Critique
Skyfall : un grand «Bond»
Marc-André Lussier
L'éclatante réussite du nouveau «James Bond» est largement attribuable à Sam Mendes. Ce bel accomplissement tient à trois choses: un scénario solide qui creuse la psychologie des personnages; une approche classique et élégante dans la réalisation; et un respect non ostentatoire de la mythologie «bondienne».
Le réalisateur d'American Beauty entraîne en effet la franchise dans des territoires inexplorés. Dans cet épisode, le 23e sur la fiche officielle, le parcours international du plus célèbre agent secret de la planète s'arrête même dans les landes écossaises, pays des origines, histoire de bien remettre les compteurs à zéro.
Car il est évident qu'avec Skyfall, la franchise repart sur de nouvelles bases. Fidèle au cahier des charges, le 23e Bond offre en prologue une scène de poursuite haletante «à l'ancienne», empreinte de réalisme malgré son caractère très spectaculaire.
Le vrai combat que mènera l'agent 007, 50 ans après être né sur grand écran, sera pourtant d'une autre nature. Sa dernière mission ayant mal tourné, le doute s'installe. Et entraîne à sa suite un conflit culturel entre les anciens et les modernes.
Le poids des années
Avec la nouvelle réalité géopolitique mondiale et les moyens technologiques qu'utilisent désormais les pirates informatiques terroristes pour s'infiltrer dans les systèmes des gouvernements, le mode de fonctionnement du MI-6 est remis en cause par les autorités. La position des gens en place devient très fragile. James, personnage imaginé par Ian Fleming en pleine guerre froide, doit même repasser des tests d'aptitude comme la plus verte des recrues. Visiblement, les années commencent à peser.
La situation se corse avec l'arrivée dans le décor du méchant de l'histoire, un dénommé Silva (Javier Bardem). Qui semble avoir des comptes personnels à régler avec des gens de l'agence, particulièrement avec la redoutable M (Judi Dench).
Le scénariste John Logan (Gladiator, Hugo), qui a travaillé au texte avec les vétérans Neal Purvis et Robert Wade, accorde une attention accrue à la part de l'intime. Inévitablement, de nombreuses zones d'ombre surgissent...
Cela dit, son nom est Bond. James Bond. Mendes a bien compris l'ampleur du mythe. Ainsi, sa mise en scène est entièrement au service de l'histoire et des personnages. Si les séquences d'action se révèlent toujours aussi dynamiques, les scènes de dialogues le sont désormais tout autant.
L'éminent cinéaste fait d'ailleurs assez confiance à son scénario pour ne pas céder à la folie du montage frénétique ni à cette manie de la caméra survoltée. Il consent même une scène de plusieurs minutes où Bond et Silva ne font que parler. Craig et Bardem en font d'ailleurs un moment d'anthologie.
Il convient en outre de souligner la qualité exceptionnelle de l'interprétation. Si la superbe Bérénice Marlohe n'a pas beaucoup l'occasion de se faire valoir dans le rôle de la Bond Girl traditionnelle, Naomie Harris tire en revanche son épingle du jeu dans celui de la partenaire de 007.
De son côté, Javier Bardem propose encore une fois une composition marquante grâce au personnage de Silva, et Daniel Craig, pourtant très contesté au moment de sa «nomination», prouve qu'il est le plus grand James Bond de l'histoire de la série.
Des discussions auront lieu à propos du rang que devrait occuper Skyfall au sommet du palmarès des films de James Bond (les époques sont difficilement comparables), mais on peut affirmer sans ambages que les artisans de ce nouvel opus auraient difficilement pu faire mieux. Vraiment, c'est excellent.
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Skyfall (007 Skyfall). Film d'action réalisé par Sam Mendes. Avec Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench, Naomie Harris, Ralph Fiennes. 2h23.
007 Skyfall: mission accomplie
Normand Provencher
Le dernier James Bond, Quantum of Solace, ayant laissé un goût amer chez les fans du célèbre espion, la marche était haute pour Sam Mendes, chargé de remettre sur les rails la légendaire franchise. Le talentueux réalisateur de Beauté américaine peut dire mission accomplie. En cette année où l'agent 007 fête son demi-siècle d'existence, Skyfall s'impose comme l'un des épisodes les mieux réussis, heureux mélange de classicisme et de modernité.
