(Québec) Pendant que l’opposition le présente comme « le grand perdant » des élections fédérales, le premier ministre François Legault ne regrette pas son intervention inusitée dans la campagne. Il additionne les résultats du Parti conservateur et du Bloc québécois pour se montrer satisfait qu’« une majorité ait voté bleu » au Québec.

Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

François Legault s’est entretenu mardi avec Justin Trudeau, réélu à la tête d’un gouvernement minoritaire. « C’est sûr qu’on a des différends, mais on s’est dit tous les deux qu’on est capables de travailler ensemble, a-t-il relaté lors d’une conférence de presse. Je lui ai rappelé que les normes pancanadiennes dans les CHSLD, j’ai bien de la misère avec ça. Il n’était pas surpris, je lui avais dit souvent. »

Durant la campagne électorale, dans une sortie fracassante, François Legault a révélé son penchant pour un gouvernement conservateur minoritaire. Il a demandé aux Québécois de se « méfier » de Justin Trudeau, dont le programme est « centralisateur » et « dangereux ». « Je suis intervenu, je ne le regrette pas, pour défendre l’autonomie du Québec […] Je le referais de la même façon », a-t-il soutenu.

À ceux qui relèvent que ses recommandations n’ont pas vraiment été suivies par les électeurs, il répond qu’« il n’y a pas juste un sujet dans une campagne électorale » et qu’« il y a plusieurs raisons de voter pour ou contre un parti ».

Je constate quand même que la majorité des Québécois a voté bleu. Je constate quand même que la majorité des Québécois souhaitent plus d’autonomie pour le Québec, pas moins.

François Legault, premier ministre du Québec

Si l’on additionne leurs résultats, le Parti conservateur et le Bloc québécois ont une majorité des sièges et une majorité des suffrages au Québec, a-t-il relevé. « Donc, je pense que M. Trudeau doit tenir compte de ça », de ce « message très clair des Québécois » en faveur du respect des champs de compétence.

Transferts en santé, une priorité

François Legault fait toujours d’une hausse des transferts fédéraux en santé sa priorité. Les provinces vont demander à Justin Trudeau la tenue d’une rencontre sur le sujet d’ici les Fêtes, selon lui.

S’il s’est contenté d’évoquer de futures discussions au sujet de ces transferts, Justin Trudeau a promis en campagne électorale plus de 20 milliards de dollars en nouveaux investissements de toutes sortes dans ce secteur : 6 milliards pour accélérer l’élimination des listes d’attente dans les réseaux de la santé, 6 milliards pour les soins de longue durée, 3 milliards pour embaucher 7500 médecins de famille et infirmières praticiennes, par exemple. François Legault veut plutôt une hausse directe des transferts, sans condition.

Les provinces réclament une augmentation de 28 milliards de dollars, afin de faire passer de 22 % à 35 % la part d’Ottawa dans le financement des dépenses en santé.

François Legault a répondu par l’affirmative lorsqu’on lui a demandé s’il construira le « troisième lien » avec ou sans un financement d’Ottawa. « Mais on s’attend à avoir l’argent du fédéral », a-t-il dit. Il réclame un financement à hauteur de 40 % pour ce projet de tunnel Québec-Lévis dont le coût est estimé à 10 milliards de dollars. Contrairement à Erin O’Toole, M. Trudeau n’a pris aucun engagement à ce sujet.

Réactions de l’opposition

Pour la cheffe libérale Dominique Anglade, François Legault a « parié gros » avec sa prise de position durant la campagne et « il a perdu ».

« Il a entraîné tous les Québécois dans sa défaite », alors que le rapport de force du Québec « en a pris un coup par rapport au gouvernement fédéral », a-t-elle ajouté.

Le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, observe quant à lui qu’« il n’y a pas eu d’effet Legault ». « C’est un retour à la réalité » pour le premier ministre, qui « s’est mis les pieds dans les plats » avec son intervention et qui « a perdu ses élections et doit en prendre note ».

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Gabriel Nadeau-Dubois, chef parlementaire de Québec solidaire, mardi

François Legault avait choisi le Parti conservateur du Canada avec tout ce que ça représente comme valeurs. Les Québécois ont fait des choix différents. Je pense que ça en dit beaucoup sur le Québec et ce que sont vraiment les valeurs québécoises.

Gabriel Nadeau-Dubois, chef parlementaire de Québec solidaire

Cette prise de parole du chef parlementaire de Québec solidaire survient une semaine après une passe d’armes avec le premier ministre sur le thème de l’identité.

De son côté, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, croit lui aussi que « la personne qui a le plus perdu » est François Legault. « Il ne vous le dira pas, mais c’est un échec pour François Legault et la CAQ, et cet échec-là, malheureusement, il lie tous les Québécois. Déjà, la doctrine de fédéralisme de François Legault n’obtenait que des échecs auprès d’Ottawa », a-t-il déploré. Avec l’élection d’un gouvernement minoritaire libéral, le premier ministre du Québec se retrouve selon lui dans « un cul-de-sac » alors que M. Legault ne « sera plus en mesure de négocier » avec Ottawa.

Avec Fanny Lévesque, La Presse