Le gouvernement québécois a réautorisé la pratique du vélo de montagne, mais beaucoup de centres ont encore bien du travail à faire pour ouvrir les sentiers.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

À la Vallée Bras-du-Nord, au mont Sainte-Anne, aux Sentiers du Moulin et à plusieurs autres endroits, il y a encore de la neige au sol. À Bromont, Montagne d’expériences, on a ouvert les sentiers les 23 et 24 mai, mais uniquement pour les abonnés.

D’autres centres n’ont pas encore arrêté de date d’ouverture, comme Vélo Mont-Tremblant, Rigaud, Vélo de montagne Saint-Félicien ou les Sentiers de l’Abbaye d’Oka. Il faut donc vérifier avant de se rendre et se rappeler que les déplacements non essentiels entre les régions ne sont toujours pas autorisés.

Par contre, pour les vélos eux-mêmes, ça bouge : des vélos à assistance électrique, des vélos pour les enfants, des vélos qui pardonnent les erreurs de pilotage.

« Je trouve que c’est dans le vélo de montagne qu’on voit le plus d’innovation, qu’on ouvre le plus de portes, qu’on rend ça le plus accessible », lance Jacques Sennéchael, rédacteur en chef de Vélo Mag.

À la fin de mars, en raison d’un calendrier préparé longtemps d’avance, le magazine a fait paraître un guide d’achat sur le vélo de montagne. En plein confinement. Ça pouvait ressembler à un coup d’épée dans l’eau, mais M. Sennéchael croit que ça ne tombait pas si mal que ça.

« En temps de distanciation, rouler dans le bois, c’est parfait, note-t-il. Là où j’habite, à Terrebonne, il y a plein de chemins et de sentiers où je suis tout seul. Bien sûr, les sentiers officiels et les centres de vélo de montagne étaient fermés encore récemment, mais ils ont reçu l’autorisation de préparer la saison. »

Il ajoute que c’est un bon moment de parler de vélo de montagne parce que depuis plusieurs années, ce sport connaît un véritable élan.

« Ça pousse vraiment fort, il y a beaucoup de nouveaux pratiquants. Et ce qui me fait plaisir, c’est qu’il s’agit de familles et des jeunes. Le vélo de montagne devient une activité familiale. »

Ce qui aide, c’est l’apparition de vélos de montagne de qualité conçus spécifiquement pour les enfants.

« Avant, il fallait se tourner vers des vélos plutôt lourds, construits avec des matériaux cheap, se rappelle M. Sennéchael. Maintenant, les fabricants font de beaux vélos pour les jeunes. »

On parle de cadres en aluminium et de pièces conçues pour la morphologie des enfants.

Une autre grande nouveauté au cours des dernières années, c’est l’apparition de vélos de montagne à assistance électrique (VAE). Évidemment, ça fait jaser. Est-ce que ce ne serait pas… tricher ? Ce n’est pas l’opinion de M. Sennéchael.

Pour la première fois l’année dernière, il y a eu un championnat du monde de VAE dans le cadre du championnat du monde de vélo de montagne au mont Sainte-Anne.

« J’ai eu l’occasion d’essayer le VAE, raconte le rédacteur en chef de Vélo Mag. C’est un vrai jouet ! Mais ça reste un sport, ce n’est pas pour se reposer. »

La différence, c’est que l’adepte de vélo de montagne qui faisait une sortie de deux heures pour effectuer deux fois son sentier technique préféré pourra se faire une belle sortie de quatre heures en exécutant 10 fois son circuit.

PHOTO FOURNIE PAR SPECIALIZED

Il existe maintenant un championnat du monde de vélo de montagne à assistance électrique.

« Vous multipliez le plaisir en y mettant autant d’énergie, déclare M. Sennéchael. On peut envisager des sorties plus longues, on a moins de limites musculaires. »

Il y a toutefois un bémol.

« On oublie parfois qu’on a un moteur et on va un peu plus vite, déclare-t-il. Il peut y avoir une prise de risque plus importante : ça va vite, c’est super, mais le virage, il faut quand même le prendre, l’obstacle, il faut le franchir. »

En fait, il y a un autre bémol : le prix.

« Pour l’instant, ça coûte la peau des fesses, c’est entre 5000 et 18 000 $, lance-t-il. C’est sûr qu’avec le temps, il y aura une diversité de l’offre avec des choses plus accessibles. »

M. Sennéchael a salué divers autres développements qui facilitent la pratique du vélo de montagne.

« On va vers des vélos qui sont capables de faire plus de choses, qui pardonnent. »

Des pneus plus larges permettent de limiter les glissades sur les racines mouillées et de donner une meilleure stabilité sur la caillasse, un débattement plus important au niveau de la suspension facilite le passage de ce gros rocher technique, une tige de selle qu’on peut ajuster d’un coup de pouce rend la descente plus aisée, etc.

La différence entre un vélo de montagne maintenant et un vélo d’il y a six ou sept ans, c’est que le vélo d’aujourd’hui va avaler les obstacles tout en étant capable de grimper. C’est un vélo qui pardonne nos éventuelles erreurs de pilotage.

Jacques Sennéchael, rédacteur en chef de Vélo Mag

L’apparition de nouveaux centres de vélo de montagne et de nouvelles philosophies dans la conception de pistes sont aussi venues accélérer le développement du sport.

« Avant, les sentiers étaient faits par des pros de vélo de montagne qui faisaient des sentiers pour eux, pour les pros de vélo de montagne, explique M. Sennéchael. Maintenant, ils font encore des sentiers pour eux, mais aussi des sentiers pour commencer. Il y a une offre plus diversifiée. »

Les gens peuvent commencer sur des sentiers plus tranquilles, progresser, s’améliorer.

« L’image du vélo de montagne a changé. Ce n’est plus un sport de casse-cou, même si on peut encore se casser la figure. »