Homophobie : Ce qu'il reste à faire

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« Les pays qui criminalisent les gais restent au moins trois fois plus nombreux que ceux (23) qui leur permettent le mariage », écrit Paul Journet.

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Le sauvage attentat d'Orlando a remis les droits des gais à l'avant-scène.

En Occident, il s'agit d'une lutte à finir. Mais dans le monde arabo-musulman et dans la majorité de l'Afrique, la lutte est plutôt à commencer. Ces pays sont, avec des régimes autoritaires comme la Russie, les principaux propagateurs de l'homophobie.

On peut d'abord s'étonner du chemin parcouru en Europe et en Amérique.

Pour les militants qui y ont consacré leur vie, le progrès fut lent et pénible. Mais à l'échelle d'une société, il fut fulgurant.

Dans les années 60, l'homosexualité était encore en règle générale un crime, et même une maladie mentale. Il a fallu attendre 1969 pour que s'institutionnalise le mouvement de la Fierté gaie, lancé après l'iconique émeute du bar Stonewall de New York.

De vives luttes s'ensuivirent. Au début des années 70, alors que le manuel officiel de psychiatrie était enfin révisé et que les gais commençaient à se mobiliser, il y a eu un ressac violent. Des bars de la communauté étaient incendiés, comme l'Upstairs de La Nouvelle-Orléans, où 32 clients ont péri dans les flammes en 1973. Chaque pays a connu ses violences honteuses.

La lutte pour l'égalité a connu une grande victoire internationale en 2001, alors que les Pays-Bas sont devenus le premier État à autoriser le mariage gai. Plus de 20 autres pays ont suivi, dont le Canada (2005) et les États-Unis (2015).

Le progrès s'est réalisé dans les lois, mais aussi dans les mentalités. En 1985, selon un sondage du groupe Pew, seulement 9 % des Américains disaient qu'avoir un enfant gai ne les dérangerait pas. En 2015, la proportion avait bondi à 57 %.

La tolérance varie selon les groupes - elle est plus grande chez les jeunes, les urbains et les incroyants. Mais selon Pew, le meilleur prédicteur se trouve ailleurs : dans le contact humain.

La catégorie la plus susceptible d'accepter les gais est celle des gens qui en connaissent un. Quand l'homosexualité prend le visage de son voisin, son ami, son frère, elle se normalise. Les sorties de placard créent ainsi un effet domino. Depuis les années 80, la proportion d'Américains qui connaissent un gai est passée de 25 % à 73 %.

***

De tels progrès chez nous ne doivent toutefois pas faire oublier les misères sexuelles ailleurs. Les pays qui criminalisent les gais restent au moins trois fois plus nombreux que ceux (23) qui leur permettent le mariage. Et il ne faut pas oublier les quelque 10 pays, surtout musulmans, qui prévoient la peine de mort pour les gais (notamment le Pakistan, la Mauritanie, l'Iran, le Yémen et l'Arabie Saoudite).

Chaque pays est un cas spécifique et parfois complexe. Par exemple, les tribunaux indiens ont réactivé une vieille loi anti-gai qui date de la colonie britannique.

Mais de façon générale, l'homophobie s'enracine surtout dans deux types de régimes : islamistes ou autoritaires.

Certes, les trois monothéismes peuvent être utilisés pour condamner les gais. Ceux qui le font ont en commun leur refus de contextualiser les écrits de leur religion - aux États-Unis, des évangélistes floridiens se sont même réjouis du massacre d'Orlando.

Mais ces zélotes sont minoritaires chez eux et à contre-courant de l'État. Dans plusieurs pays musulmans, par contre, les intégristes agissent avec la complicité du pouvoir politique, indissociable de la religion. Là réside leur terrifiante force.

D'autres pays n'ont toutefois pas besoin de religion pour s'attaquer aux gais. Ils instrumentalisent une haine déjà présente en l'assaisonnant de nationalisme et d'anti-américanisme. C'est la stratégie du Zimbabwe et de la Russie et sa récente loi contre la « propagande » gaie aux mineurs. Tout cela pour attaquer des gens coupables d'aimer.

Ce détestable combat s'est déplacé aux Nations unies. L'Organisation de la coopération islamique s'est alliée à la Russie pour bannir des groupes LGBT d'une rencontre sur le sida.

Cette collision rappelle à quel point les récentes avancées sont incomplètes et fragiles. C'est justement parce qu'il y a une lancée qu'il ne faut pas s'arrêter.

COCKTAIL PARFAIT POUR LA HAINE

Ludovic-Mohamed Zahed, rarissime imam gai de France, en donne un exemple frappant. Dans l'islam, le débat sur l'homosexualité porte entre autres sur Sodome et Gomorrhe ; on se demande si c'est pour le viol ou l'homosexualité que ces cités ont été punies... Les deux ingrédients toxiques s'y retrouvent. D'abord, un débat byzantin sur l'obéissance à une interprétation littérale et décontextualisée d'un vieux texte. Ensuite, un État intégriste et autoritaire - l'Arabie Saoudite - qui exporte des corans qui tranchent en faveur de l'interprétation la plus homophobe.

LE PAPE S'OUVRE, UN PEU

Avant de devenir le pape François, celui qu'on nommait Jorge Mario Bergoglio qualifiait le mariage gai de « projet du diable ». En 2013, alors pape, il a assoupli sa position. « Qui suis-je pour juger ? », a-t-il déclaré. Il n'est toutefois pas encore passé de l'absence de jugement à l'acceptation.

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