Au cours des dernières années, de jeunes Inuits ont eu la chance de participer à des expéditions de ski de fond chez eux, au Nunavik, grâce au programme Nurrait–Jeunes Karibus.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Cette année, ils vont encadrer une grande expédition à laquelle participeront des visiteurs bien spéciaux, 14 jeunes adultes en rémission du cancer, organisée par la Fondation Sur la pointe des pieds.

« Nos jeunes sont super enthousiastes », lance Valérie Raymond, directrice générale de Nurrait–Jeunes Karibus.

Cela fait maintenant cinq ans que l’organisme organise des expéditions de ski de fond pour les jeunes du Nunavik, un programme qui prend de plus en plus d’ampleur.

  • Lorsque les conditions sont bonnes, la progression se fait bien lors d’une expédition de ski de fond au Nunavik.

    PHOTO FOURNIE PAR NURRAIT-JEUNES KARIBUS

    Lorsque les conditions sont bonnes, la progression se fait bien lors d’une expédition de ski de fond au Nunavik.

  • Skier au sein des paysages isolés du Nunavik.

    PHOTO FOURNIE PAR NURRAIT-JEUNES KARIBUS

    Skier au sein des paysages isolés du Nunavik.

  • Le camping est quand même confortable lors des expéditions de ski de fond de Nurrait-Jeunes Karibus au Nunavik.

    PHOTO FOURNIE PAR NURRAIT-JEUNES KARIBUS

    Le camping est quand même confortable lors des expéditions de ski de fond de Nurrait-Jeunes Karibus au Nunavik.

  • Le départ d’une expédition de ski de fond est toujours un moment excitant.

    PHOTO FOURNIE PAR NURRAIT-JEUNES KARIBUS

    Le départ d’une expédition de ski de fond est toujours un moment excitant.

  • Les participants à une expédition de ski de fond au Nunavik

    PHOTO FOURNIE PAR NURRAIT-JEUNES KARIBUS

    Les participants à une expédition de ski de fond au Nunavik

1/5
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un premier élément du programme est lié au calendrier scolaire : les jeunes prennent part à des activités hebdomadaires avant de participer à une grande expédition au printemps.

Comme les villages du Nunavik sont très éloignés les uns des autres, il y aura trois expéditions cette année dans trois régions différentes.

« Il y aura entre 75 et 100 jeunes qui vont vivre ces expéditions, soit entre 25 et 35 jeunes par expédition, commente Mme Raymond. Ça demande une grosse logistique. »

Il s’agit de jeunes du niveau secondaire. En inuktitut, « nurrait » signifie jeunes caribous.

Le deuxième élément du programme vise les jeunes de 16 ans et plus qui ont participé à ces expéditions dans le passé et qui veulent continuer à s’impliquer dans l’organisation. On les appelle « tuttuit », ce qui signifie caribous matures.

On leur offre trois possibilités : devenir assistant responsable d’équipe (pour suivre un groupe de jeunes sur une base hebdomadaire et lors de l’expédition), devenir assistant guide motoneige (pour apprendre ce rôle et être jumelé à un guide de la communauté) ou devenir stagiaire à la coordination (pour apprendre à organiser des expéditions).

« C’est comme un programme de stage, indique Mme Raymond. Nous essayons de leur fournir des opportunités professionnelles. »

C’est ici que la Fondation Sur la pointe des pieds entre en scène.

« Ils nous ont approchés pour que ces jeunes-là, les tuttuit, les guident pour une de leurs expéditions hivernales. »

Cela fait maintenant 23 ans que la Fondation Sur la pointe des pieds organise des expéditions d’aventures thérapeutiques pour les jeunes atteints de cancer. La nouvelle expédition hivernale sera toutefois unique.

La plupart du temps, on travaille avec des producteurs d’aventures locaux. Cette fois-ci, on travaille avec Nurrait, qui est aussi un programme d’intervention par la nature et l’aventure. Nous pourrons mettre à profit ce qui est sorti de ce programme-là.

Catherine Provost, chargée de projets à la Fondation Sur la pointe des pieds

Une grande occasion

Au début, l’idée semblait très improbable, notamment en raison des coûts d’une expédition au Nunavik.

« Seulement le fait d’acheter 20 billets d’avion à 3000 $ pour se rendre, c’était extrêmement dispendieux, note Mme Provost. Ça prenait beaucoup d’appuis pour qu’on puisse mettre ça sur pied. »

Une importante commandite de la société aérienne nordique Canadian North a rendu le projet possible et la Fondation Sur la pointe des pieds a choisi d’offrir l’expédition aux jeunes adultes de 19 à 29 ans en rémission du cancer depuis moins de cinq ans.

Déjà, les demandes affluent pour participer à l’expédition.

« Ils sont conscients de la grande opportunité que cela représente, commente Mme Provost. Ils sont notamment emballés par l’idée de l’échange culturel. Les jeunes avec lesquels nous allons travailler, les tuttuit, appartiennent à peu près au même groupe d’âge. L’échange sera intéressant d’un côté comme de l’autre. »

L’expédition aura lieu à la mi-avril.

« Ce ne sera pas nécessairement les grands froids, mais il reste que c’est une activité physiquement difficile, déclare Mme Provost. Notre clientèle a parfois des limitations physiques, des séquelles suite aux traitements contre le cancer. Ils peuvent avoir une plus grande fatigue, une moins grande capacité cardiovasculaire. »

La Fondation doit donc soigneusement choisir les participants pour que « ce soit une réussite pour tout le monde ».

« Les gens sont emballés, nous n’aurons pas de difficulté à remplir le groupe », affirme Mme Provost.

Le projet est aussi très motivant pour Nurrait–Jeunes Karibus, une organisation aux origines très modestes. En 2014, des élèves de l’école Jaanimmarik de Kuujjuaq avaient chaussé des skis de fond pour accueillir quatre aventuriers, Bruno-Pierre Couture, Sébastien Dugas, Marie-Andrée Fortin et Jacob Racine, qui venaient de parcourir 2200 kilomètres en ski à partir de Montréal.

Les élèves avaient alors exprimé le désir de participer eux-mêmes à une grande expédition.

« Comme l’école s’était équipée en skis de fond cette année-là, nous avons décidé de continuer dans cette lignée », indique Valérie Raymond.

Traditionnellement, le ski de fond ne fait pas partie de la culture inuite.

« Il y a quand même un bel intérêt qui s’est développé, un engouement intéressant, affirme Mme Raymond. À la base, les jeunes apprécient l’idée d’être dans la nature, mais ils apprécient aussi le fait que, dans de bonnes conditions, on peut aller vraiment plus vite en skiant qu’en marchant. »

Un dernier élément du programme Nurrait–Jeunes Karibus vise les jeunes qui sont plus difficiles à rejoindre et qui ont notamment des problèmes d’assiduité à l’école en raison de « situations psychosociales qui ne sont pas évidentes ».

Il s’agit d’expéditions estivales en kayak de mer.

« Il y a une belle fierté autour de ça, affirme Mme Raymond. Il y a une reconnaissance que le kayak, cela vient d’eux. »