Ça faisait longtemps que Martin Jolicœur n’était pas allé faire du ski de fond avec son père. C’était le moment idéal, un beau samedi. Le duo s’est d’abord présenté au parc national d’Oka. Il aurait fallu réserver, il ne restait plus de place. Les deux hommes se sont alors déplacés à Mirabel, au parc du Domaine vert. Le paternel avait une « passe » de saison, mais pas le fils. Or, celui-ci est Montréalais et, la fin de semaine, le Domaine vert n’accepte pas les non-résidants.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« Est-ce que l’accès à la nature est réservé aux seuls gens des Laurentides ? s’insurge M. Jolicœur. Philosophiquement, j’ai un problème avec ça. »

Quelques parcs et municipalités ont interdit l’accès aux non-résidants pendant les fins de semaine, comme la municipalité de Sainte-Adèle, Prévost, les Coureurs des boisés à Laval, le parc Les Salines à Saint-Hyacinthe et, initialement, le parc régional Val-David–Val-Morin.

« On a décidé d’emboîter le pas après des fins de semaine de débordement », explique le directeur du secteur Dufresne du parc régional Val-David–Val-Morin, Jean-François Boily. « Ça débordait de tous bords, tous côtés. »

Des gens se stationnaient dans les rues avoisinantes, compliquant les activités de déneigement. Il y avait un goulot d’étranglement à l’accueil. Trop de monde. Des gens ont déposé des plaintes à la Santé publique. « On avait un peu le spotlight sur nous, indique M. Boily. On avait des patrouilleurs qui s’assuraient qu’il n’y avait pas de rassemblements, mais quand il y a trop de monde, ça devient difficile à gérer. »

Comme des municipalités des alentours fermaient leurs sentiers aux non-résidants, le parc a craint une affluence encore plus grande.

Étant donné qu’on n’avait pas de système de réservation en ligne, il a fallu trouver une solution à court terme. On a décidé de favoriser les gens des alentours. C’est leur parc, c’est un parc régional.

Jean-François Boily, directeur du secteur Dufresne du parc régional Val-David–Val-Morin

Il ajoute que le gouvernement demandait d’éviter les déplacements interrégionaux. Le directeur du secteur Dufresne est toutefois un peu mal à l’aise avec l’idée d’exclure les gens de l’extérieur les fins de semaine. « J’ai toujours prôné l’ouverture, l’accessibilité au plein air. On est désolés pour les gens de Montréal, de la couronne nord. »

Le parc a essayé d’accélérer la mise en place d’un système de réservation en ligne, mais le tout a pris beaucoup plus de temps que prévu. Le système est maintenant prêt à entrer en fonction, et le parc pourra cesser d’exclure les non-résidants. « On va au moins donner la chance à tout le monde », s’enthousiasme M. Boily.

Et à Sutton ?

PHOTO MÉLISSA VAILLANCOURT, FOURNIE PAR TOURISME CANTONS-DE-L’EST

Randonnée en raquettes dans la région de Sutton. Il faut maintenant réserver sa place pour faire de la randonnée au parc d’environnement naturel de Sutton.

Au parc d’environnement naturel de Sutton (PENS), on a tout de suite opté pour la réservation en ligne lorsqu’est venu le temps de contrôler l’accès aux sentiers de raquettes.

Le parc a connu une affluence record en 2020, mais les gestionnaires avaient réussi à gérer la situation pendant l’été et l’automne en ajoutant des préposés et en les installant à l’extérieur. Ils ont été surpris lorsque cette affluence s’est poursuivie en novembre, puis pendant les mois d’hiver.

« On ne pouvait plus appliquer une bonne partie de nos stratégies, raconte Patricia Lefebvre, directrice générale du PENS. Nous avons un poste d’accueil minuscule, avec une petite guérite et une petite fenêtre. Ça ne marchait plus du tout. »

En outre, le nombre plus élevé de randonneurs risquait d’endommager les sentiers. « Quand il y a de la neige sur le sentier, les gens pensent qu’il n’y a pas d’impact, mais il y en a un quand même. Quand on compacte la neige, on finit par compacter le sol. On se retrouve au printemps avec les bords de sentiers piétinés, il n’y a plus rien qui pousse là. Les sentiers s’élargissent, on se ramasse avec des tonnes de raccourcis. »

La direction du PENS a songé à exclure les gens de l’extérieur, mais a écarté l’idée pour plusieurs raisons. « Nous avons un village qui vit essentiellement du récréotourisme, rappelle Mme Lefebvre. Beaucoup des commerçants de la rue principale, beaucoup de ceux qui y travaillent, sont mes amis. Ils en arrachent déjà assez, on ne va pas ajouter une couche. »

Elle ajoute que la plupart des parcs régionaux sont des structures soutenues financièrement par les municipalités ou les MRC. « Nous, nous sommes un organisme à but non lucratif. De 80 à 90 % de nos revenus proviennent de la tarification des usagers. »

Il y avait une troisième raison pour rejeter l’idée de réserver l’accès à la population locale. « Notre mission, c’est de faire apprécier la nature du mont Sutton aux gens de Sutton et aux visiteurs afin qu’ils aient envie de la protéger. C’est pour ça que nous sommes nés en 1979. »

Fermer la porte aux gens qui ont vraiment besoin d’avoir un accès à ce genre de milieu-là pour ne pas devenir complètement fous, ce serait aller à l’encontre de nos valeurs et de notre mission.

Patricia Lefebvre, directrice générale du PENS

Le PENS a donc décidé de mettre en place un système de réservation en ligne. Il y a un nombre limité de billets par jour, ce qui permet de contrôler le nombre de visiteurs.

Il reste toutefois un problème à régler : les skieurs hors-piste qui ne se rendent pas compte qu’ils endommagent l’environnement du parc. « C’est vrai qu’une personne unique qui passe une fois ne génère pas de dommages, mais quand le mot se passe sur les réseaux sociaux et que des centaines de personnes passent, ça a un impact, affirme Mme Lefebvre. Pour faire du ski, ce serait super gentil qu’ils aillent chez Ski Sutton, qui offre des sentiers pour grimper et qui réserve des secteurs pour eux. »

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

La piste du P'tit Train du Nord demeure accessible à tous.

Il reste quand même beaucoup d’endroits où l’on peut faire du ski de fond ou de la randonnée sans avoir à faire une réservation et sans être un résidant local. C’est ainsi que les deux Jolicœur ont abouti au P’tit Train du Nord pour enfin faire une sortie de ski de fond ensemble.

Suggestion de vidéo : Ski à la pleine lune

Les skieurs Jochen Mesle et Max Kroneck dévalent les pentes dans les Alpes autrichiennes à la pleine lune, sans lumière artificielle.

> Voyez la vidéo au complet

Chiffre de la semaine : 383

C’est le nombre de centimètres de neige que Montréal a reçu au cours de l’hiver 1970-1971, il y a 50 ans. Ce record n’a pas encore été battu.