Plusieurs chefs fédéraux ont tour à tour dénoncé vendredi les propos tenus à l’endroit des Québécois lors du débat en anglais jeudi soir, notamment lorsque la loi 21 et le projet de loi 96 ont été qualifiés d’initiatives « discriminatoires ».

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Il faut que j’avoue que quand la question a été posée sur la loi 21 hier, j’ai été très surpris par le genre d’amalgame qui a été mis là-dedans. J’ai trouvé ça absolument inacceptable et insultant, en tant que Québécois », a d’emblée martelé Justin Trudeau lors d’une mêlée de presse tenue à Hamilton.

Jeudi soir, le seul débat des chefs en anglais de la campagne électorale s’est transformé en procès de la Loi sur la laïcité de l’État et du projet de loi sur la protection de la langue française. Dès le lever de rideau, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a encaissé une charge.

L’affront est venu de l’animatrice, Shachi Kurl, qui a lancé le débat en demandant à répétition au chef bloquiste comment il pouvait appuyer des mesures législatives « discriminatoires », comme la Loi sur la laïcité de l’État et le projet de loi 96. « Vous pouvez répéter autant de fois que vous voulez que ces lois sont discriminatoires. Nous disons qu’elles sont légitimes », a alors rétorqué M. Blanchet.

Vendredi, Justin Trudeau a aussi indiqué qu’il est « en accord » avec le chef bloquiste sur le fait que « c’est une question qui n’aurait pas dû être posée ». « Il y a des éléments de cette question qui tiraient des conclusions inexactes et insultantes pour les Québécois. On se retrouve là-dessus », a noté le chef libéral.

M. Trudeau a dit comprendre que « des gens soient en désaccord avec la loi 21 », lui qui y est clairement opposé. Il a rappelé qu’il reste encore beaucoup d’efforts à faire pour lutter contre le racisme systémique au pays, en soutenant toutefois que « de peindre toute une nation avec cette brosse, non, ça ne passe pas ».

Questionné pour savoir pourquoi il n’était pas intervenu lors du débat, le chef libéral a simplement indiqué qu’il « n’allait pas ajouter » sa voix « à la cacophonie ». « Les Québécois ne sont pas racistes », a aussi déclaré M. Trudeau, en dénonçant aussi que M. Blanchet ait été « interrompu pendant qu’il parlait » à quelques reprises. Le chef libéral n’a toutefois pas manqué d’accuser son rival bloquiste de « chercher à créer de la division et de la chicane entre les Québécois » et le reste des Canadiens.

Sur Twitter, le chef conservateur Erin O’Toole a dit « rejeter la prémisse de la question posée lors du débat hier soir ». « Les Québécois ne sont pas racistes. […] J’en profite pour réitérer l’engagement dans mon contrat de ne pas contester les lois votées par l’Assemblée nationale », a-t-il dit. « Hier soir, le style de certaines questions était injuste selon moi. Et on doit avoir un débat sur les idées. Je ne déposerai pas une loi comme ça au fédéral, mais on doit travailler ensemble », a-t-il ajouté en conférence.

Le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, a quant à lui soutenu que l’idée selon laquelle le racisme systémique existe dans une seule province est « fausse ». « Ça nuit à la bataille contre cette sorte de discrimination. Le racisme systémique et la discrimination systémique existent à travers le pays, dans chaque province et chaque territoire », a-t-il dit.

Blanchet pas convaincu

De son côté, Yves-François Blanchet a rétorqué vendredi qu’il aurait « voulu avoir des réponses spontanées sur le moment même de l’insulte ». Au contraire, dit-il, « tous les chefs étaient bien figés pendant qu’on insultait généreusement le Québec et ce matin, ils se rendent compte qu’ils se sont mis dans le trouble, que ça peut leur faire mal ».

Il était où, le Québécois Justin Trudeau, hier soir ? Les regrets semblent aussi tardifs que peu sincères. […] Ce que l’institution canadienne a attaqué hier, ce n’est pas ce que les Québécois font, c’est ce qu’ils sont.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Le chef du Bloc québécois dit vouloir laisser les Québécois mesurer eux-mêmes ce « renouveau affectueux » des chefs fédéraux pour le Québec.

Chez les verts fédéraux, la cheffe Annamie Paul, elle, a réitéré croire que la loi 21 « est une loi discriminatoire » qui « entre en violation des droits fondamentaux ». « Ce n’est pas parce que je dis ça que je n’aime pas le Québec. Moi et mon mari, on a des disputes, ça fait 30 ans qu’on est ensemble, je le respecte, je l’aime, mais parfois il a tort », a-t-elle illustré, en appelant à avoir des débats ouverts et respectueux.

Plus tôt vendredi, le ministre responsable des Affaires autochtones, Ian Lafrenière, a fourni la réaction du gouvernement du Québec, en soutenant que le débat a été « extrêmement décevant ». « Je pensais qu’on était rendu ailleurs en 2021. Quand je suis sorti de ce débat, honnêtement, j’étais vraiment très déçu, déçu qu’on était encore rendu là dans ce genre de phrase et le manque de neutralité », a-t-il soutenu.

Tant dans le cas de la Loi sur la laïcité que du projet de loi 96, le gouvernement Legault a recours à la clause de dérogation à la Charte canadienne des droits et libertés afin de les blinder contre les contestations judiciaires. François Legault a déjà plaidé maintes fois que le recours à cette disposition est nécessaire pour « protéger des droits collectifs » et « les valeurs québécoises ».