Le Mali, après la charia

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Après les scènes de liesse à Tombouctou et à Gao, peut-on parler d'une défaite des islamistes au Mali? Attention aux lunettes d'un rose trop vif: la partie est loin d'être jouée, prévient Gregory Mann, historien à l'Université Columbia, à New York.

Ce spécialiste de l'Afrique de l'Ouest n'a pas été très surpris des succès rapides de l'armée française, qui a mis à peine deux semaines à «recoller» ce pays cassé en deux, entre le Sud, soumis à Bamako, et le Nord, dominé par des fous de la charia depuis près d'un an.

Mais selon Gregory Mann, reprendre Gao et Tombouctou, «c'était la partie facile». La vraie épreuve se jouera autour de la dernière grande ville rebelle, Kidal.

À 350 km au nord de Gao, dans une région montagneuse, près de la frontière avec l'Algérie, Kidal est beaucoup plus difficile d'accès que les deux fiefs perdus par les islamistes. Mais le véritable défi n'y est pas tant géographique que politique. Car cette ville du désert est aussi le foyer de la rébellion touarègue. «C'est le Ground Zero de toute la crise malienne», selon les mots de l'historien.

La vague qui a fini par plonger la moitié du Mali dans la grande noirceur religieuse a commencé justement à Kidal, quand le Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA) a entrepris sa conquête du Nord, il y a un an, en s'associant avec les islamistes. Le mariage n'a pas duré et les indépendantistes touaregs ont été rapidement écartés par les islamistes.

Cette semaine, le MNLA a déclaré avoir repris Kidal, tandis que les islamistes chassés de Tombouctou et de Gao filaient vers le nord et se repliaient sur cette ultime ville rebelle.

Il n'était pas clair, hier, si l'armée française avait l'intention de reprendre cette ville ou si elle allait laisser cette bataille aux troupes africaines et à l'armée malienne elle-même, comme l'a laissé entendre le président François Hollande.

Le cas échéant, cela risque de poser un problème: contrairement à ce qui s'est passé à Gao et à Tombouctou, les Touaregs de Kidal n'accueilleront peut-être pas les troupes maliennes à bras ouverts, fait valoir Gregory Mann.

Autrement dit, à Kidal, les fusils et les bombes ne suffiront pas pour venir à bout des rebelles. Il faudra aussi négocier avec les Touaregs et finir par trouver une réponse à leurs aspirations nationales.

Déjà, le MNLA a demandé à participer aux forces qui assureront la sécurité dans les zones reprises aux rebelles. Comment cette demande sera-t-elle reçue? À suivre, donc.

Cela dit, même si Kidal finissait par être repris, à son tour, par Bamako, la victoire contre les rebelles ne sera pas acquise pour autant. Habitués du Sahel, ce territoire désertique vaste comme l'Europe, ceux-ci pourraient transformer leur guerre en guérilla, renouant avec les enlèvements et les trafics de toute sorte. Certains d'entre eux pourraient traverser au Niger, ou même retourner en Libye, où plusieurs avaient combattu avant la chute de Kadhafi.

Dans cette région, les États ont été affaiblis par les révolutions arabes. La police est désorganisée, et les armes circulent plus librement qu'autrefois. Comme l'a écrit Robert Malley, de l'International Crisis Group, «c'est une véritable bénédiction pour les djihadistes». Au Mali, ceux-ci ont perdu une bataille. Mais peut-être pas la guerre.

LE DERNIER BASTION DES REBELLES

Les islamistes chassés de Gao et Tombouctou se sont repliés vers la région de Kidal, foyer de la révolte touarègue.

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