La presque totalité des parcs de la SEPAQ sont en bonne ou en très bonne santé. Il n’y a que le parc national d’Oka qui récolte une note « passable » dans le rapport 2013-2017 du Programme de suivi des indicateurs environnementaux des parcs nationaux du Québec.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« Ça va nous amener à porter une attention plus grande à ce parc-là, indique René Charest, spécialiste en conservation à la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ). Nous voulons que dans un prochain plan quinquennal, la situation ait changé. »

Cela fait une vingtaine d’années que la SEPAQ recueille des données sur un certain nombre d’indicateurs environnementaux afin d’établir un bilan de santé complet.

« De manière générale, ça souligne de petits éléments sur lesquels il faut travailler, explique M. Charest. C’est un outil qu’on utilise avec nos plans de conservation. »

Il y a un grand constat général. « Plus de la moitié de nos enjeux de conservation sont directement liés à ce qui se passe à l’extérieur des parcs. »

C’est notamment le cas avec la qualité de l’eau.

« Si on prend des parcs comme Yamaska, Frontenac ou le Lac-Témiscouata, l’eau qui arrive dans le parc est empreinte de tout ce qui se passe dans le bassin versant, note M. Charest. Dans ces cas-là, on travaille beaucoup avec nos voisins pour les amener à comprendre les impacts de cet enjeu-là, pour essayer de trouver des solutions ensemble. »

Une décennie

C’est un travail de longue haleine. Cela peut prendre une dizaine d’années avant de pouvoir observer les effets bénéfiques du changement de certaines pratiques.

Les enjeux qui touchent les espèces menacées transcendent aussi les frontières des parcs. C’est notamment le cas pour certaines d’espèces de chauve-souris, dont la survie est menacée par le syndrome du museau blanc, une affection causée par un champignon.

« C’est une maladie qui est présente dans le reste de l’Amérique du Nord, observe M. Charest. On a beau vouloir faire quelque chose, on ne peut pas nécessairement changer la situation. Mais on essaie de voir si on peut réduire le plus possible la pression sur certaines espèces. »

Parmi les autres espèces menacées des parcs, on trouve évidemment le caribou.

PHOTO DENIS DESJARDINS, FOURNIE PAR LE PARC NATIONAL DE LA GASPÉSIE

Les caribous continuent à être menacés au parc national de la Gaspésie.

« On a souvent l’impression que les parcs nationaux sont de grands territoires, mais ils ne sont pas si grands que ça pour protéger des espèces comme le caribou. »

Il faut donc travailler avec des partenaires locaux. La SEPAQ a notamment entrepris de fermer d’anciens chemins forestiers qui permettaient aux prédateurs d’avoir accès aux territoires des caribous pendant la période très délicate qui suit la mise bas.

L’enjeu des espèces exotiques envahissantes est aussi lié à l’environnement qu’on retrouve à l’extérieur des parcs.

Plus les parcs sont près des grands centres habités, plus la pression des espèces envahissantes est grande. C’est un dossier sur lequel on travaille beaucoup pour être capables d’identifier rapidement les nouvelles espèces et d’intervenir.

René Charest, spécialiste en conservation à la SEPAQ

En règle générale, les enjeux de conservation sont plus aigus dans les parcs du sud du Québec, comme le parc d’Oka, entouré de lotissements résidentiels, de terres agricoles, d’industries, etc.

« Ces parcs ont souvent de très petites superficies, mais ils font une grande différence au niveau de la conservation. Dans le cas de certains parcs plus au nord, la nature serait sensiblement la même qu’il y ait une aire protégée ou pas. Mais dans le cas de parcs comme Oka, s’il n’y avait pas de parc, on aurait probablement de grandes pertes d’éléments hautement écologiques. »

« On essaie de comprendre »

Plusieurs indicateurs environnementaux mettent en évidence les pressions que subit le parc d’Oka. L’eau du ruisseau Rousse est de mauvaise qualité, probablement en raison d’activités en amont, à l’extérieur du parc. La présence d’espèces exotiques envahissantes est préoccupante. On a observé une diminution importante de chauves-souris et de certaines grenouilles.

« On essaie de comprendre, indique M. Charest. C’est très complexe parce qu’il y a beaucoup d’éléments qui entrent en ligne de compte. On est dans un territoire où on contrôle les insectes, mais juste le fait de réduire la quantité d’insectes peut avoir une cascade de conséquences sur la chaîne alimentaire et avoir un impact sur certaines espèces en bout de ligne. »

Le rapport du Programme de suivi des indicateurs environnementaux fait toutefois une place aux bonnes nouvelles, comme l’augmentation du nombre de nids de faucon pèlerin au parc du Fjord-du-Saguenay, la diminution du taux de mercure dans les œufs de fous de Bassan au parc de l’Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé et la stabilisation de la qualité du ciel étoilé du parc du Mont-Mégantic.

PHOTO M. DUPUIS, FOURNIE PAR LE PARC NATIONAL DU MONT-MÉGANTIC

Le parc national du Mont-Mégantic a réussi à stabiliser la qualité de son ciel étoilé.

Selon M. Charest, les mesures prises dans ce dernier cas ont carrément constitué un projet de société à l’échelle régionale.

« On a pu comprendre que la pollution lumineuse n’avait pas seulement des impacts au niveau de l’observation du ciel étoilé, mais aussi au niveau de la faune et de l’ensemble de l’écosystème. On est en train de mettre en place des indicateurs pour mesurer la pollution lumineuse dans d’autres parcs. »

> Lisez le rapport 2012-2017 du Programme de suivi des indicateurs environnementaux des parcs nationaux du Québec