Les randonneurs en ont une ; les amateurs d’escalade, de vélo, de canot et de kayak aussi : une fédération qui veille à leurs intérêts. Les amateurs de ski de fond peuvent aussi compter sur une fédération, Ski de fond Québec, mais ils la connaissent peu. Ou pas du tout.

Publié le 4 février
Marie Tison
Marie Tison La Presse

Il n’y a rien d’étonnant à cela : ce n’est que tout récemment que Ski de fond Québec a ajouté la pratique récréative à un mandat qui, auparavant, visait essentiellement la pratique compétitive et le développement de l’élite.

« La réflexion avait été entamée avant mon embauche, il y a quatre ans, mais elle n’avait pas été poursuivie parce que l’ancienne directrice générale n’avait pas cette vision-là, explique Claude Alexandre Carpentier. Ce que j’ai dit à mon entrevue d’embauche, c’est que je trouvais anormal qu’une fédération sportive ne s’occupe pas de la majorité de ceux qui pratiquent une discipline, soit les fondeurs récréatifs. »

PHOTO FOURNIE PAR CLAUDE ALEXANDRE CARPENTIER

Le nouveau directeur général de Ski de fond Québec, Claude Alexandre Carpentier, voulait faire une plus grande place au ski récréatif au sein de la fédération. On le voit ici avec deux membres du conseil d’administration, Andrée-Anne Simard et Renée Thibeault.

La fédération a repris l’idée, mais le processus a été long et ce n’est qu’en septembre 2020 qu’elle s’est fait reconnaître comme organisme national de loisirs.

« Les fondeurs récréatifs nous connaissent peu, reconnaît M. Carpentier. Ça m’étonnerait que ça change beaucoup avec le temps parce que le rôle d’une fédération est de faire le travail structurant par en arrière, ce que le bénéficiaire ne voit pas nécessairement. » Il s’agit notamment de s’assurer que les pistes sont bien tracées, bien signalisées, qu’on a prévu des voies d’évacuation, etc.

La fédération a notamment fait des démarches auprès de la Santé publique pendant la pandémie pour que les fondeurs puissent continuer à pratiquer leur sport en dépit des restrictions. « Il y a beaucoup d’éléments comme ça qu’on a fait valoir à la Santé publique pour que les centres de ski demeurent ouverts tout le temps, pour permettre à la population, dans un contexte très restrictif, d’avoir au moins cette activité pour lâcher son fou et éliminer le stress accumulé par la pandémie. »

Deux projets en chantier

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Ski de fond Québec souhaite pérenniser les pistes de ski de fond au Québec.

La fédération n’a pas l’intention de se substituer aux clubs et aux organisations de ski de fond, qui ont un contact beaucoup plus direct avec les fondeurs. En revanche, elle a deux projets en chantier qui devraient intéresser ces derniers.

Il s’agit notamment de géoréférencer tous les réseaux de ski de fond dans la province et d’offrir, à terme, une carte interactive qui permettra aux amateurs de chercher un centre près de chez eux selon différents critères : le type de ski, le niveau de difficulté, etc.

Pour l’instant, la carte n’est pas interactive : elle permet simplement de voir où sont les différents réseaux et d’accéder à leurs sites internet. « C’est très long, c’est un projet qui devrait prendre quatre ans et qui nécessitera 400 000 $ », dit M. Carpentier.

Le deuxième projet est à plus long terme encore. Il s’agit de créer un réseau de sentiers de ski de fond, à l’instar de la Route verte pour le vélo et de la Route bleue pour les activités aquatiques.

« Un des buts est de “patrimonialiser” les sentiers de ski de fond, c’est-à-dire de faire en sorte qu’ils fassent partie du patrimoine immatériel du Québec et qu’ils soient protégés », explique M. Carpentier.

Avec les projets résidentiels, il y a beaucoup de sentiers de ski de fond qui disparaissent. Avec les changements de propriétaire, des droits d’accès sont retirés. Ça fragmente les sentiers qui existaient et à un moment donné, ce n’est plus praticable.

Claude Alexandre Carpentier, nouveau directeur général de Ski de fond Québec

À terme, il s’agirait de relier les divers réseaux les uns aux autres. « Si quelqu’un avait la folie un jour de vouloir partir de Gatineau pour se rendre à Gaspé, il faudrait qu’il soit capable de le faire sur ses skis. Mais la tâche est colossale », ajoute-t-il.

Changements climatiques

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Il est possible de minimiser l’exposition au soleil en utilisant les arbres comme barrière.

Il y a un autre aspect qui préoccupe Ski de fond Québec : les impacts des changements climatiques.

« Ça devient de plus en plus problématique de faire du ski sur la rive sud, en Montérégie. Il y a beaucoup trop de redoux et les précipitations ne sont pas aussi abondantes qu’on voudrait », dit M. Carpentier.

Or, un aménagement approprié des pistes peut permettre de conserver plus longtemps une bonne couche de neige. On peut notamment minimiser l’exposition au soleil en utilisant les arbres comme barrière. On peut aussi travailler le terrain avant l’hiver. « Ne serait-ce que désherber à l’automne avant la première neige, ça a une grande influence sur la quantité de neige qu’on peut avoir », affirme M. Carpentier. Un certain enneigement artificiel pourrait aussi être considéré à certains endroits.

Parallèlement à son nouveau rôle dans le domaine récréatif, Ski de fond Québec continuera à travailler aux compétitions et au développement de l’élite. Claude Alexandre Carpentier admet qu’il ne vient pas lui-même de la filière « élite ». « Je suis un skieur bien ordinaire, récréatif. Je suis presque tout le temps sur le P’tit Train du Nord. »

Consultez le site de Ski de fond Québec

Suggestion de vidéo

Pif paf dans la neige

Ce qu’on aime dans cette vidéo toute simple de Candide Thovex en Suisse, c’est le bruit des skis sur la neige.

Chiffre de la semaine

3500 km

C’est la distance qu’a parcourue en 76 jours une renarde arctique dotée d’un collier émetteur. L’animal est parti de l’archipel du Svalbard, au nord de la Norvège, pour se rendre à l’île d’Ellesmere, au Canada.