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Chômage au Québec : sous la barre des 7 %

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Alain Dubuc
La Presse

En septembre, le taux de chômage s'est établi à 6,9 % au Québec. On ne s'en rend peut-être pas compte, mais le fait qu'il soit passé sous la barre des 7,0 % est quelque chose de tout à fait exceptionnel.

On pourra évidemment dire qu'il n'y a là rien de bien impressionnant puisque la baisse enregistrée entre août et septembre par l'Enquête sur la population active de Statistique Canada, de 7,0 à 6,9 %, est somme toute assez marginale, seulement 0,1 %. Les médias, on le sait - et je n'y échappe pas -, préfèrent les mauvaises nouvelles aux bonnes.

Mais les records ont un sens. Un taux de chômage aussi bas, ce n'est arrivé qu'une fois dans l'histoire du Québec, dans la courte période qui va de juin 2007 à janvier 2008, où on a connu un mois à 6,8 % et trois mois à 6,9 %. C'était le moment magique d'avant la grande crise financière. Ce n'était jamais arrivé avant. Et ce n'est jamais arrivé depuis.

L'événement mérite d'être souligné. Non seulement parce que c'est un record, mais surtout parce que cela semble bien témoigner d'une certaine santé de l'économie québécoise.

Évidemment, il y a toutes sortes de nuances à apporter. La première tient au fait que la pression sur le marché du travail est moins forte qu'autrefois parce que la population en âge de travailler, celle des 15-64 ans, a commencé à baisser depuis que le nombre de gens arrivant à l'âge de la retraite dépasse celui des jeunes qui ont l'âge d'entrer sur le marché du travail. Quand il y a moins de travailleurs, c'est pas mal plus facile de leur trouver du travail. Nous sommes donc entrés dans une période qui sera caractérisée par une baisse naturelle du taux de chômage.

Ce phénomène démographique n'est toutefois pas encore très marqué. Selon les données de Statistique Canada, si la population en âge de travailler a atteint son sommet en 2013 au Québec, la baisse de ce bassin de travailleurs reste encore modeste : 18 250 personnes de moins en trois ans.

Mais en septembre, la baisse du taux de chômage ne s'explique pas par ce phénomène démographique. Même si les 15-64 ans sont moins nombreux, le nombre de travailleurs a atteint un sommet historique, parce que la proportion de ceux qui veulent travailler est plus élevée. L'emploi, lui aussi, a atteint un sommet historique. Autrement dit, il n'y a jamais eu autant de travailleurs au Québec, et il n'y a jamais eu autant d'emplois, et le taux de chômage n'a jamais été aussi bas, sauf pour une très courte période.

Ce qui m'amène à une deuxième nuance. Les données mensuelles de l'Enquête sur la population active peuvent être fluctuantes. Il y a une marge d'erreur, des variations saisonnières, parfois des anomalies. Il faut donc être très prudents dans l'interprétation de chiffres qui portent sur un seul mois.

Si, en septembre 2016, le niveau d'emploi dépasse de 60 600 celui de septembre 2015, ce qui constitue une performance très solide, cela tient essentiellement aux résultats des deux derniers mois pour lesquels on a des données, un gain de 21 900 emplois en août et de 38 300 en septembre. Est-ce que ça va continuer ? Est-ce que ça va se maintenir ?

On peut cependant voir qu'il commence à s'esquisser, au Québec, une dynamique qui semble solide.

Quand on regarde ce qui se passe sur une plus longue période, on voit, comme le montre le graphique, une tendance à la hausse assez convaincante depuis trois ans, interrompue par une phase de stagnation entre avril 2015 et avril 2016.

La troisième mise en garde, c'est d'éviter de sauter trop vite aux conclusions de nature politique. Les gouvernements ont un rôle limité dans la création d'emploi. Ils peuvent assurer des conditions propices, ce qui prend du temps à se manifester, ils peuvent créer un climat négatif, ce qui est plus rapide, ils peuvent stimuler l'emploi avec leurs dépenses et leurs programmes. Mais ils ont peu de contrôle sur les principaux déterminants de l'emploi. On l'a vu depuis deux ans, où les événements qui ont eu le plus d'impact sur l'économie ont été la chute des prix des matières de base, et surtout le pétrole, qui ont particulièrement frappé le Canada, ainsi que le ralentissement de la croissance mondiale.

Là où le gouvernement du Québec peut jouer véritablement son rôle, ce n'est pas du côté de la quantité, le nombre d'emplois, mais du côté de la qualité. Est-ce qu'on s'assure de la participation au marché du travail d'un maximum de personnes pour contrer le déclin démographique ? Disposerons-nous du type de compétences pour remplacer ceux qui partent et pour combler les besoins des employeurs privés et publics ? Pourrons-nous éviter le gaspillage de talent et de potentiel, comme celui du décrochage ?

Le véritable défi des gouvernements, donc, ce n'est pas de créer des emplois, mais bien de créer des travailleurs.

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