(Killington) Damien Charette n’a jamais vu sa blonde Valérie Grenier skier en personne. Malgré la visibilité presque nulle, il pensait que c’était le grand jour à la Coupe du monde de Killington, samedi.

Mis à jour le 27 nov. 2021
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Le Franco-Ontarien fréquente la skieuse depuis l’hiver 2019, un peu après qu’elle s’est brisé une jambe en mille morceaux lors des Championnats du monde en Suède.

Descendu de L’Orignal, dans l’Est ontarien, après avoir fait un crochet par Montréal pour passer un test PCR, il était dans les gradins entouré de quelques milliers de spectateurs. Il accompagnait sa belle-mère, Nathalie Bourdon-Grenier, qui arrivait de la Floride.

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« On était venus en 2019 pour voir ses coéquipières parce que Val était blessée, a dit Damien Charette samedi. Là, c’est la première fois que je pouvais la voir. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Damien Charette et la mère de la skieuse, Nathalie Bourdon-Grenier.

Seulement, il ventait très fort. Tellement que la course a été annulée après le passage des neuf premières skieuses. Dossard 21, Valérie Grenier n’a jamais pu prendre le départ.

Après s’être gelée en haut pendant une trentaine de minutes, elle a dévalé la piste Superstar en ski libre, franchement déçue de la tournure des évènements après sa septième place émotive à la Coupe du monde d’ouverture de Sölden, il y a déjà plus d’un mois.

J’avais hâte de faire la course, j’étais vraiment prête à la faire, dira-t-il un peu plus tard de son hôtel. Vu qu’elle avait commencé, je m’étais dit que tout était correct, que ça allait rouler. Quand j’ai descendu la piste, j’ai vu qu’elle était quand même dans une bonne condition. C’est plate, mais ce sont des choses qu’on ne peut pas contrôler. On to the next one.

Valérie Grenier

La skieuse de 25 ans est passée en coup de vent en contournant l’aire d’arrivée. Son chum et sa mère, suivis par un caméraman de Radio-Canada pour un portrait olympique, l’ont ratée. Après deux appels, trois textos et quelques circonvolutions à travers la foule, ils ont convenu qu’il serait plus aisé de la rejoindre à l’hôtel.

« Chaque fois qu’on va voir Val, on se chicane pour savoir qui va lui donner une caresse en premier ! » a dit Nathalie Bourdon-Grenier avec un clin d’œil. La veille à l’hôtel, c’est elle qui avait obtenu le privilège.

« Aujourd’hui, c’est moi ! » a promis Damien en riant. Ancien joueur de hockey, il a joué trois ans dans le junior A avec les Hawks de Hawkesbury. Il est maintenant entraîneur adjoint pour la formation où Bob Hartley, un ami de son père, a fait ses premières armes comme coach.

« Je viens de Hawkesbury, juste à côté de L’Orignal, a-t-il raconté. On a été au secondaire ensemble, son frère Francis, Valérie et moi. Quand elle s’est blessée, elle était plus souvent à la maison. On a commencé à se parler. »

Il a donc été témoin de sa longue rééducation après sa terrible chute de 2019, qui lui a causé une quadruple fracture de la jambe. La blessure a nécessité deux opérations.

« Elle a fait son retour sur neige le 24 décembre avec Erik et Stefan Guay à Mont-Tremblant, a-t-il rappelé. Ils l’ont vraiment encouragée. Ils lui ont dit que c’était normal que ça prenne du temps. De s’assurer qu’elle revient seulement quand elle serait prête. Si tu te précipites trop, c’est là que tu peux te blesser encore. »

Grenier a donc raté toute la saison 2019-20. Déjà éprouvée pendant trois ans par un douloureux syndrome du compartiment aux tibias, elle ne s’est jamais découragée.

« Elle est très forte », a souligné sa mère, qui a eu la chance de suivre sa fille aux Jeux olympiques et en Coupe du monde.

Son retour s’est fait lentement l’hiver dernier. Après un été d’entraînement où elle a multiplié les allers-retours entre L’Original, Montréal et le gym de Guay dans sa grange de Mont-Tremblant, Grenier était prête à passer à la vitesse supérieure.

Le 23 octobre, sur le glacier de Sölden, elle a donc terminé septième, son meilleur résultat à vie en slalom géant. Du même coup, elle a assuré sa place aux Jeux olympiques de Pékin.

« J’étais chez moi dans mon lit, je regardais sur le iPad et je criais ! a raconté Mme Bourdon-Grenier. J’étais tellement contente. »

« Oh my God, ça fait tellement du bien ! a renchéri Damien Charette. Ça récompense tout son dur travail de l’été, tous ses entraînements, tout le voyagement entre Montréal, Tremblant et la maison. Ça a payé. »

Aux JO de PyeongChang en 2018, l’ex-championne mondiale junior de descente a décroché le meilleur résultat canadien avec une sixième place au super combiné.

Cette épreuve jumelant une manche de descente et une de slalom ne sera cependant pas au menu pour elle à Pékin. Sa chute aux Mondiaux a laissé des traces. Paralysée par la peur, elle n’a pas renoué avec les disciplines de vitesse en compétition. Elle ne sera pas à Lake Louise la semaine prochaine.

Son coach, l’Italien Laurent Pratz, a jugé préférable qu’elle se concentre sur le géant pour le moment. L’entraîneur-chef de l’équipe féminine, Manuel Gamper, aurait aimé qu’elle s’aligne aux deux super-G programmés à Saint-Moritz, le mois prochain. Mais ça ne semble plus dans les cartons. Ce sera donc peut-être Cortina, en février.

Gamper souhaite que sa protégée puisse disputer le super-G aux JO de Pékin. Il la voit comme une prétendante potentielle sur ce parcours très à pic qu’aucune coureuse de la Coupe du monde n’a encore expérimenté.

« À mes yeux, Val est une skieuse de super-G incroyable. C’est une piste très exigeante et elle aime ça. Elle aime aussi les très grands évènements. Si on réussit à bien la préparer, avec quelques courses, je crois qu’elle peut penser à une médaille sur un jour donné. […]. Elle adore les grands défis. Le but doit certainement être une médaille. »

Le prochain slalom géant est prévu le 28 décembre à Lienz, en Autriche. Après une semaine de repos chez elle, Grenier retournera en Europe pour augmenter son volume d’entraînement.

En attendant, avec son chum et sa mère, elle profitera d’une rare occasion d’encourager Laurence St-Germain et ses autres coéquipières lors du slalom de ce dimanche.