Au début de l’été, le Parti républicain se dirigeait vers une victoire décisive au Congrès américain lors des élections de mi-mandat, prévues le 8 novembre prochain.

Publié le 10 septembre
JOHN PARISELLA
JOHN PARISELLA Professeur invité au CERIUM, ancien délégué général du Québec à New York et Washington, et conseiller spécial chez National

L’histoire ne favorise généralement pas le parti et le président en poste à la Maison-Blanche lors de ce rendez-vous électoral. De plus, ces élections étaient déjà vues à l’image d’un référendum sur le bilan du président Joe Biden. Avec la sortie chaotique de l’Afghanistan en juillet 2021, la montée fulgurante de l’inflation et un taux d’approbation de moins de 35 %, on pouvait prédire que les astres étaient alignés pour les républicains.

Or, la donne a changé le 24 juin dernier. Le jugement fort controversé de la Cour suprême des États-Unis concernant l’avortement fut annoncé. Cela eut un impact immédiat sur l’opinion publique.

Depuis 1972, le jugement Roe v. Wade rendait constitutionnel l’accès à l’avortement et plus de 60 % des Américains souhaitaient que la Cour suprême maintienne le statu quo.

Dès le jugement du 24 juin, plusieurs États sous la direction des républicains ont agi pour restreindre ou éliminer l’accès à l’avortement. Pour les démocrates, cette situation a donné un nouveau souffle à la dynamique politique.

Depuis, l’administration de Joe Biden a réussi divers coups d’éclat sur le plan législatif au Congrès avec l’adoption de certains projets de loi concernant le contrôle des armes à feu, des investissements dans l’industrie des semi-conducteurs et des puces électroniques visant à être plus compétitifs face à la Chine, en plus de la loi pour réduire l’inflation, incluant des investissements additionnels pour lutter contre les changements climatiques et des mesures pour rendre plus accessibles certains médicaments pour les aînés.

En août, le département de la Justice a obtenu un mandat pour perquisitionner à la résidence de l’ancien président Donald Trump à Mar-a-Lago. Des documents hautement confidentiels, dont plusieurs concernent directement la sécurité nationale du pays, ont été trouvés. Alors que M. Trump détient toujours une bonne emprise sur le Parti républicain, ces développements ont contribué à mettre son parti sur la défensive.

Bref, à moins de deux mois des élections de mi-mandat, les démocrates ont maintenant l’espoir de créer la surprise.

La menace et l’ennemi : du jamais vu !

Le 1er septembre, le président Biden a pris la parole devant la nation pour attaquer directement son prédécesseur et ses supporters, qu’il désigne comme les « MAGA républicains » qui posent une « menace à la démocratie ». Il les a qualifiés de « semi-fascistes » et il a indiqué que les élections de mi-mandat seront une lutte pour sauver l’âme de la nation, rien de moins !

Manifestement, il s’agissait d’un exercice de partisanerie politique qui n’a rien fait pour contribuer à unifier le pays. Et il fallait prévoir que Trump allait répondre de façon cinglante, ce qu’il a fait lors d’un rallye en Pennsylvanie deux jours plus tard, en qualifiant Biden d’« ennemi de l’État ».

C’est la première fois qu’un président en exercice et son prédécesseur s’invectivent en des termes aussi provocants et incendiaires.

Pour Trump, cette réplique contre Biden en était également une à l’endroit du département de la Justice et du FBI à la suite de la perquisition de Mar-a-Lago. Il a même qualifié le FBI de « monstre vicieux ».

Pour Biden, l’ensemble de ces développements a possiblement transformé le « référendum sur le président en poste » en duel entre le président actuel et son prédécesseur, à la grande satisfaction de ses stratèges.

Les démocrates rebondissent

Les derniers sondages montrent un certain rebondissement pour les démocrates. Ceux-ci bénéficient désormais d’une légère avance dans les intentions de vote en vue des élections de novembre. Aussi, le taux d’approbation du président Biden a grimpé de cinq points à 42,7 % en un mois. Et surtout, les intentions de vote des électeurs indépendants (ni démocrates ni républicains) ont fait un bon de neuf points en faveur des démocrates.

De plus, selon un récent sondage de Quinnipiac, 67 % des Américains disent considérer que la démocratie américaine est « en danger ». Cela ne nuit assurément pas au parti de Joe Biden !

Puis, l’annulation de Roe v. Wade semble continuer de consolider les intentions de vote démocrates. Un autre récent sondage, cette fois-ci mené par le Wall Street Journal, indique que des attaques au droit à l’avortement motiveraient davantage 83 % des démocrates à exercer leur vote le 8 novembre prochain, contre 31 % pour les républicains.

Tout récemment, divers évènements électoraux ont apporté une dose d’espoir additionnelle aux démocrates. Parmi ceux-ci, l’ancienne candidate républicaine à la vice-présidence Sarah Palin, qui s’affiche ouvertement comme « pro-Trump », a subi la défaite en Alaska.

Enfin, certains candidats pro-Trump en Pennsylvanie, en Arizona, en Ohio et en Géorgie tirent de l’arrière dans les intentions de vote. Les prévisions du début de l’été sont maintenant remises en question, et avec raison.

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion