Patients: revivre

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Amis de longue date, Grand Corps Malade et Mehdi Idir ont coréalisé un film inspiré du livre du premier, Patients. 

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Le slameur français Grand Corps Malade (Fabien Marsaud de son vrai nom) porte à l'écran son livre paru en 2012 qui raconte son année dans un centre de rééducation après l'accident qui l'a laissé paralysé à 20 ans, une première expérience de réalisation partagée avec son grand ami Mehdi Idir. Patients, c'est un film réaliste et sensible sur l'amitié et la solidarité, fait par deux potes dévoués, de passage au Québec pour accompagner leur création.

L'espoir entre amis

Grand Corps Malade et Mehdi Idir nous parlent de leur film tourné à quatre mains, une expérience intense qui a encore plus soudé leurs liens déjà très solides.

Dans ce film, vous ne racontez pas l'ascension de Grand Corps Malade vers son statut d'artiste, vous vous concentrez vraiment sur cette année de rééducation dans un centre pour handicapés.

Grand Corps Malade: Ce n'est pas du tout un biopic. Même si c'est mon année de rééducation, ça pourrait être l'année de rééducation de quelqu'un d'autre. Aucune allusion au slam, à ce que je vais devenir après. Le personnage s'appelle Ben, et non Fabien. C'est complètement mon histoire, tous les personnages du film ont vraiment existé, toutes les scènes ont eu lieu, mais on a rendu le personnage plus universel. Le vrai propos n'est pas que ce soit mon histoire; le propos, c'est ce qui se passe dans un centre de rééducation qui accueille des personnes lourdement handicapées. On apprend beaucoup de choses sur le quotidien de ces personnages et en même temps, on découvre aussi le ton qu'il y a dans ces centres-là, plein d'humour et d'autodérision.

L'humour noir qui se développe dans ces circonstances difficiles semble presque essentiel.

Mehdi Idir: C'est même la première chose. Ce n'est pas quelque chose que tu découvres après un temps, c'est la première entrée. Ce recul sur eux-mêmes. On a pu se rendre compte avec le nombre important d'avant-premières que nous avons faites, il y avait chaque fois des gens de centres de rééducation avec qui on discutait et on a retrouvé cet humour noir.

Grand Corps Malade: Une des premières choses qu'on m'a dites quand je suis arrivé au centre, c'est: «Est-ce que tu sais à quel endroit on peut trouver un tétraplégique?». J'ai dit non. «Au dernier endroit où on l'a laissé!» Voilà, ça a posé le ton tout de suite. On est accueilli comme ça.

C'est un film sur l'amitié et la solidarité. Est-ce qu'on peut dire aussi que c'est un projet qui s'est basé sur l'amitié et la solidarité pour la réalisation?

Grand Corps Malade: Oui, c'est vrai qu'on est très potes avant d'être collaborateurs et coréalisateurs. On se connaît très très bien, on se voit tout le temps. Forcément, ce lien-là génère aussi beaucoup de choses sur le film, on a tout fait pour que ce lien résonne aussi sur les autres personnes de l'équipe. Il y a eu une ambiance incroyable sur ce tournage, on avait plaisir à se retrouver tous les jours, on rigolait énormément et, en même temps, on savait qu'on avait un beau projet à mener tous ensemble. Et puis, comme vous dites, il se trouve que le film traite d'une bande de potes, et même si on croit au début que c'est juste un film sur le handicap, finalement, c'est un film de troupe. Le plus beau compliment que j'ai entendu, c'est des gens qui disaient qu'ils ne voulaient pas que le film s'arrête, parce qu'ils avaient envie de rester avec cette bande de potes.

Quels étaient les principaux défis de ce tournage?

Mehdi Idir: Il y en avait plein. Le premier était d'être le plus crédible et le plus réaliste possible, sur le plan des handicaps, des gestes de nos acteurs, des aides-soignants. Ça, on s'y est attelé dès le début. On a travaillé avec des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes, des personnes en situation de handicap. On a fait des journées en immersion, en fauteuil roulant. Le deuxième défi était que ça ne sonne pas «pathos», on ne voulait pas que ce soit misérabiliste, on voulait que ce soit comme la vie, à la fois drôle et triste. Ce dosage a été un des points les plus travaillés, que ce soit à l'écriture, au tournage ou au montage.

Grand Corps Malade: On savait a priori que l'émotion serait là, vu le thème. Les acteurs, on a tout de suite vu qu'ils étaient forts; le principal défi après était de rendre cet humour. Il fallait absolument qu'on arrive à faire rire... On a vite été rassuré, dès les premières projections publiques.

Avez-vous fait beaucoup d'auditions pour trouver le personnage principal?

