Les premières étapes du déconfinement des activités de plein air ont été frustrantes pour plusieurs adeptes, notamment pour ceux de la grande région de Montréal.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Oui, il est maintenant possible de faire de la randonnée pédestre, du vélo de montagne, de l’escalade, du canot, même du camping, mais il existe encore un flou considérable au sujet des déplacements d’une région à l’autre.

La Santé publique continue de déconseiller de tels déplacements, mais la ministre du Tourisme Caroline Proulx a confirmé la semaine dernière que ce n’était pas interdit. Il faut toutefois aller du point A au point B sans s’arrêter.

« À Montréal, il y a 150 000 adultes qui font du vélo de montagne au moins une fois par année, affirme Francis Tétrault, responsable du programme de vélo de montagne chez Vélo Québec. Ces gens-là n’ont pas de lieu de pratique à Montréal même. »

C’est aussi vrai pour l’escalade de roche. Le seul site de pratique de la métropole, dans l’île Sainte-Hélène, est fermé en attente d’un rapport géologique sur la stabilité de la roche.

« Une grande partie de la population du Québec se situe dans un endroit pour lequel l’accès régional à des activités extérieures est inexistant », déplore Matthieu Des Rochers, directeur sportif de la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME).

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La petite paroi d’escalade de l’île Sainte-Hélène n’est toujours pas ouverte.

Depuis leur réouverture, le 20 mai dernier, les parcs régionaux et les réseaux de sentiers ont eu tendance à réserver l’accès aux gens de leur région, en contrôlant les permis de conduire ou les preuves de résidence.

« Les gestionnaires nous ont aussi tous dit : c’est une chance que nous n’avons pas fait ce test-là avec le Grand Montréal qui débarque », rapporte Nicholas Bergeron, directeur technique de Rando Québec.

C’est plus facile de donner des consignes à 30 ou 40 personnes dans le stationnement qu’à 250 personnes. « Ils sont très heureux de la vitesse à laquelle ça avance, compte tenu de la capacité des ressources humaines », indique M. Bergeron.

Il ajoute que certains gestionnaires voudraient continuer à réserver l’accès à leur population locale en dépit des propos de la ministre Proulx. Ils ne sont pas à l’aise avec l’idée de recevoir des visiteurs de Montréal. « Ils peuvent trouver que c’est un risque qu’ils ne veulent pas prendre », explique M. Bergeron.

À la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), on ne contrôle pas spécifiquement le lieu d’origine des visiteurs.

« Nous nous attendons à ce que les gens se responsabilisent à l’égard des consignes de la Santé publique, indique Simon Boivin, porte-parole de la SEPAQ. Ils sont conscients du rôle qu’ils ont à jouer. »

Restrictions

Outre les déplacements entre les régions, il y a encore bien des restrictions à la pratique de sports de plein air. Par exemple, en escalade, il faut grimper avec quelqu’un de sa maisonnée uniquement. Ce qui laisse en plan tous les gens qui vivent seuls et ceux dont le conjoint n’est pas intéressé à ce sport.

Les choses se sont quand même bien passées du côté des sites d’escalade la semaine dernière. La FQME avait dépêché des représentants pour assurer le respect des consignes, sans toutefois « jouer à la police ». La fédération a toutefois dû essuyer certaines critiques.

On fait juste notre travail. Le gouvernement nous demande d’être intransigeants au sujet des consignes. Il faut prôner la patience et la prudence. Les phases sont progressives, c’est une étape à la fois.

Matthieu Des Rochers, directeur sportif de la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade

Règle générale, les fédérations de sports de plein air ont très peu d’information sur ce que seront les nouvelles étapes du déconfinement. « On nage dans un flou assez monumental », soupire Marie-Christine Lessard, directrice générale de Canot Kayak Québec.

Or, bien des adeptes de plein air auraient besoin d’un horizon un peu plus encourageant.

« Il faut faire respecter les recommandations de la Santé publique et essayer de donner un peu d’espoir aux gens, en leur disant : oui, c’est plate, ces mesures-là, mais il faut regarder ça positivement », souligne Mme Lessard, également présidente du réseau des fédérations de plein air du Québec.

Sécurité

À ce titre, elle participe chaque semaine à une rencontre avec la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest, au sujet du déconfinement des activités sportives.

Selon les premières indications, une prochaine phase devrait permettre la reprise des activités de formation et les activités guidées. Et elle serait très, très imminente.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Sortie en kayak de mer dans le fjord du Saguenay au lever du soleil

Pour Pierre Gaudreault, directeur général d’Aventure Écotourisme Québec, c’est particulièrement urgent. « C’est essentiel pour assurer la sécurité des pratiquants, soutient-il. Depuis la réouverture des activités de pratique libre, ça fait trois accidents qu’on a : un en canot et deux en escalade. »

Il explique qu’après un long confinement, les gens ont hâte d’aller faire du plein air, mais ils n’ont pas nécessairement les habiletés requises pour certaines pratiques.

« Plusieurs ont besoin de formation, d’une initiation par des professionnels, affirme M. Gaudreault. Ma crainte, c’est qu’il arrive un accident mortel, par exemple en canot, parce que la personne n’était pas habilitée à descendre les rapides ou n’avait pas le bon équipement. On met la sécurité des citoyens en jeu. »