L'autre Saint-Valentin

La semaine dernière, des policières ont repousséd es... (PHOTO ALTAF QADRI, AP)

Agrandir

La semaine dernière, des policières ont repousséd es manifestantes qui dénonçaient l'inaction du gouvernement indien envers les crimes de nature sexuelle. Pourquoi cette mobilisation maintenant et pas avant? «La victime appartenait à la classe moyenne, nous étions tous concernés. Chacun a senti que ça pouvait tomber sur nous, ou sur nos filles», dit la féministe indienne Kamla Bhasin.

PHOTO ALTAF QADRI, AP

Partager

Si vous avez le coeur sensible, prenez une grande respiration avant de lire cette chronique.

Voici trois histoires d'agressions sexuelles sordides survenues au cours des deux derniers mois, dans différentes parties du globe. La plus récente s'est produite il y a 12 jours, en Afrique du Sud, où Anene Booysen, 17 ans, a été brutalement violée, pénétrée avec une bouteille cassée, battue et éviscérée. Elle n'a pas survécu à ce viol d'une sauvagerie sans nom.

Une semaine plus tôt, ce n'est pas une, mais 19 agressions sexuelles qui ont marqué le deuxième anniversaire du soulèvement contre la dictature égyptienne, place Tahrir, au Caire.

Ce jour-là, Rawya Abdel Rahman, 67 ans, marchait vers le lieu emblématique en scandant des slogans antirégime, quand des hommes ont encerclé son groupe de femmes, sous prétexte de les «protéger.» Tout à coup, l'espace s'est resserré autour d'elles. Rawya s'est sentie palpée par des dizaines de mains, qui l'ont tirée hors du groupe, frappée, traînée, déshabillée. Comme c'est arrivé à plusieurs autres manifestantes de ce funeste 25 janvier.

La troisième histoire est aussi la plus connue: c'est celle de Jyoti Singh, l'étudiante de 23 ans sauvagement agressée le 16 décembre à Delhi. Viol collectif, avec des blessures tellement épouvantables que les médecins n'ont pas pu la sauver.

Ces crimes ont en commun d'avoir mis en lumière des tares sociales trop longtemps banalisées, sinon ignorées. Et d'avoir soulevé un vent d'indignation qui a dépassé de loin les frontières de chacun de ces pays.

Indignation contre leur extrême violence, bien sûr. Mais aussi contre l'impunité des violeurs. Et contre les réactions des députés, prédicateurs et autres figures d'autorité qui, trop souvent, blâment les femmes pour la violence sexuelle qu'elles subissent.

Le cas égyptien est particulier: les attaques contre les manifestantes se ressemblent tellement qu'il est difficile de croire à un déferlement de violence spontanée. Ça ressemble drôlement à une tentative d'intimidation politique.

Mais le fait même que l'on ait recours au viol comme arme de répression en dit long sur la culture ambiante. «Ces attaques sont facilitées par la discrimination profonde contre les femmes, en droit et en pratique», affirme Amnistie Internationale, qui a recueilli les témoignages des femmes de la place Tahrir.

Dans la foulée de ces attaques, les policiers ont tout fait pour inciter les victimes à «pardonner» à leurs agresseurs. Les Égyptiennes ont aussi eu droit à des discours culpabilisants, dont celui d'un imam qui a accusé les manifestantes de «rechercher» le viol. En Inde, un chef de police de Delhi a suggéré aux femmes de rester à la maison quand il fait nuit. Aucun conseil du genre n'a été adressé aux hommes.

Mais ces crimes ont surtout servi d'électrochocs réveillant une opinion publique trop longtemps endormie. En Afrique du Sud, où l'on estime qu'une femme a plus de risques d'être violée que de chances d'apprendre à lire (!), des radios locales ont émis un bip toutes les quatre minutes: c'est le temps qui s'écoule entre deux viols dans ce pays, champion en ce domaine. En Inde, il y a eu des manifestations sans précédent pour dénoncer la «culture d'impunité et du viol».

Pourquoi cette mobilisation maintenant, et pas avant? Pourquoi ces viols-là et pas d'autres? «En Inde, la victime appartenait à la classe moyenne, nous étions tous concernés. Chacun a senti que ça pouvait tomber sur nous, ou sur nos filles», dit la féministe indienne Kamla Bhasin.

Tous ces événements ont contribué à générer un ras-le-bol général contre le viol. «C'est quelque chose de global, comme un océan», selon Kamla Bhasin. Et ce ras-le-bol s'exprimera aujourd'hui, jour de la Saint-Valentin. Sous le slogan One Billion Rising, en référence au milliard de femmes qui, selon l'ONU, ont un jour subi un acte de violence masculine.

L'initiative vient d'Eve Ensler, auteure des fameux Monologues du vagin, qui souligne depuis 15 ans le jour de la Saint-Valentin par son propre «V-Day». Cette année, elle a voulu donner une nouvelle résonance à l'événement, en invitant les femmes de partout dans le monde à souligner cette «autre» Saint-Valentin en manifestant contre la violence. Elle-même passera la journée dans l'est du Congo, une région connue comme la capitale mondiale du viol.

Kamla Bhasin, elle, ira marcher ce soir dans des rues de Delhi, avec des collégiennes convaincues que ce n'est pas aux victimes potentielles de se cloîtrer chez elles, comme dans une prison.

One Billion Rising

Pour se joindre à One Billion Rising à Montréal, on peut aller danser au square Victoria, aujourd'hui, à 15h.

Partager

lapresse.ca vous suggère

  • Afrique du Sud: le viol de trop?

    Afrique

    Afrique du Sud: le viol de trop?

    Le viol collectif et le meurtre d'une adolescente ont choqué l'Afrique du Sud. Le pays ouvre les yeux sur son «épidémie» de violences sexuelles. »

  • L'amour au Carrefour de l'Estrie

    Sherbrooke

    L'amour au Carrefour de l'Estrie

    Parmi les clients pressés, les vitrines ordonnées et les tablettes remplies à craquer, le Carrefour de l'Estrie cache un précieux produit ... »

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box
la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer