Josée Blanchette à TLMEP : des propos aux effets dévastateurs

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« Mme Blanchette, avez-vous le droit de chambouler à ce point la fragilité des personnes déjà en plein chaos ? Est-ce vraiment un débat juste et équitable que celui que vous soulevez ? » demande Francine Laplante à la journaliste.

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Francine Laplante

Femme d'affaires et présidente de la Fondation des Gouverneurs de l'espoir

J'ai essayé de me retenir, de ne pas réagir, de me tenir loin des propos de Josée Blanchette et des expériences décrites dans son livre, publicisées à l'occasion de ses nombreuses interventions radiophoniques, télévisuelles et journalistiques. Je ne remets nullement en cause son droit de s'exprimer ouvertement et de dire ce qu'elle pense, ce qu'elle croit, ce qu'elle juge...

Elle est choyée, Mme Blanchette, elle peut avoir accès à tous les véhicules médiatiques qu'elle veut... On appelle ça de la notoriété.

Mme Blanchette est une femme intelligente qui a une carrière exceptionnelle et qui jouit d'une grande crédibilité. Donc en théorie, pour le commun des mortels, ce qu'elle affirme est validé et a du sens !

Depuis le début du printemps, alors qu'elle préparait la sortie de son livre, à chacune des fois où elle prenait la parole sur le sujet, j'étais mal à l'aise. Ses propos bousculent ouvertement mes croyances et surtout mes expériences sur le terrain.

J'ai beaucoup anticipé la sortie de son livre, je ne veux pas sembler fataliste, mais je savais que ce livre et les entrevues qui s'en suivraient auraient un effet dévastateur...

Un effet dévastateur sur mes jeunes adultes, mes adultes et mes aînés que j'accompagne dans leur combat contre le cancer. Le cancer ne s'attaque pas seulement à des gens aussi éduqués et influents que Mme Blanchette. Le cancer s'attaque à tout le monde et ne fait aucune distinction entre ses proies.

La très grande majorité des gens que j'accompagne - je dirais même 99 % des cas -, lorsqu'ils entrent dans le bureau du médecin pour avoir leurs résultats, ne savent même pas la différence entre un globule blanc et un globule rouge. La seule question que ces gens-là posent est : « Docteur, quelles sont mes chances ? Je ne veux pas mourir, je veux voir grandir mes enfants, je veux mettre au monde mes enfants, je veux voir grandir mes petits-enfants... Docteur, SVP, dites-moi, que dois-je faire, quelle direction dois-je prendre ? »

UN CHOIX UNANIME

En 20 ans d'accompagnement, je ne compte plus le nombre de fois où j'ai assisté à des diagnostics ou à des annonces sans pronostic de guérison. Le choix de mes amis était toujours le même : je veux tout essayer, docteur ! Et toutes les fois, je dis bien toutes les fois, les médecins ont pris le temps d'expliquer les limites de la science et le bienfait des bonnes habitudes de vie.

Mon frère a eu un cancer à 50 ans, diagnostic sombre... chimiothérapie, radiothérapie, changement d'habitudes alimentaires : aujourd'hui, huit ans plus tard, il pète le feu... Je n'ose même pas penser où il serait s'il avait refusé les traitements ! Mon ami Jean-Sébastien a eu un cancer du cerveau en 2009 (opération, chimiothérapie, radiothérapie, mariage et naissance d'une belle petite fille) et une rechute en octobre 2015 : il n'a jamais voulu baisser les bras, il est même allé à l'extrême des possibilités de traitements en toute connaissance de cause... Il est mort le 5 juillet dernier, trois jours après avoir décidé qu'il n'était plus capable d'endurer sa souffrance. Ses dernières paroles : je ne regrette rien, Francine. Si c'était à refaire, je referais les mêmes choix.

Depuis 20 ans, en plus de mon travail et de mon rôle de mère de 5 enfants, je suis devenue une quêteuse professionnelle afin de soutenir la recherche et la médecine. Je n'ai pas si mal réussi puisque c'est plus de 9 millions que j'ai amassés avec mon équipe de bénévoles. Le 1er février 1998, par une froide journée d'hiver, j'ai fait une promesse à l'univers : redonne la santé à mon fils et moi, je vais consacrer ma vie à lutter contre cet ennemi dévastateur. Mon fils a 24 ans aujourd'hui. Est-il guéri ? NON. Le cancer ne se guérit pas, le cancer est une maladie chronique avec laquelle on peut vivre toute sa vie.

Je n'ai peut-être pas toutes les connaissances de Mme Blanchette, et encore moins les connaissances des scientifiques et des médecins, mais j'ai la connaissance du terrain, des sentiments des vrais moments, des moments où seules les vraies choses se disent et se ressentent, et ce, dans l'ombre médiatique.

Dimanche soir, mon mentor écoutait l'émission TLMEP, il était attendu le lendemain à l'hôpital pour commencer ses traitements pour une récidive après plus de neuf ans. Dimanche soir, il m'a texté : « Francine, tout ce que je m'apprête à vivre vaut-il la peine ?

- Toi, André, qu'en penses-tu ? Que veux-tu ?

- Moi, Francine, je veux vivre !

- Alors mon ami, tu as la réponse à ta question, écoute-toi, écoute ton coeur... »

Mme Blanchette, vous avez droit à vos opinions comme tout un chacun et au partage de vos expériences, mais avez-vous le droit de chambouler à ce point la fragilité des personnes déjà en plein chaos ? Est-ce vraiment un débat juste et équitable que celui que vous soulevez ? Permettez-moi d'en douter...

Je dois arrêter d'écrire, je dois répondre à mon ami Alex, il a 23 ans et après 3 ans et demi de chimio, il vient d'apprendre qu'il doit recommencer... Alex a pleuré et crié à l'injustice, mais il a décidé de se battre. Oui, mon beau Alex, on va se battre et tu vas vivre. Un jour à la fois. Savoure chacun des moments qui passent comme toi tu le décides !

En plus, je dois continuer à quêter, car moi, la recherche, j'y crois, la science, j'y crois et l'honnêteté des oncologues, j'y crois aussi...

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