Il n’y a pas si longtemps, on voyait l’escalade comme le domaine exclusif de jeunes adultes en forme, à la recherche de sensations extrêmes.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

« Maintenant, c’est courant de voir de petites familles ou des gens plus âgés aller grimper, indique Alexis Beaudet-Roy, directeur des sites extérieurs à la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME). C’est un sport accessible à tous. »

Le nombre de grimpeurs a augmenté de façon exponentielle, ce qui est heureux, fait valoir M. Beaudet-Roy. Mais cela représente aussi un défi.

« Il fallait mettre à niveau nos infrastructures parce qu’elles subissaient de plus en plus de pression. »

Les infrastructures d’escalade vont du stationnement à la voie elle-même, en passant par l’affichage, les installations sanitaires, le sentier d’approche et la zone d’assurage. Au cours des années, des bénévoles ont mis des milliers d’heures à aménager ces infrastructures. La FQME a souvent appuyé ces efforts avec une aide financière, le prêt d’outils ou la fourniture de matériel.

Il fallait toutefois donner un grand coup.

Une initiative du gouvernement québécois est tombée pile : le Programme de soutien à la mise à niveau et à l’amélioration des sentiers et des sites de pratique (PSSPA de son petit nom). La FQME a réussi à décrocher une subvention de 500 000 $ en 2018, soit 441 715 $ pour ses sites d’escalade et 58 285 $ pour ses sites de ski de montagne.

Cette aide financière a permis d’en faire plus. Il était temps que nous puissions faire des investissements majeurs dans les aménagements et ainsi mettre en valeur le travail de nos bénévoles.

Alexis Beaudet-Roy, directeur des sites extérieurs à la FQME

Le grand projet de mise à niveau se terminera officiellement le 31 mars prochain, mais une bonne partie du travail est déjà faite.

« Nous avons gardé le dossier de l’affichage pour la fin. Il nous reste beaucoup à faire à ce niveau », indique M. Beaudet-Roy.

La FQME a établi ses priorités en considérant d’abord la question de la sécurité.

« Il y a eu beaucoup de rééquipement de vieilles voies qui étaient rendues dangereuses. »

Il s’agissait notamment de « purger » les voies, soit de faire tomber les roches « chambranlantes » avant qu’elles ne tombent d’elles-mêmes sur la tête d’un grimpeur.

« Même avec les périodes de gel-dégel, une voie bien purgée, bien nettoyée, va rester stable pendant des décennies. »

La FQME a aussi installé sur les divers sites des postes d’information sur la sécurité, auxquels elle a adjoint une planche dorsale et du matériel de premiers soins de base.

La mise en place de stationnements en bonne et due forme est une autre façon de favoriser la sécurité, tout comme l’aménagement de sentiers d’évacuation et de petits ponts.

« Marcher sur un billot de bois au-dessus d’un ruisseau, ça peut être dangereux. »

Il s’agissait aussi, dans certains cas, d’aménager des sentiers pour se rendre en haut des parois afin d’y installer des cordes.

La FQME a également considéré la protection de l’environnement : installation de toilettes à compost sur les sites très fréquentés, aménagement des zones d’assurage pour limiter l’érosion et installation de passerelles au-dessus de sections boueuses. Lorsque les gens tombent sur une section boueuse dans un sentier, ils ont tendance à faire un petit détour dans le bois pour l’éviter, ce qui entraîne un élargissement du sentier aux dépens de la végétation.

Il fallait aussi bonifier l’expérience des grimpeurs, notamment avec l’aménagement de campings là où il y avait peu d’options de ce genre.

La vision de la FQME, c’est de faire des aménagements à très long terme. On aime mieux prendre le temps, installer les choses correctement pour ne pas avoir à repatcher.

Alexis Beaudet-Roy, directeur des sites extérieurs à la FQME

L’aspect régional avait aussi son importance.

« On travaille beaucoup à développer les infrastructures de plein air régionales. Il y a de l’escalade dans 14 régions du Québec, ça entraîne son lot de retombées économiques. »

Le fait d’offrir des infrastructures adéquates incite les grimpeurs québécois à rester au Québec et à visiter les différentes régions de la province.

« Il n’est pas rare de croiser des Américains sur nos sites, affirme M. Beaudet-Roy. Ils savent que la qualité de nos aménagements est incroyable, qu’ils sont sécuritaires, que les ancrages sont conformes. »

Après avoir donné un grand coup dans la mise à niveau des sites d’escalade, la FQME entend mettre l’accent sur leur promotion au cours des prochaines années. Il faudra également s’attaquer à un problème d’accès à certaines falaises.

« Mais on ne peut pas mener tous les combats en même temps », met en garde Alexis Beaudet-Roy.

La première phase du PSSPA a permis de verser en tout 6 millions pour réaliser 73 projets divers partout au Québec.

« Investir dans le plein air, c’est investir dans la santé des citoyens, se réjouit M. Beaudet-Roy. L’escalade fait partie des infrastructures de plein air, autant que les sentiers pédestres ou de ski de fond. »

Le gouvernement du Québec vient tout juste de lancer une deuxième phase du PSSPA, décision saluée par la Coalition québécoise du plein air. Les organismes admissibles ont jusqu’au 29 novembre pour soumettre un projet.