Les vagues éclatent sur les pans de granit qui caractérisent cette partie de la côte. Un vent pour le moins rafraîchissant souffle du large. Au loin, les eaux du lac Supérieur rencontrent l’horizon.

Marie Tison
Marie Tison La Presse

Nous sommes seuls. Cela fait trois jours que nous avons commencé notre randonnée en autonomie, nous n’avons encore rencontré aucun autre être humain. De petites et grosses bêtes, il y en a, mais elles restent discrètes. On voit bien leurs traces dans les plages de sable le matin : un orignal est passé ici, un lynx a inspecté la berge, de petits mammifères non identifiés ont fait la navette entre le lac et la forêt boréale.

Nous avons entrepris de parcourir la piste côtière du parc national de Pukaskwa, situé en Ontario, quelque part entre Thunder Bay et Sault-Sainte-Marie, le long du lac Supérieur.

PHOTO MARIE TISON, LA PRESSE

Le lac Supérieur peut être calme et invitant. Il peut aussi se montrer tempestueux.

Il y a plusieurs façons d’affronter cette aventure pédestre de près de 60 km, réputée pour sa difficulté. Les randonneurs endurcis peuvent faire l’aller-retour et user les semelles de leurs bottines sur 120 km pendant une dizaine de jours. Les randonneurs plus raisonnables peuvent se rendre à mi-chemin et revenir sur leurs pas, une aventure de cinq jours.

Nous avons choisi ce que Parcs Canada qualifie de « tout-inclus » : une navette côtière jusqu’à l’extrémité du sentier, au beau milieu de nulle part, et le retour jusqu’au centre de visiteurs du parc, à l’anse Hattie. Avec, en prime, un petit détour pour parcourir une boucle sympathique, Mdaabii Miikna. Cela fait environ 70 km de randonnée, à faire en six ou sept jours.

C’est Doug Bourgeault, de North Shore Adventures, qui nous embarque dans son petit bateau pour commencer l’aventure. En chemin, il balaie de la main la forêt côtière, épaisse, sauvage, et nous demande si cela nous fait peur. Non, nous n’avons pas peur, nous avons tout ce qu’il faut pour être en parfaite autonomie.

Lorsqu’il nous débarque sur une plage de sable à proximité de la rivière North Swallow, à l’extrémité est du sentier, à 8 h du matin, nous sommes prêts à entreprendre une première étape.

PHOTO MARIE TISON, LA PRESSE

La piste côtière traverse divers types de forêts.

La piste côtière n’est pas balisée, mais le sentier est facile à suivre lorsqu’il serpente dans la forêt. Lorsqu’il traverse des affleurements de granit et des champs de cailloux, de petits cairns très discrets nous permettent de garder le cap.

Nous sommes à la toute fin du printemps ; les maringouins, mouches noires et autres petits vampires peuvent être diaboliques. Heureusement, la plupart du temps, le vent soutenu du large permet de les garder à distance raisonnable. Les sous-bois regorgent de fleurs sauvages : le sabot de la vierge (cypripède acaule), le quatre-temps, la trientale boréale, la rose sauvage. Près des cours d’eau, l’iris versicolore dresse fièrement la tête.

PHOTO MARIE TISON, LA PRESSE

Heureusement, deux ponts suspendus permettent de traverser les torrents les plus importants.

Ces cours d’eau, il faut parfois les traverser. La plupart du temps, c’est facile, il suffit de faire quelques bonds sur des roches à moitié immergées. Il faut parfois enlever les bottes et rouler le bas des pantalons pour des ruisseaux plus sérieux. On trouve aussi quelques ponts et passerelles, mais il faut se méfier : ces deux planches qui semblent bien solides s’enfoncent sous le poids d’une randonneuse bien chargée et la voici qui se retrouve avec des bottines détrempées.

Les gestionnaires du parc ont fait du bon boulot avec les emplacements de camping : ils sont éloignés les uns des autres, ce qui garantit une expérience très sauvage. Tous sont situés à deux pas du lac ou d’une rivière, mais bien à l’abri derrière un rideau d’arbres afin de minimiser les excès du vent.

PHOTO MARIE TISON, LA PRESSE

Les peintres du Groupe des Sept se sont inspirés des rivages du lac Supérieur.

Il est fascinant de constater que ce grand parc de 1878 km2, bien plus vaste que le parc du Mont-Tremblant, compte un minimum d’infrastructures : un terrain de camping bien organisé à son extrémité nord-ouest, à l’anse Hattie, avec un centre de visiteurs. Puis, une quarantaine d’emplacements disséminés le long de la côte avec, pour la plupart, une toilette sèche, un rond de feu et une boîte de métal pour garder la nourriture à l’abri des ours et des rongeurs. En fait, les ours se font rares lors de notre passage : on n’en voit pratiquement aucune trace. Par contre, les loups laissent des « cartes de visite » au beau milieu des sentiers.

Au fur et à mesure que nous progressons vers l’ouest, nous sentons que la piste devient moins sauvage. Au quatrième jour, nous rencontrons nos deux premiers randonneurs. Il faudra toutefois attendre au septième jour, tout juste avant l’arrivée à l’anse Hattie, pour en voir davantage.

Il faut admettre que Pukaskwa, ce n’est pas à côté. Il faut faire une quinzaine d’heures de route à partir de Montréal, ou s’envoler à Thunder Bay et rouler près de quatre heures jusqu’au parc. On peut rentabiliser ce petit déplacement en parcourant la côte en kayak de mer. Mais ça, c’est une autre aventure.

Le parc fournit un guide très complet pour planifier son expédition.

Consultez la page du parc national Pukaskwa