gestion quotidienne à une administration locale qui a grosso modo les pouvoirs d'une municipalité.

Les quatre millions de Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza continuent d'élire leurs représentants palestiniens, mais n'ont aucune prise sur le choix des dirigeants israéliens, dont les décisions influencent pourtant des aspects cruciaux de leur vie quotidienne. Notamment la construction d'implantations juives qui morcellent progressivement la Cisjordanie et charcutent les quartiers arabes de Jérusalem - et sur laquelle les Palestiniens n'ont aucune prise démocratique.

Quelque 12 millions d'habitants se partagent aujourd'hui un territoire allant de la Méditerranée au Jourdain. Et le tiers d'entre eux continueraient donc à être « privés de représentation politique, tandis qu'Israël pourrait continuer à contrôler la région sans se soucier de leur opinion », écrivait Sarit Michaeli, de l'ONG israélienne B'tselem, au lendemain du vote de cette semaine.

Mais la pérennité de cet état d'apartheid n'est pas garantie. Car elle repose sur la collaboration des élites palestiniennes à un arrangement qui date de l'époque des accords d'Oslo - et qui devait être temporaire, en attendant l'avènement d'un véritable État palestinien. Ces accords, conclus en 1993, prévoyaient que l'Autorité palestinienne assurerait la transition jusqu'en 1999, date prévue pour la création de la Palestine. On attend toujours...

À partir du moment où l'illusion d'une solution négociée n'est plus là, l'Autorité palestinienne perd sa raison d'être. Elle finira par remettre les clés de la maison au gouvernement israélien. C'en sera fini de l'occupation cogérée. Israël devra reprendre officiellement le contrôle politique et administratif des territoires qu'il occupe illégalement depuis 1967. Et la vérité de cette occupation apparaîtra alors toute nue, dans toute son insoutenable iniquité. Israël, qui se targue d'être la seule démocratie au Moyen-Orient, devra assumer le destin de quatre millions de Palestiniens privés de droits démocratiques élémentaires.

Et puis, il y a une troisième solution, celle d'un seul État binational, juif et arabe à la fois, englobant le territoire actuel d'Israël, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza. Ce territoire compterait environ 12 millions d'habitants. Dont plus de 5,5 millions d'Arabes, si l'on inclut la population arabe d'Israël.

Les Palestiniens pourraient enfin influencer la composition et les orientations du gouvernement du pays qui contrôle leurs destinées. Ils pourraient même finir par prendre part aux coalitions gouvernementales. Mais ce serait la fin du rêve d'un État juif.

À moins d'un changement de cap radical, c'est le scénario qui paraît le plus vraisemblable, à plus ou moins moyen terme. Mais après combien de guerres ?

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