Frais accessoires : le ministre toxique

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« Le ministre de la Santé Gaétan Barrette a annoncé sa décision d'éliminer les frais accessoires sans jamais en discuter avec les principaux intéressés, les médecins », écrit Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, M. Gaétan Barrette, a annoncé cette semaine qu'il éliminerait complètement les frais accessoires que de très nombreux médecins réclament à leurs patients.

C'est une excellente nouvelle. Ces frais, que les patients doivent payer de leur poche, contreviennent clairement au principe de gratuité qui sous-tend notre système de santé. Ils se sont développés dans une zone grise, sans encadrement et sans balises, d'une façon anarchique qui ouvrait la porte à de nombreux abus. Un ménage était nécessaire.

Mais Gaétan Barrette étant Gaétan Barrette, il ne pouvait pas s'empêcher de profiter de l'occasion pour encore une fois foutre le bordel et semer la zizanie. M. Barrette, un politicien toxique, ne semble heureux que dans la confrontation et le chaos.

Le ministre a annoncé sa décision sans jamais en discuter avec les principaux intéressés, les médecins, sans même les avertir, même si les deux grandes fédérations, celle des spécialistes et celle des omnipraticiens, voulaient régler le problème des frais accessoires et même si le ministre avait dit qu'il voulait négocier avec eux pour que ces frais soient compris dans leur rémunération.

Les médecins ont donc appris la décision du ministre mercredi, à la télé, comme tout le monde.

Pris de court, sans informations additionnelles, inquiets aussi, ils ont émis des réserves qui pouvaient être perçues comme une opposition à une mesure favorisant les patients.

Dans une logique de confrontation, dans le genre de game que le ministre aime tant jouer, c'est certainement un succès. M. Barrette a marqué des points contre un groupe devenu impopulaire. Il a marqué sans doute aussi des points avec son cabotinage à la Trump, en brandissant en conférence de presse une carte soleil devant les caméras. Peut-être que le premier ministre Couillard, plus froid et plus cérébral, a-t-il besoin d'un démagogue dans son équipe.

L'intervention du ministre avait aussi un volet partisan. « Rappelons que c'est le Parti québécois qui a introduit les frais accessoires en 1979 et qui s'est engagé à les baliser lors de la dernière campagne électorale », a-t-il lancé, se tirant du même coup trois balles dans le pied. D'abord parce que cela rappelle que ces frais accessoires ont été tolérés pendant 11 ans de pouvoir péquiste et 25 ans de règne libéral.

Ensuite, parce que M. Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec de 2006 à 2014, se battait pour que le gouvernement compense les spécialistes pour l'élimination de ces frais. Enfin, parce que le PQ a dénoncé ce problème bien avant les libéraux avec une position qui était celle de M. Barrette jusqu'en mai dernier, avant qu'il ne fasse volte-face pour se ranger du côté de l'interdiction pure et simple.

Mais sa façon d'imposer de nouvelles règles ne correspond pas à la façon dont l'État transige avec ses partenaires. L'explication du ministre laisse pantois. « Les lois, on ne les négocie pas, on les applique », a-t-il lancé. Une phrase qui paraît bien au premier abord mais qui sonne creux quand on y réfléchit quelques secondes. D'abord, parce qu'en démocratie, la plupart des lois sont le fruit de débats publics, de débats parlementaires, de discussions, de compromis, de négociations. Ensuite, parce que ce dont il est question, ce n'est pas une loi, mais un simple règlement qu'il veut rédiger d'ici la fin de l'année.

Sur le fond, le projet est bâclé. Les frais accessoires ont mené à des abus. Mais il y a de nombreux cas où elles résultent d'une forme de dumping. Les hôpitaux étant incapables de satisfaire la demande pour certaines interventions, les cabinets privés ont pris le relais. Comme la rémunération à l'acte ne couvrait pas les dépenses pour les équipements, ils se sont rattrapés en facturant pour divers articles, une pratique cautionnée par le gouvernement, qui réduisait ses dépenses en refilant la note aux patients. C'était hypocrite, c'était injuste pour les patients.

Mais en mettant fin à la pratique en refusant des compensations, même là où elles se justifient, le ministre va créer de sérieux problèmes et rallonger les attentes à l'hôpital pour une foule d'interventions.

J'ai aussi du mal avec la méthode, typique du ministre, qui consiste à lancer des chiffres qu'il sort de sa manche. La vérificatrice générale, en mai, disait qu'on ne disposait pas de données précises sur le phénomène. M. Barrette sort maintenant le chiffre de 83 millions - 65 millions pour les spécialistes et 18 millions pour les généralistes, pour des articles qui valent de 10 à 13 millions. Bien sûr, on peut dire qu'avec une masse salariale de 7 milliards, les médecins sont capables d'absorber cela. Mais comme le ministre, avec son opacité habituelle, ne donne pas de détails, on est incapable de départager les abus des situations où l'élimination pure et simple de ces frais créera des problèmes.

Ce que veulent les citoyens, ce n'est pas qu'on transforme le système de santé en champ de bataille, mais bien d'avoir accès à un réseau stable où les artisans peuvent jouer leur rôle dans un climat sain et serein.

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