Si le Bloc québécois a dépassé le Parti libéral quant au nombre de voix, au Québec, il n’a pas gagné son pari de remporter 40 sièges, malgré le coup de pouce du débat des chefs en anglais.

Suzanne Colpron
Suzanne Colpron La Presse

À 1 h, il comptait 29 élus et 2 candidats en tête, pour un total de 31, un de moins qu’en 2019.

« L’histoire est faite de surprises et n’a pas fini de nous en réserver », a lancé le chef Yves-François Blanchet, en faisant son entrée sur la scène de la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau, peu avant 1 h du matin.

« On a envie de dire tout ça pour ça. Pas de gagnants. Pas de perdants. Certainement un jugement sévère des gens qui se diront demain matin, mais qu’est-ce que c’était que cette histoire ? Pourquoi avoir interrompu mon BBQ ? »

Sous les cris et les applaudissements de quelques dizaines de partisans, M. Blanchet a livré un discours sobre, sans grande passion.

Nous avons le devoir de faire plus, le devoir de faire mieux. Les Québécois et les Québécoises n’en attendent pas moins du Bloc québécois. Il faut toujours le faire avec cœur. Il faut toujours le faire avec sincérité. Il faut toujours le faire avec courage. Il faut toujours le faire avec passion.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Il a ajouté qu’il faudra « laisser certaines rancœurs du passé derrière nous ». « La collaboration est de rigueur, a-t-il dit. Et nous nous y prêterons de bonne grâce. »

Résultats presque identiques

Les résultats obtenus par le Bloc sont pour ainsi dire identiques à ceux de 2019, où le parti avait triplé sa députation, mais bien en deçà des attentes du chef du parti, Yves-François Blanchet, qui rêvait de gagner huit sièges.

L’objectif de faire élire des candidats bloquistes dans une dizaine de circonscriptions, dont Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine, Québec et Sherbrooke, n’a pas été atteint.

Dans Trois-Rivières, une circonscription chaudement disputée, le bloquiste René Villemure, qui tentait de se faire élire à la suite du départ de la députée de son parti, était à égalité avec le conservateur Yves Lévesque.

La circonscription de Québec est aussi restée dans le giron du Parti libéral avec l’élection de Jean-Yves Duclos.

Dans Hochelaga, une autre circonscription que le Bloc rêvait de conquérir, la libérale Soraya Martinez Ferrada a conservé son siège.

Même chose dans Chicoutimi–Le Fjord, où le conservateur Richard Martel a été réélu avec 40 % des voix, ne laissant aucune chance à Julie Bouchard, qui portait les couleurs du Bloc.

En Estrie, la formation souverainiste n’est pas parvenue à faire élire Ensaf Haidar, conjointe du blogueur saoudien emprisonné Raif Badawi. La libérale Élisabeth Brière a conservé son siège, à Sherbrooke, avec 35,2 % des voix.

Le Bloc, qui voulait aussi déloger le député conservateur de Richmond–Arthabaska, n’y est pas parvenu. Alain Rayes a été réélu avec 48,9 % des voix. Le candidat bloquiste Diego Scalzo a dû se contenter de 24,8 %.

Enfin, dans Gaspésie–Les Îles-de-la-Madeleine, la ministre libérale Diane Lebouthillier a aussi été réélue facilement.

Un QG à moitié vide

Les premiers résultats sont sortis dans un quartier général presque vide, en raison de la COVID-19 et de son lot de mesures sanitaires.

Il a fallu attendre l’annonce de l’avance de Pat O’Hara dans Châteauguay–Lacolle, une circonscription détenue par la libérale Brenda Shanahan, peu après 22 h, pour entendre les premiers applaudissements dans la salle Pierre-Mercure du Centre Pierre-Péladeau où étaient réunis quelques dizaines de partisans.

L’excitation a monté d’un cran quand la photo du chef Yves-François Blanchet est apparue sur l’écran géant. Après le dépouillement d’une seule boîte de scrutin, le chef du parti menait avec une solide avance dans sa circonscription, Belœil–Chambly, où il a été déclaré vainqueur vers 22 h 30.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Quelques partisans réagissent à l’élection de candidats du Bloc.

Mais les partisans sont restés muets lorsque les réseaux de télé ont annoncé que le prochain gouvernement serait libéral. Ils n’ont pas davantage réagi quand le premier ministre Justin Trudeau a été déclaré gagnant dans sa circonscription.

Dans Lac-Saint-Jean, Alexis Brunelle-Duceppe, fils de l’ex-chef Gilles Duceppe, a été facilement réélu, une des premières victoires du Bloc. Le candidat conservateur était bon deuxième, devant la libérale Marjolaine Étienne.

Dans Salaberry–Suroît, la bloquiste Claude Bellefeuille a aussi conservé son siège. « Je suis encore plus contente parce que ce n’était pas facile », a-t-elle dit en s’adressant aux militants à l’écran.

Les résultats définitifs seront connus mardi ou peut-être même mercredi.

« Nous avons de grandes choses à réaliser, a conclu le chef du parti, Yves-François Blanchet. Et nous avons encore toute l’équipe pour le faire. »

Les faits saillants de la campagne

Plateforme électorale

22 août : Une semaine après le début de la campagne électorale, le Bloc québécois a présenté sa plateforme électorale. Miser sur les transferts en santé, la condition de vie des aînés et la pénurie de main-d’œuvre, c’était le pari pris par Yves-François Blanchet. L’indépendance du Québec ne figurait toutefois pas dans la plateforme.

Troisième lien

24 août : Après être resté neutre sur le projet de troisième lien dans la région de Québec, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est dit convaincu que le projet pouvait être écologique. « J’aurais aimé ça être dans le projet et qu’on me demande si je suis capable de rendre ça le plus écologique possible, parce que je suis convaincu que ça peut l’être, et que Québec est parfaitement conscient que ce projet-là a un potentiel positif en termes d’environnement », a-t-il expliqué.

Loi 21

31 août : Yves-François Blanchet a réclamé que tous les partis s’engagent à ne pas contester la loi 21 au Québec ni à en financer la contestation. « Nous demandons de nouveau, parce que ça n’a pas été garanti, que l’État fédéral ne conteste ni directement, ni indirectement, ni par la voie de financement la volonté légitime de l’État québécois d’affirmer la laïcité de ses institutions », a-t-il déclaré.

Projet de loi 96

3 septembre : Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, a déploré la décision du Bloc de demander aux autres partis fédéraux de ne pas contester le projet de loi 96 sur la protection de la langue française, affirmant qu’elle portait atteinte aux droits des Autochtones. « Il y a un point de désaccord qui n’est pas tellement le mien, mais je vais me faire un plaisir d’appeler Ghislain et on va en discuter comme on a l’habitude de le faire », a affirmé Yves-François Blanchet.

Débat en anglais

9 septembre : La modératrice du débat en anglais, Shachi Kurl, a demandé à plusieurs reprises au chef bloquiste Yves-François Blanchet comment il pouvait appuyer la Loi sur la laïcité de l’État (« loi 21 ») et le projet de loi 96 sur la protection de la langue française, qu’elle juge « discriminatoires ». « Vous niez que le Québec a un problème de racisme, pourtant, vous défendez [ces] mesures qui marginalisent les minorités religieuses, les anglophones et les allophones », a-t-elle affirmé. Dans les jours qui ont suivi le débat, l’Assemblée nationale a demandé de façon unanime au Groupe de diffusion du débat des chefs fédéraux en anglais de présenter des excuses « pour le procès hostile intenté contre la nation québécoise ».

Alice Girard-Bossé, La Presse