Critique
Camion : élégante sobriété
Marc Cassivi
Germain (Julien Poulin) tue accidentellement une femme, au volant de son camion 18 roues. Seul dans son village du Bas-du-Fleuve, il sombre dans une spirale de dépression, avant d'appeler ses fils à son secours.
Alain (Stéphane Breton) habite un motel du Nouveau-Brunswick, séducteur à la dérive. Samuel (Patrice Dubois) noie sa propre peine en travaillant la nuit comme concierge à Montréal. Les trois hommes se retrouvent à la maison familiale, pour faire le point sur leurs vies.
S'il est une thématique largement exploitée dans le cinéma québécois, c'est bien celle de la détresse masculine. Camion de Rafaël Ouellet n'est pas qu'une chronique familiale sur les blessures d'un homme et ses fils. C'est aussi un portrait de leur solidarité.
Prix de la mise en scène à Karlovy Vary, en République tchèque, où il a aussi obtenu un prix oecuménique, Camion est certainement l'une des oeuvres les plus abouties que nous a offert le cinéma québécois cette année.
Un film d'une élégante sobriété, fin et fluide, sensible et fort, bercé par une trame sonore tout aussi remarquable. Le film le plus achevé et ambitieux de Rafaël Ouellet (Le cèdre penché, Derrière moi, New Denmark) est aussi son plus accessible.
Un récit inspiré de la vie du cinéaste de 38 ans. Son père était camionneur et il a grandi à Dégelis, où le film a été tourné, près du Nouveau-Brunswick. Ce qui procure sans doute au récit, simple, cohérent, d'indéniables accents de vérité.
Finement filmé, sans maniérisme ni racolage, laissant le temps aux plans de s'imprégner dans les clairs-obscurs. Écrit de manière subtile, avec des dialogues taillés dans le réalisme, sans fausses notes. Magnifiquement interprété par un trio d'acteurs en osmose, jouant à merveille cette touchante et percutante partition.
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CAMION. Drame de Rafaël Ouellet. Avec Julien Poulin, Stéphane Breton et Patrice Dubois. 1h34.
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