Depuis Casino royale, les producteurs ont pris conscience que le mythe créé par Ian Fleming avait besoin d'être dépoussiéré, histoire de le faire sortir de sa zone de confort et d'éviter qu'il se transforme en anachronisme vivant. Les scénaristes Robert Wade et Neal Purvis (Casino royale), en collaboration avec John Kegan (Hugo), ont compris le message.
Dans ce 23e épisode, 007 n'a plus grand-chose à voir avec ses prédécesseurs. Plus animal, vulnérable, habité d'un charme cockney, le personnage endossé avec brio pour la troisième fois par Daniel Craig n'en dégage pas moins cette indispensable aura d'invincibilité. Audacieux, les scénaristes se permettent même d'évoquer une soi-disant expérience homosexuelle, good lord!
Invincible, disions-nous? Pas tant. Lors d'une ouverture explosive fidèle à la tradition, 007 est victime d'une erreur collatérale, après une poursuite à moto, dans les rues d'Istanbul, et un affrontement sur le toit d'un train roulant à vive allure. L'agent sera laissé pour mort, mais pas pour longtemps. Les héros ne meurent jamais. James Bond encore moins.
Une fois cette couleuvre avalée de peine et de misère par le spectateur, les affaires iront rondement pour lui. Après un séjour olé-olé au soleil et une période de remise en question, 007 reprendra du service. De Londres à la campagne écossaise, en passant par Shanghai et Macao, Bond sera confronté à un terroriste de haut calibre. Raoul Silva (Javier Bardem), un ancien collègue recyclé dans le cyberterrorisme, multipliera les coups d'éclat dans sa mission punitive contre la grande patronne du MI6, M (Judi Dench, de retour pour une septième fois), personnage secondaire pivot de Skyfall.
Les Bond Girls sont évidemment au rendez-vous, Naomie Harris et la Française Bérénice Marlohe. Sans oublier la cure de rajeunissement subie par le maître ès gadgets, Q (un nouveau venu, Ben Whishaw), créateur d'un Walther PPK doté d'un système de reconnaissance d'empreintes digitales.
Le nouvel ennemi de Bond lui en fera baver, avec sa facilité déconcertante à pirater les systèmes informatiques et provoquer des catastrophes, comme le déraillement d'une rame de wagons dans le métro de Londres. Avec sa tignasse décolorée à la Christopher Walken (Dangereusement vôtre) et son look soigné, Raoul Silva incarne la nouvelle peur planétaire de notre époque, façon Julian Assange.
Javier Bardem habite avec un machiavélisme BCBG ce méchant d'anthologie. Une performance à inscrire au panthéon des «meilleurs pires» ennemis de 007. Silva va même jusqu'à faire des avances au fantasme de ces dames. «Qui peut te faire croire que c'est ma première fois?» lui lance Bond, enchaîné à une chaise, pendant que son vis-à-vis lui caresse lascivement les jambes...
Fan de Bond depuis Vivre et laisser mourir, Sam Mendes livre une production à la mise en scène soignée, habile à saisir les multiples nuances du héros. Autour de lui, sur le plateau, que des grosses pointures: le fidèle collaborateur des frères Coen à la photographie, Roger Deakins; le responsable des effets spéciaux sur les films de Christopher Nolan, Chris Corbould; la chef costumière de Harry Potter, Jany Termine; Thomas Newton, 10 nominations aux Oscars, à la musique. Chapeau également aux concepteurs de la chanson-thème, interprétée par Adele, qui colle parfaitement à l'ambiance du film.
N'en déplaisent aux dénigreurs (de moins en moins nombreux) de Daniel Craig, l'acteur a un contrat en poche pour deux autres épisodes. Si une nouvelle façon de revisiter le mythe s'impose à ce moment, elle pourrait venir de Christopher Nolan qui a déjà fait savoir qu'il demanderait alors un autre acteur, inconnu de préférence. Mais vu le succès inévitable de cette nouvelle production (qui bat des records de fréquentation en Europe depuis deux semaines), Craig peut dormir tranquille : le ciel n'est pas près de lui tomber sur la tête.
* * * 1/2
007 Skyfall. Genre : action-espionnage. Réalisateur : Sam Mendes. Acteurs : Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench, Ralph Fiennes, Naomie Harris, Albert Finney, Bérénice Marlohe, Ben Whishaw et Rory Kinnear. Classement : général (déconseillé aux jeunes enfants). Durée : 2h23.
On aime : la performance de Javier Bardem, la mise en scène soignée, la photographie, la chanson-thème d'Adele, les cascades.
On n'aime pas : l'incohérence de la «résurrection», quelques longueurs en première partie.
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