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Dieudonné : L'agitation et la propagande raciste

Le sujet de prédilection de Dieudonné demeure la... (PHOTO STÉPHANE MAHÉ, REUTERS)

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Le sujet de prédilection de Dieudonné demeure la propagation du mythe d'une conspiration juive internationale, et présente en France, note Martin Imbleau.

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Martin Imbleau

Cessons de parler du métier allégué de Dieudonné. Les humoristes tentent de froisser l'auditoire en émettant des opinions controversées ou en tenant des propos carrément scabreux. Pour faire rire ou même réfléchir et cela doit demeurer.

Le choquant peut être dit. Des humoristes bien de chez nous le font. À chacun de décider de payer pour aller s'asseoir pour se faire invectiver ou entendre de tels propos. Mais humoriste ou non, comique ou pas, les règles de la vie en société sont les mêmes pour tous lorsqu'il est question de calomnie, d'atteinte à la réputation et d'incitation à la haine raciale.

Or, depuis une décennie, Dieudonné a déjà été accusé plus d'une fois et condamné pour des propos soi-disant humoristiques, mais carrément racistes et qui ne visaient qu'un groupe, les juifs.

La discussion actuelle sur sa liberté d'expression et ses limites doit prendre cela en compte. On ne fait plus ici dans l'humour noir, dans l'anecdote ou le « j'ai été mal cité », mais dans la préparation d'un discours raciste. Les propos de Dieudonné au sujet de Patrick Cohen (« ... dommage qu'ils aient arrêté les chambres à gaz... ») en faisant référence à Cohen évidemment juif, ne sont que le plus récent exemple de sa dérive raciste.

LE MYTHE D'UNE CONSPIRATION JUIVE

Son sujet de prédilection demeure la propagation du mythe d'une conspiration juive internationale, et présente en France. Il s'agit pour lui d'une tentative de réhabilitation de stéréotypes que l'on espérait disparus mais qui refont surface en France et ailleurs. Dieudonné doit être traité pour ce qu'il est, un hooligan raciste. Son geste, sa quenelle, son palmarès des souffrances, ses accusations de main basse des juifs sur tous les médias et son rapprochement médiatisé avec Robert Faurisson, le plus notoire négationniste français, ne sont que quelques-unes des nombreuses démonstrations de sa pensée antisémite.

Rappelons que le négationnisme de la Shoah est un mouvement qui nie les chambres à gaz et l'extermination des Juifs. C'est cette quête invraisemblable qui tente de démontrer par la présentation de falsifications historiques que l'Holocauste n'a pas eu lieu.

Malheureusement, des « thèses » racistes comme celles-ci trouvent échos, surtout auprès d'un public toujours sceptique et avide d'exposition de pseudo complot espéré. En ce qui concerne le négationnisme, le raisonnement est ici circulaire - une fois la simple affirmation faite que la Shoah n'a pas eu lieu, n'est-ce pas la preuve que le lobby juif possède un pouvoir tel qu'il peut perpétuer même un mythe aussi grave, et ce, depuis 60 ans sur toute la planète ?

La plus récente trouvaille de Dieudonné, sa victimisation par l'interdiction de ses spectacles, utilise d'ailleurs ce même argument fallacieux. En effet, les interdictions de ses spectacles servent sa théorie envers ce qu'il a qualifié de secte, d'escroquerie et de manipulation des juifs - une interdiction a priori de ses spectacles décrétée par le gouvernement français lui-même n'est-elle pas en elle-même la preuve du contrôle des juifs sur l'État français ?

OPINION OU CRIME RACISTE ?

Avec des propos si offensants et incitant à la haine, des conséquences s'imposent. Certaines déclarations haineuses ne relèvent pas de l'opinion, terrain sur lequel il pourrait y avoir confrontation d'idées, mais du crime raciste. Et on doit malheureusement s'attendre à une nouvelle mouture de ce discours lors de prochains spectacles, cette fois chez nous.

Dans un tel cas, il est tentant d'interdire tout bonnement le spectacle. Et il serait certes plus approprié de simplement suggérer au bon sens collectif de s'abstenir d'aller au spectacle. Mais comme le bon sens ne prédomine pas toujours, la justice doit demeurer vigilante et agir promptement, mais dans ce cas a posteriori. L'interdiction a priori des spectacles semble ici servir davantage le propagandiste.

Si le crime d'incitation à la haine est de nouveau commis, il importera alors que les tribunaux, non les politiques, imposent des peines adaptées pour éviter qu'il ne récidive. Nul droit n'est absolu et dans ces circonstances, une limite à la liberté d'expression sera justifiée et requise.

* Auteur d'ouvrages sur la liberté d'expression et ses limitations et vice-président chez Gaz Métro

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