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Le boxeur, le banquier et l'ultranationaliste

Vitali Klitschko, chef du parti Oudar, Oleg Tiagnibok,... (PHOTO GENYA SAVILOV, AFP)

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Vitali Klitschko, chef du parti Oudar, Oleg Tiagnibok, chef du parti Svoboda, et Arseni Iatseniouk, chef du parti Batkivchtina, les trois figures de proue du mouvement de protestation en Ukraine.

PHOTO GENYA SAVILOV, AFP

Un banquier à lunettes, un ancien champion poids lourd et un antisémite. Voici les trois figures de proue du mouvement de protestation qui perdure depuis plus de deux mois en Ukraine, et qui est en train de s'étendre bien au-delà de la capitale du pays.

Et derrière ce trio, des groupes militants qui ont émergé sur la célèbre place de l'Indépendance de Kiev au fil des manifestations. Qui sont-ils? Que veulent-ils? Voici un tour d'horizon des principaux acteurs du soulèvement ukrainien.

Le boxeur

Quand des manifestants anti-régime ont entrepris de démolir des autos de police, le 19 janvier, à Kiev, le leader de l'opposition Vitali Klitschko s'est pointé au milieu de la foule pour essayer de freiner cette éruption de violence. Une vidéo le montre s'adressant aux protestataires avec son mégaphone. Avant d'être violemment aspergé par le jet d'un extincteur de feu.

On a beau être costaud, «ça prend un méchant courage civique pour faire ce qu'il a fait», souligne Dominique Arel, titulaire de la chaire d'études ukrainiennes à l'Université d'Ottawa.

Pour être costaud, Vitali Klitschko est costaud: 6 pi 6 po, 250 lb, l'ancien champion poids lourd en impose par sa stature. Sa notoriété, ses liens en Occident jouent également en sa faveur.

Mais si le fondateur du parti Oudar - coup de poing - s'impose comme le plus populaire de la «troïka» de l'opposition ukrainienne, c'est aussi parce qu'il n'a pas grand cadavre dans son placard. À 42 ans, il est trop jeune pour avoir frayé avec le pouvoir communiste. Mais il n'a pas non plus été mêlé au naufrage des idéaux de la «révolution orange» de 2004. Dans ce pays où la corruption est largement répandue, il reste perçu comme un «monsieur Net».

Mais Vitali Klitschko a aussi ses détracteurs. Dans les cercles intellectuels, on lui reproche son mauvais ukrainien (il est de langue maternelle russe), son incapacité à livrer un discours sans avoir les yeux rivés sur son iPad.

«C'est un populiste sans véritables idées, alors tout le monde projette ses désirs sur lui», dit Mikhail Minakov, politicologue à l'Université Mohyla, à Kiev.

Faux, proteste Dominique Arel, selon qui Vitali Klitschko veut rétablir l'État de droit et la démocratie en Ukraine. Ce sont des objectifs clairs, et le champion du ring a le mérite de les exprimer de façon compréhensible.

Le technocrate

La carrière politique de l'économiste Arseni Iatseniouk est indissociablement liée à la «révolution orange» qui lui a offert une formidable rampe de lancement.

Celui que le magazine Focus décrit comme un «banquier intellectuel» avait tout juste franchi le cap de la trentaine quand il s'est fait offrir le poste de ministre de l'Économie, puis celui des Affaires étrangères, dans un gouvernement censé faire entrer l'Ukraine dans l'ère de la démocratie - et qui a fait naufrage sur d'inextricables conflits internes, sur fond de corruption.

À la tête du parti Batkivchtina (Patrie), l'ancien ministre porte le poids de cette désillusion. «Ce n'est pas monsieur Net, mais monsieur Chanceux», dit Mikhail Minakov, évoquant la carrière fulgurante du politicien de 39 ans.

Une ascension qui lui est un peu montée à la tête, selon le politologue Sergiy Kudelia, de l'Université Baylor, au Texas. «Iatseniouk est le plus intelligent des trois leaders d'opposition. Mais son succès l'a rendu arrogant.»

Son image d'employé de bureau qui se donne des airs de «macho» joue aussi contre lui, selon Mikhail Minakov. «Quand il a lancé qu'il était prêt à recevoir une balle dans la tête, 1 million de manifestants se sont mis à rire.»

Récemment, Arseni Iatseniouk a refusé de se compromettre avec le régime qui lui offrait le poste de premier ministre, en guise de compromis: une attitude ferme qui a rehaussé son image.

L'ultranationaliste

Il n'y a pas si longtemps, Oleg Tiagnibok prônait l'expulsion des Juifs et des Russes hors de l'Ukraine. Il dirigeait un parti flirtant avec le fascisme. Et tenait un discours farouchement anti Europe.

Mais l'homme de 45 ans a nuancé ses positions depuis qu'il a fondé le parti Svoboda (Liberté). Et son comportement mesuré depuis le début des manifestations étonne les observateurs.

«Svoboda se comporte comme une formation politique responsable, et non comme une bande de voyous», constate Dominique Arel.

Son discours reste russophobe et antisémite, mais il est plus policé, souligne Mikhail Minakov.

Son ultranationalisme continue à faire peur, et à limiter son succès à l'ouest ukrainophone du pays.

Les fiers-à-bras

C'est à la mi-janvier que se sont produits les premiers dérapages dans les rues de Kiev.

Ces affrontements ont mis de l'avant un groupe militant inconnu: Praviy Sektor (secteur de droite) qui loge à l'extrême droite de l'échiquier politique.

Sergiy Kudelia, qui a étudié ses publications sur le web, le décrit comme ultranationaliste, isolationniste et autoritaire. «Une formation de droite dans le style des années 30.»

À l'extrême gauche, on retrouve Spilna Sprava (cause commune), qui pourrait plutôt s'apparenter à la CLASSE au Québec, selon Dominique Arel.

Et c'est sans oublier les Ultras, ces houligans des stades qui assurent désormais la protection des manifestants. Un cocktail potentiellement explosif, face au président Viktor Ianoukovitch qui, selon Sergiy Kudelia, s'accrochera au pouvoir «jusqu'à la dernière balle».




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