Grand Corps Malade: Tous les personnages, en fait. Le personnage principal est celui qu'on a eu le plus de mal à trouver, mais quand on a vu Pablo Pauly, on a su tout de suite que c'était lui. Pour l'ensemble des premiers rôles, on voulait des nouvelles têtes. On sentait que ce serait plus crédible, parce que si on met des visages très connus dans des fauteuils roulants, on sait qu'ils font une belle performance, qu'ils font bien le para ou le tétraplégique. Mais le fait que les gens ne connaissent pas leurs visages fait que les spectateurs pensent que certains sont vraiment handicapés. À la fin de projections en France, quand les acteurs descendaient dans la salle debout, on voyait les visages de spectateurs un peu hallucinés de les voir marcher.

Beaucoup de gens, si on leur présente une situation comme celle-là, vont dire: ah, j'aurais préféré mourir. Qu'est-ce que vous avez à leur dire à ce sujet?

Grand Corps Malade: Ces gens-là n'ont pas vécu le truc. Moi aussi, si on m'avait dit à 20 ans, quand j'étais très sportif, que le mois prochain j'allais être tétraplégique, je pense que j'aurais dit ça. Mais une fois que tu es dedans, tu as un instinct de survie, et cet instinct, il dit non. En plus, j'avais de la récupération, donc j'avais de l'espoir. Mais il y a cet instinct de survie qui fait que le suicide, ce n'est pas si facile que ça. Bien sûr, il y en a qui franchissent le pas, mais c'est une petite minorité. Une fois que tu es dedans, tu te bats, tu t'accroches à autre chose pour continuer à vivre.

Avec le recul, comment voyez-vous cette période-là dans la vie de Grand Corps Malade?

Mehdi Idir: Comme dans le film en fait. Notre vision du film était la même. Ce que j'en pense, c'est ce qu'on a voulu mettre dans le film, qui est plutôt le côté positif de la chose. Le plus intéressant, c'est la renaissance, la résilience. Je suis conscient que c'est hyper dur, mais à l'intérieur de ça, il y a des rencontres, des gens qui vont l'aider à se reconstruire.

Grand Corps Malade: Cette année-là, elle est incroyable en fait, d'une expérience inimaginable. C'est bien pour ça que 15 ans après, j'ai voulu la raconter dans un livre et ensuite dans un film. C'est une année peu commune. Se retrouver tétraplégique à 20 ans, découvrir un monde qui m'était totalement étranger, je ne connaissais personne dans mon entourage qui était handicapé, j'ai tout découvert. Cette année-là a été faite de choses compliquées et de bons souvenirs aussi. Elle m'a appris beaucoup sur les autres et sur moi. C'est pour ça qu'il y a un «s» à Patients. C'est un film sur les humains, les rencontres, c'est ça qui m'a beaucoup apporté.

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Patients prend l'affiche le 5 mai.

Le comédien Pablo Pauly a dû perdre 10... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE) - image 2.0

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Le comédien Pablo Pauly a dû perdre 10 kg pour incarner un jeune homme devenu handicapé à la suite d'un accident - un rôle inspiré de l'histoire de Grand Corps Malade.

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Pablo Pauly: Un autre corps

Pour incarner le personnage de Ben inspiré de Grand Corps Malade, qui va découvrir toute une faune au centre de rééducation pendant un an, le jeune comédien Pablo Pauly a dû s'affaiblir en perdant 10 kg et en étant immobilisé pendant trois mois de répétitions - avec l'ancien kinésithérapeute de Grand Corps Malade - et de tournage. 

«Qu'on autorise un jeune acteur à se transformer physiquement comme ça, c'est rare, dit-il. C'était beaucoup de responsabilités.»

«Comme nous dormions au centre pendant le tournage, j'ai découvert des personnes extraordinaires, plus fortes que nous, qui ne se plaignent pas du tout, alors qu'ils pourraient. Ils rigolent de tout, ils s'envoient des trucs hyper violents du matin au soir, mais ils en ont besoin!»

Au bout du compte, cette expérience intense et immersive lui a apporté beaucoup, en premier de nouvelles amitiés avec les autres comédiens. Et, bien sûr, une nouvelle vision de l'existence. «Tu apprécies plus les choses de la vie de tous les jours. De pouvoir grimper un escalier, courir, même d'avoir mal ! Je me plains beaucoup moins depuis ce tournage - nous, les Parisiens, on se plaint beaucoup, mais maintenant, je ne le fais plus trop.»

Enfin, il a surtout découvert l'homme derrière Grand Corps Malade. «C'est quelqu'un de brillant. Déjà, c'est un héros. Il est d'une gentillesse et d'une générosité, il est humble, puissant artistiquement sans avoir la grosse tête et sans penser à l'argent. Lui et Mehdi ont bossé comme des malades, ils savaient exactement où ils allaient, et je crois qu'on a fait un bon film.»




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