On savait déjà que les Québécois avaient pris d’assaut les sentiers de randonnée à la faveur de la pandémie. De premières études montrent que la hausse de l’achalandage est encore plus importante que ce qu’on pensait.

Publié le 16 déc. 2021
Marie Tison
Marie Tison La Presse

Pour Rando Québec, la fédération de la randonnée et de la raquette, c’est une très bonne nouvelle. Toutefois, les comportements indésirables ont également augmenté de façon considérable.

Rando Québec avait déjà une bonne idée de l’impact de la pandémie sur les sentiers du Québec. L’organisme a toutefois tenu à vérifier si cette impression était exacte en sondant les gestionnaires de sentiers au Québec, soit essentiellement des parcs régionaux et diverses organisations. Pas moins de 75 gestionnaires ont répondu au questionnaire.

Les données recueillies permettent de constater une augmentation de 62 % de l’achalandage en saison estivale entre 2019 et 2021. Avant d’avoir ces données, Rando Québec pensait que cette augmentation variait entre 30 % et 50 % selon les réseaux.

De nombreux nouveaux adeptes

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Avec la pandémie, on a vu plus de chiens sur les sentiers de randonnée.

Plus de 80 % des gestionnaires de sentiers qui ont participé à l’étude ont constaté une plus grande présence de randonneurs débutants. « C’est une super bonne nouvelle, lance Gregory Flayol, directeur adjoint chez Rando Québec. Ce sont des gens qui étaient éloignés de l’activité de plein air, de la nature. Les gestionnaires ont également vu plus de familles et de jeunes adultes. »

Mais il y a eu aussi beaucoup d’opérations de recherche et de sauvetage en 2021, soit 44. Pour l’instant, les données ne permettent pas de savoir combien de ces interventions étaient liées à des accidents et combien étaient liées à des raccompagnements.

« Plusieurs gestionnaires dans le passé nous avaient mentionné une augmentation des raccompagnements parce que des personnes avaient mal évalué la difficulté d’une randonnée, ou le temps que ça leur prendrait, ou la météo. Ou encore, qu’elles étaient mal équipées ou qu’elles s’étaient égarées dans le réseau parce qu’elles n’avaient pas de carte », détaille M. Flayol.

Les deux tiers des gestionnaires ont aussi constaté une hausse du nombre de personnes accompagnées de chiens. « Est-ce que c’est toujours problématique ? Non, c’est une question de respect des règlements et des autres. Le chien en laisse n’est pas un enjeu lorsque les règles le permettent. »

Or, 57 % des gestionnaires interrogés ont constaté diverses transgressions : des chiens qui n’étaient pas en laisse, du camping ou du feu alors que c’était interdit.

Il y a des gens qui vont faire un feu au bas d’un arbre, entre les racines, en se disant que ça va faire comme une barrière. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que le feu prend dans la racine et que la forêt prend feu au complet.

Gregory Flayol, directeur adjoint chez Rando Québec

Également, 40 % des gestionnaires de sentiers ont constaté que des randonneurs étaient mal préparés (mauvaises chaussures, pas d’eau, etc.). Le tiers des répondants ont également observé que des randonneurs ne respectaient pas la fermeture de sentiers (pendant la période de dégel, par exemple), qu’ils dégradaient des infrastructures ou qu’ils ne respectaient pas les propriétés privées.

« Il y a des applications où des gens font la promotion d’itinéraires qui ne sont pas des sentiers homologués et qui passent sur des propriétés privées », explique M. Flayol.

Cela peut amener un propriétaire qui avait donné accès à un sentier particulier à fermer totalement sa propriété aux randonneurs. « On perd des sentiers au complet, se désole-t-il. C’est une catastrophe pour les gestionnaires. »

Il rappelle que ce n’est pas tout le monde qui comprend les particularités du monde naturel. « Le plein air, ça s’apprend. Pour nous, l’enjeu, c’est de rendre la randonnée pédestre accessible. On va continuer à outiller les gens qui sont éloignés de la randonnée pédestre pour que ça devienne plus naturel pour eux. »

Accès et investissements

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Les nouveaux randonneurs ne sont pas toujours bien préparés pour affronter la nature québécoise.

Le directeur adjoint de Rando Québec croit qu’au bout du compte, il faut surtout se montrer positif et ne pas décourager les gens avec une masse de directives.

« En pleine pandémie, le gouvernement nous avait demandé de sensibiliser les gens aux bonnes pratiques, mais au bout d’un moment, on s’est retrouvés avec une longue liste de choses qu’on ne pouvait pas faire. C’est contre-productif. »

Par ailleurs, Rando Québec estime que l’augmentation de l’achalandage et des problèmes liés, comme le stationnement sauvage, montre qu’il faut investir davantage dans les infrastructures de randonnée pédestre.

C’est le ministère de l’Éducation, par l’entremise de sa section Loisirs et Sports, qui soutient le plein air. Rando Québec aimerait voir le ministère du Tourisme participer davantage au financement de ce secteur alors qu’il fait la promotion d’un tourisme de plein air. « L’argent de l’éducation ne va pas en priorité dans les sentiers pédestres, et on le comprend », indique M. Flayol.

Finalement, Rando Québec entend continuer de plaider en faveur d’un plus grand accès au plein air, notamment avec davantage de territoires réservés et protégés. « On se rend compte que les espaces verts dans lesquels on peut pratiquer la randonnée, et éventuellement d’autres activités de plein air, ne sont pas suffisants. »

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Chiffre de la semaine

5

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