La vie domestique: 24 heures dans la vie d'une femme

Juliette (Emmanuelle Devos) craint le vide existentiel lorsqu'elle... (Photo fournie par Fun Film)

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Juliette (Emmanuelle Devos) craint le vide existentiel lorsqu'elle emménage dans une banlieue parisienne.

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(PARIS) Dénonciation féroce ou constat navrant? La réalisatrice de La vie domestique préfère plutôt évoquer le portrait réaliste d'une situation dans laquelle sont coincées plusieurs femmes encore aujourd'hui.

On aurait presque pu en faire une pièce de théâtre absurde. En d'autres temps, Claude Meunier se serait probablement aussi inspiré des mêmes personnages pour ses Voisins. Mais le ton, ici, est tout à fait différent. Même si La vie domestique, le troisième long métrage d'Isabelle Czajka, comporte quelques traits d'humour, le sentiment d'impuissance prend ici largement le dessus.

Cette chronique sociale fait en effet écho au piège duquel ne peuvent s'échapper certaines femmes d'une banlieue parisienne bourgeoise. Ces «dames au foyer» sont tellement conditionnées à répondre à ce que la société française attend d'elles qu'elles ont même du mal à identifier la cause du grand vide existentiel qui les ronge de l'intérieur.

Quand elle emménage dans un quartier résidentiel de «bon goût» avec son mari qui travaille toute la journée, Juliette (Emmanuelle Devos) craint justement de devoir se fondre dans le moule.

Pour éviter le pire, elle s'accroche à une promesse d'emploi dans une maison d'édition comme à une bouée de sauvetage. D'autant plus qu'à un dîner entre nouveaux voisins, genre de rencontre faussement chaleureuse de laquelle n'émerge jamais de véritable amitié, elle a pu pressentir la grisaille de son avenir. Elle a en effet vu son mari - qu'elle aime - acquiescer par politesse à des propos indéfendables, sexistes à pleurer, proférés par l'hôte de la soirée.

Un travail invisible

«L'idée au départ était d'écrire un film à propos du travail invisible que font les femmes dans le cadre de la vie familiale, explique Isabelle Czajka au cours d'un entretien accordé à La Presse dans le cadre des Rendez-vous du cinéma français d'Unifrance tenus à Paris.

«J'ai d'abord souhaité transposer dans un contexte contemporain le roman de Virginia Woolf La promenade au phare. Mais l'adaptation était très difficile. Puis, je suis tombée tout à fait par hasard sur Arlington Park, un roman de Rachel Cusk, une auteure britannique qui revendique elle-même une communauté d'esprit avec l'oeuvre de Virginia Woolf. J'ai trouvé là exactement ce que je cherchais.

«La forme d'écriture utilisée dans ce bouquin me permettait d'insérer mon univers et ma vision. J'aimais aussi que l'intrigue soit concentrée sur une seule journée. Aujourd'hui, j'ai presque de la difficulté à départager ce qui vient du roman et ce qui vient de moi dans ce film!»

Passée derrière la caméra pour la première fois en 2006 (L'année suivante), puis, reprenant du service quatre ans plus tard (D'amour et d'eau fraîche), Isabelle Czajka privilégie naturellement un point de vue féminin. Cette perspective, dit-elle, est beaucoup plus rarement évoquée dans le cinéma et la littérature.

«Depuis très longtemps, l'histoire des femmes est racontée par des hommes, fait-elle remarquer. À tel point qu'elles en viennent à adopter le même point de vue. Leur imaginaire est formé par ce qu'on leur a montré. Il est difficile de s'en détacher et de faire un vrai contrechamp. C'est une vraie préoccupation chez moi.

«Dans ce film, je voulais véritablement proposer une autre vision. Après des décennies de féminisme, les mentalités sont encore très dures à changer. Certains voient dans mon film une dénonciation féroce alors qu'à mon sens, il n'en est rien. Je fais plutôt le constat d'une réalité.

«Même si elle a fait des pas de géant au cours des dernières décennies, poursuit-elle, il reste que la femme sent encore l'obligation de réussir tous les aspects de sa vie: professionnel, sentimental, et surtout familial. Il y a d'ailleurs un retour du balancier qui fait en sorte que les jeunes femmes trouvent aujourd'hui dans la famille la valeur refuge suprême. C'est devenu plus important que tout le reste.

«Bien entendu, ce sont elles qui se retrouvent avec la charge de travail supplémentaire que ça implique. Il y a encore des doubles standards sur ce plan. Aujourd'hui, on dira encore d'une femme de 45 ans qui mène une vie professionnelle sans enfants qu'il lui manque quelque chose. Qu'elle n'a pas véritablement accompli sa vie. Qui dit ça d'un homme? Quand on évoque ce genre de choses, les réactions sont parfois tellement primaires qu'aucune discussion n'est alors possible. Rappelons-nous l'élection présidentielle de 2007 alors que Ségolène Royal s'est fait demander qui allait garder ses enfants!»

Rien de gagné

Si, vu de l'extérieur, le milieu du cinéma français semble davantage propice à l'éclosion du talent féminin, l'auteure cinéaste rectifie quand même un peu le tir.

«Il est vrai qu'en France, nous avons encore la chance de produire une cinématographie riche d'environ 250 longs métrages par an. C'est formidable. Et cela permet, il est vrai, à plusieurs réalisatrices de se faire valoir. Cela dit, il reste encore bien des étapes à franchir pour atteindre l'égalité. Mon trajet dans le milieu du cinéma fut long. J'ai aujourd'hui un peu plus de 50 ans. Mes études en cinéma furent d'abord techniques et j'ai commencé à travailler à la prise de vue. C'est au moment où j'ai voulu passer à l'étape suivante et devenir chef opératrice que je me suis rendu compte à quel point l'étau se resserre. Les chances ne sont alors pas toujours égales. Il reste encore beaucoup de travail à faire.»

Outre Emmanuelle Devos, La vie domestique met en vedette Julie Ferrier, Natacha Régnier, Laurent Poitrenaux et Marie-Christine Barrault. Cette dernière offre d'ailleurs, le temps d'une courte scène, un moment d'anthologie.

La vie domestique prend l'affiche le 18 juillet.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.




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