L'année de la Russie

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« Vladimir Poutine a gagné tous ses paris, et cela va modifier la face du monde », résume Lysiane Gagnon. Ci-dessus : le président russe avec son chien Yume.

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Tous les signaux pointent dans cette direction : 2017 sera l'année de la Russie. Vladimir Poutine a gagné tous ses paris, et cela va modifier la face du monde.

En jouant un rôle prédominant dans le conflit syrien, la Russie s'est affirmée comme un acteur majeur sur la scène internationale.

Elle a mis à sa botte le président désigné des États-Unis, qu'elle a peut-être contribué à faire élire par les actes de piratage de ses services secrets.

Elle bénéficiera enfin du soutien amical de celui qui deviendra probablement le prochain président français, François Fillon. Comble de chance pour le dictateur russe, l'autre prétendante à l'Élysée, Marine Le Pen (qui pourrait bien se retrouver face à M. Fillon au second tour de l'élection présidentielle), est également l'un de ses soutiens.

L'appui de la France comptera pour beaucoup car sur le plan militaire et diplomatique, la France est la première puissance européenne, le Royaume-Uni étant hors jeu à cause du Brexit, et l'Allemagne, encore hantée par son passé, s'étant jusqu'ici refusée à se donner une armée digne de ce nom.

La Russie, qui se relevait mal du démantèlement de l'URSS, redevient donc une puissance dominante.

Alors que l'Europe et les États-Unis s'entêtaient à financer et à armer des rebelles syriens dits modérés qui allaient vite être dépassés par des groupes islamistes radicaux sinon carrément liés au djihadisme (voir ma chronique de jeudi), la Russie a pris le parti de Bachar al-Assad, et sa force aérienne a fini par avoir raison des rebelles à Alep-Est, redonnant au régime de Damas le contrôle des principales villes syriennes.

Face au camp sunnite dirigé par l'Arabie saoudite et les monarchies du Golfe, qui est en train d'être défait en Syrie, la Russie est devenue le champion du camp chiite, auquel appartiennent l'Iran, la dynastie alaouite des Assad et la majorité de la population irakienne.

Le jour où les intervenants dans le conflit syrien entameront des pourparlers de paix, ce qui pourrait peut-être, souhaitons-le, survenir avant la fin de 2017, la Russie pèsera de tout son poids à la table des négociations. Son ministre des Affaires étrangères, le brillant Sergueï Lavrov, n'aura aucun mal à s'imposer face à son homologue américain Rex Tillerson, le PDG d'Exxon Mobil qui ne connaît que l'industrie pétrolière et est totalement dépourvu d'expérience politique ou diplomatique.

Ce néophyte à qui Donald Trump, dans une inqualifiable décision, vient de confier le secrétariat d'État est déjà « vendu » corps et âme à la Russie.

M. Tillerson est non seulement un grand ami de Vladimir Poutine, qui lui a octroyé en 2013 la plus haute distinction de l'État russe, mais l'incarnation même du concept de conflit d'intérêts (Exxon a de gigantesques intérêts en Russie par suite de son association avec la pétrolière Rosneft).

Cette nomination, qui s'ajoute à d'autres choix aberrants de la part de Donald Trump, est encore plus inquiétante que les autres parce qu'elle concerne les rapports politiques entre Washington et le reste du monde. Chose certaine, elle contribuera à affaiblir le statut des États-Unis et à renforcer la Russie.

Sous l'impulsion de ses nouveaux alliés (Donald Trump et vraisemblablement François Fillon), la Russie devrait bénéficier de la levée des sanctions économiques dont elle souffrait depuis l'annexion de la Crimée - qui était un territoire russe jusqu'à 1954 et où la population russophone ne paraît pas mécontente d'être rattachée à la Russie. Cette annexion qui défiait les conventions internationales passera aux pertes et profits de l'Histoire.

À Kiev, les dirigeants ukrainiens devront mettre la pédale douce sur leur désir de rallier l'Union européenne. Si Donald Trump donne suite à ses intentions de réduire le rôle de l'OTAN (une organisation « obsolète », a-t-il dit durant la campagne présidentielle), la Russie n'aura même pas à supporter la présence irritante des bases de l'Alliance atlantique dans les pays baltes.

Faut-il craindre un rapprochement de l'Occident avec la Russie ? Pas nécessairement. Si Donald Trump le souhaite pour des raisons confuses et fantasques, François Fillon, un homme plus sérieux et plus responsable, a fait entendre des arguments convaincants en faveur d'une révision des alliances traditionnelles. Entre la Russie et l'Arabie saoudite, qui est la source de l'idéologie mortifère du wahhabisme et le principal argentier du terrorisme sunnite, on voit mal pourquoi la première serait plus dangereuse que la seconde.




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