Un lundi soir au centre-ville de Montréal. On est bien loin du plein air. Bien sûr, il a fallu négocier les amas de neige laissés par la dernière bordée, mais la salle de la Maison du développement durable est confortable, bien chauffée. Au menu : une discussion sur l’écoresponsabilité en expédition.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Partir à l’aventure, c’est bien, mais faire en sorte que l’environnement n’en souffre pas, c’est mieux.

Luc Labelle s’est lancé dans une sérieuse expédition en mai 2015 avec deux autres Québécois, Julien Granger et Nuka de Jocas-McCrea. Il s’agissait de relier Montréal à la péninsule du Yucatán en kayak de mer, un périple de 7350 kilomètres qu’ils ont accompli en un peu plus de 15 mois. La question de la protection de l’environnement faisait partie de leurs préoccupations.

« Comment avoir une pratique du plein air qui soit responsable ? Pour nous, les principes Sans traces ont constitué une porte d’entrée », indique M. Labelle pendant la discussion.

Les principes Sans traces vont bien au-delà du simple fait de rapporter ses déchets. Il faut laisser l’environnement intact, utiliser les surfaces durables (« utiliser les sentiers et ne pas défoncer la forêt parce que ça nous tente », commente Luc Labelle), minimiser l’impact des feux (« est-ce qu’on a besoin de faire des feux de camp ? En expédition, c’est une perte d’énergie »), respecter la vie sauvage et respecter les autres usagers. Et surtout, il faut bien se préparer et prévoir.

Une bonne préparation va minimiser notre impact.

Luc Labelle

Laurence Coulombe, vice-présidente et cofondatrice de Kanyon Plein Air, donne l’exemple de la nourriture.

« Il faut notamment choisir le bon contenant, souligne-t-elle. Où celui-ci va-t-il se ramasser ? »

Il existe maintenant des sacs de type ziploc en silicone, totalement réutilisables, fait-elle valoir.

En se préparant d’avance, il est notamment possible d’éviter la surconsommation en louant ou en empruntant des pièces d’équipement qui ne servent que rarement dans une vie, comme une tente de camping d’hiver.

Bien des gens ont tendance à augmenter leur sentiment de sécurité en s’achetant de l’équipement dernier cri, comme « le petite manteau hyper tech », commente Laurence Coulombe. Il faut faire une réflexion à ce sujet.

Guillaume Roy, journaliste indépendant spécialisé dans le plein air, suggère d’user son équipement « à la corde » pour minimiser la surconsommation.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE LUC LABELLE

Luc Labelle avant l’expédition Go Fetch

« Je suis un expert là-dedans », ajoute-t-il, suscitant pas mal de rires complices dans l’auditoire.

Luc Labelle affirme qu’on a beau essayer de suivre les principes Sans traces, il est facile de se « peinturer dans le coin » lorsqu’on organise une expédition.

« Pour aller faire une aventure en plein air, il faut souvent prendre l’avion », avec toutes les émissions polluantes que cela implique.

L’une des solutions possibles est de compenser ces émissions de gaz à effet de serre auprès d’entreprises fiables, comme Carbone Boréal (lié à l’Université du Québec à Chicoutimi) ou la Bourse du carbone scol’ERE (un projet communautaire en milieu scolaire), suggère Guillaume Roy.

Ce père de trois jeunes enfants a dû trouver une solution additionnelle à ce dilemme : des aventures hyperlocales (qui lui permettent de ne pas s’absenter trop longtemps de la maison).

Luc Labelle rappelle qu’il y a souvent de très beaux terrains de jeu près des grandes villes, de très beaux parcs. Ç’a été d’ailleurs une des belles découvertes de son expédition le long de la côté est nord-américaine.

Un autre aventurier québécois, Samuel Ostiguy, insiste sur l’importance de profiter d’une expédition pour faire œuvre utile.

« On peut en faire une occasion d’éducation et de motivation », soutient celui qui se présente comme un « architecte d’aventure ». Il a notamment donné un coup de main à Caroline Côté lors de son Expédition ElectrON. La jeune femme a parcouru en solo 2000 kilomètres entre Natasquan et Montréal en 2018 en suivant les lignes électriques d’Hydro-Québec.

Luc Labelle abonde dans le même sens. Selon lui, les aventuriers peuvent se faire les témoins de dommages environnementaux, comme des immenses amas de plastique dans le golfe du Mexique. Ils peuvent aussi collaborer avec des scientifiques et les universitaires en prélevant des échantillons dans certains habitats.

PHOTO GUILLAUME ROY, FOURNIE PAR LAURA DUCHARME

Laura Ducharme en expédition

Laura Ducharme, qui a fondé l’entreprise d’intervention par le plein air Maïkana, souligne quant à elle la responsabilité des aventuriers, notamment sur les réseaux sociaux.

« Les réseaux sociaux sont de super outils, mais il faut les utiliser de façon à ce qu’ils n’aient pas d’effets pervers », prévient-elle.

Des photos sur Instagram peuvent en effet inciter des milliers de gens à envahir un parc pour faire des égoportraits, aux dépens de l’environnement local et parfois de leur propre sécurité.

« Lorsqu’on affiche une photo, on a la responsabilité de mettre un texte pour parler de la formation qui peut être nécessaire pour se rendre à un tel endroit. »

Laurence Coulombe a un dernier conseil à l’endroit des aventuriers : essayer de véhiculer un message positif en dépit de l’écoanxiété ambiante.

« Les gens ont tellement entendu des histoires d’horreur qu’ils sont habitués, fait-elle valoir. Ils n’écoutent plus. »