Annihilation: la plongée dans l'inconnu d'Alex Garland

Trois ans après Ex Machina, Alex Garland propose Annihilation, une adaptation du premier tome de la trilogie Southern Reach, une série de romans écrite par Jeff VanderMeer. Le film met en vedette Natalie Portman, Jennifer Jason Leigh, Gina Rodriguez, Tessa Thompson, Tuva Novotny et Oscar Isaac. Nous nous sommes entretenu avec le cinéaste quelques heures avant que n'éclate une polémique à propos de deux des personnages.

Une scène tirée d'Annihilation, un film d'Alex Garland... (Photo : Paramount Pictures) - image 1.0

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Une scène tirée d'Annihilation, un film d'Alex Garland

Photo : Paramount Pictures

Natalie Portman et Tessa Thompson dans Annihilation... (Photo fournie par Paramount Pictures) - image 1.1

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Natalie Portman et Tessa Thompson dans Annihilation

Photo fournie par Paramount Pictures

Annihilation relate la mission de cinq scientifiques ayant le mandat de pénétrer dans un site secret de la côte est américaine, où se déroulent des phénomènes très étranges. Était-ce pour vous déjà évident à la lecture qu'un film pouvait être tiré du roman de Jeff VanderMeer ?

Cette lecture m'a beaucoup intéressé, mais, en vérité, non, je n'y ai pas tout de suite vu un film. Comme le bouquin m'avait été donné à lire par l'un des producteurs avec qui j'ai travaillé pour Ex Machina, j'ai évidemment lu ce roman en pensant à la façon dont je pourrais l'adapter. J'aimais l'originalité de cette histoire, qui ne répond à aucun des codes habituels. J'aimais beaucoup l'atmosphère aussi, mais le style narratif ne fait pas partie de ceux qu'on peut directement copier-coller dans un scénario. Il m'a fallu réfléchir longtemps à l'approche qui nous permettrait d'entrer dans cette histoire.

Quel a été le tournant ?

Ça s'est passé de façon un peu bizarre. Ce qui m'atteignait le plus dans cette histoire était l'ambiance, laquelle emprunte un peu ici la forme du rêve et de la fantasmagorie. Pour préserver cette atmosphère de rêverie, j'ai laissé le roman de côté - je ne l'ai pas relu - pour plutôt écrire un scénario à partir de l'impression que cette lecture m'avait laissée. Autrement dit, j'ai écrit le film à partir du souvenir que j'ai gardé du roman. C'est très étrange comme approche, j'en conviens, et je n'avais jamais travaillé de cette manière-là auparavant. Mais dans ce cas-ci, ça me semblait approprié. J'ai fait parvenir mon scénario à Jeff VanderMeer, car je voulais avoir sa bénédiction. S'il n'avait pas été d'accord, je me serais arrêté.

Si quelqu'un vous demandait quel est le thème de votre film, que répondriez-vous ?

L'autodestruction est au coeur d'Annihilation, dans tous ses aspects. C'est un concept universel dont nous avons tous conscience. Qu'il s'agisse de notre propre condition d'être humain - on va tous mourir - ou, plus largement, de la conscience qu'un jour, la planète et l'univers ont également une date de péremption. Et puis, il y a aussi le concept d'autodestruction sur le plan psychologique. De façon subtile ou évidente, tout le monde en est atteint, en amour, en amitié, au travail, face à sa propre santé, peu importe. Et une fois que tu t'en rends compte, la question qui surgit alors est : pourquoi ? À travers cette histoire, on explore la question du « pourquoi ? ».

Avez-vous le sentiment qu'Annihilation prend une résonance particulière en 2018 ?

Honnêtement, je ne penserais pas. Pas de façon spécifique en tout cas. Je crois que ce film aurait été tout aussi pertinent il y a 10 ou 20 ans, parce que les thèmes abordés sont universels. On s'interrogera toujours sur ce genre de questions.

Quand on regarde votre film, on suit l'histoire en remarquant à peine le genre des personnages principaux. Vous savez toutefois très bien qu'on risque d'aborder Annihilation sous cet angle, étant donné que Hollywood laisse rarement place à des personnages principaux féminins dans les films de science-fiction. Comment voyez-vous la chose ?

Avec Annihilation, je me disais justement que l'absence de toute référence à ce propos constituerait la chose la plus importante. En conséquence, si je me mets, moi, à traiter de cette question-là en entrevue et à en faire un sujet de promotion, je rate ma propre cible. Donc, si vous le permettez, je préférerais qu'on n'insiste pas là-dessus.

Annihilation est-il le film le plus ambitieux de votre carrière ?

Oui. Et aussi le plus difficile que j'ai eu à faire. De loin. Habituellement, les histoires ont des points de référence qui vont d'un point A à un point Z. Pas cette fois. Pour l'équipe, c'était très exigeant, car il s'agit d'un genre de film qui peut évoluer à sa façon, en dépit d'un plan établi. À l'arrivée, il y a eu beaucoup de polissage et de touches de finition, ce qui a rendu fous certains d'entre nous. Mais je crois que ça en a valu la peine. On a tiré le meilleur de nous tous.

Annihilation prendra l'affiche le 23 février en version originale et en version française.




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