Il y aura probablement trois nouveaux députés autochtones à la Chambre des communes à la suite d’une élection fédérale qui a compté un nombre record de candidats des Premières Nations, Métis et Inuits.

Brittany Hobson La Presse Canadienne

Le candidat néo-démocrate Blake Desjarlais, qui est métis, a été déclaré vainqueur dans Edmonton Griesbach. La circonscription était détenue par le député conservateur Kerry Diotte depuis sa création en 2015. Mardi, les bulletins de vote par la poste étaient cependant toujours en cours de dépouillement.

Adam Chambers, également métis, a remporté le siège de Simcoe-North en Ontario pour les conservateurs.

Lori Idlout a maintenu l’orange au Nunavut et remplacera la députée néo-démocrate Mumilaaq Qaqqaq, qui a décidé de ne pas se représenter.

« Mumilaaq a montré ce qui peut arriver lorsque nous avons des voix autochtones fortes [au Parlement], et nous devons simplement nous assurer que nous continuons sur cette voie de la force », a déclaré Mme Idlout dans une entrevue.

Elle a ajouté que certaines de ses principales priorités après son arrivée à Ottawa seront le logement et les services de santé mentale pour le territoire du Nunavut.

Neuf candidats autochtones parmi le contingent d’au moins 78 d’entre eux étaient des députés sortants et tous ont conservé leur siège avec succès. Par conséquent, si M. Desjarlais l’emporte, il y aura 12 députés autochtones sur les 338 sièges du Parlement, soit un de plus qu’aux élections de 2019.

Leah Gazan pour le NPD et Marc Dalton pour les conservateurs ont été réélus. Dan Vandal était l’un des six titulaires libéraux à conserver leur siège.

Simon-Pierre Savard-Tremblay, du Bloc québécois, membre de la nation huronne-wendat, a été réélu dans Saint-Hyacinthe—Bagot.

M. Vandal, qui s’est représenté dans la circonscription de Saint-Boniface-Saint-Vital au Manitoba, a déclaré dans une entrevue que les libéraux ont été proactifs dans le recrutement de candidats autochtones. Le parti a déclaré avoir 25 candidats sur sa liste pour cette élection.

M. Vandal a souligné que certains obstacles empêchent les candidats autochtones de se présenter.

« Il faut une bonne somme d’argent pour mener une campagne décente. C’est souvent quelque chose qui retient les candidats autochtones », a-t-il rappelé.

Philip Charbonneau, candidat au doctorat en sciences politiques de l’Université Western à London, en Ontario, croit que les résultats de lundi peuvent être considérés comme une victoire pour les peuples autochtones, mais qu’il existe toujours un écart entre le nombre de candidats qui se présentent et le nombre de ceux qui sont élus.

« Je crains que s’il n’y a toujours pas de [meilleurs] résultats, cet [enthousiasme] s’éteindra », a-t-il ajouté.

M. Charbonneau s’est dit surpris que la Saskatchewan n’ait pas élu un seul député autochtone.

La circonscription nord de Desnethé–Missinippi–Churchill River compte l’un des plus grands nombres d’électeurs des Premières Nations, selon l’Assemblée des Premières Nations.

Il y avait trois candidats autochtones dans la circonscription, y compris Buckley Bélanger, largement favorisé, qui a quitté son poste de député néo-démocrate à l’Assemblée législative de la Saskatchewan pour se présenter sous la bannière libérale au fédéral. Le siège est finalement resté au candidat conservateur sortant, Gary Vidal.

Par ailleurs, certains experts pensaient que la circonscription de Churchill–Keewatinook Aski, dans le nord du Manitoba, pourrait changer de parti pour la première fois depuis plus d’une décennie.

La circonscription compte la plus grande population d’Autochtones, selon l’Assemblée des Premières Nations. Or, la députée du NPD, Niki Ashton, qui n’est pas autochtone, occupe le siège depuis 2008. Elle a battu trois candidats autochtones, dont la libérale Shirley Robinson, une femme crie qui a terminé deuxième et qui avait reçu l’aval des dirigeants des Premières Nations.

M. Charbonneau croit que l’apathie des électeurs et le taux de participation historiquement bas dans les réserves pourraient avoir joué un rôle dans certains résultats.

« Peut-être parce que personne ne semblait vraiment vouloir [cette élection], cela s’est aussi joué dans les communautés autochtones et ils ont également décidé de ne plus se présenter aux urnes. »

Élections Canada a déclaré que 58 % des Canadiens ont voté cette année.

Kathy Walker, qui est crie et professeure adjointe en études politiques à l’Université de la Saskatchewan, a déclaré qu’il était peut-être trop tôt pour dire comment le vote s’était déroulé dans les réserves, mais s’attend à ce qu’il soit faible en raison de la pandémie et des défis liés au vote dans certaines régions éloignées.

Elle a ajouté que certains électeurs autochtones ont renoncé à participer.

« Ils ne votent pas aux élections du Canada parce qu’ils voient cela comme une atteinte à la souveraineté de leur nation autochtone. »