On admet généralement qu’il y a deux Québec : celui de Montréal, le spectaculaire, le bruyant, et puis l’autre, celui qui s’étend modestement autour de l’île.

Publié le 5 septembre
Rémi Villemure
Rémi Villemure Montréal

En 2018, les résultats aux élections générales du Québec étaient venus confirmer que Montréal constituait désormais un monde à part. Alors que la province choisissait le bleu, la métropole, elle, optait encore une fois pour le rouge tout en se laissant tenter par quelques accents orangés.

Dans les semaines qui avaient suivi, un sondage CROP avait déterminé que les habitants de Montréal et ceux du reste du Québec appartenaient littéralement à deux communautés d’esprit, lesquelles refusaient obstinément de s’entendre autour des enjeux identitaires. Les Montréalais posaient ainsi un regard plus progressiste sur le monde — au sens de l’idéologie progressiste — tandis que les Québécois exprimaient, quant à eux, une volonté claire d’enracinement et de conservation.

Puis le premier mandat de François Legault est venu donner du tonus à cette idée des « deux Québec ».

Un autre sondage, celui-là publié en janvier dernier, a déterminé que près de 60 % des francophones de la province appuyaient la Loi sur la laïcité de lÉtat. Quant aux anglophones — installés de façon extrêmement majoritaire à Montréal – 74 % d’entre eux s’opposaient à cette vision de la laïcité.

À quelques semaines du jour du vote, soyons francs : ce n’est plus que le sort de la géographie qui réunit Montréal et le reste du Québec.

À vrai dire, il y a longtemps que la passion a quitté le nid.

Mouvement partitionniste

Dans les dernières années, un mouvement partitionniste, très marginal pour le moment, a même vu le jour. Balarama Holness, candidat défait à la mairie de Montréal en 2021, rêve toujours d’un statut de cité-État pour la métropole de même que d’une marge de manœuvre tout à fait unique pour la ville afin qu’elle puisse renoncer aux aspirations québécoises en matière de politiques linguistique et identitaire.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Balarama Holness, candidat défait à la mairie de Montréal en 2021 et chef de Bloc Montréal

Holness, qui a obtenu plus de 30 000 voix aux dernières élections municipales et qui souhaite maintenant devenir premier ministre du Québec, a précisé la semaine dernière que s’il se lance dans cette aventure, c’est parce qu’il estime que le Parti libéral du Québec ne travaille plus pour les Montréalais. Ouvertement obsédé par les intérêts supérieurs de la métropole, il en a profité pour annoncer qu’il instaurerait un péage à l’entrée de Montréal, interdisant ainsi l’accès en toute gratuité aux non-résidants de la ville, s’il est élu.

Évidemment, Bloc Montréal — la formation de Balamara Holness — ainsi que le Parti canadien du Québec — la formation de Colin Standish qui veut abolir la loi 101 — ont très peu de chances de faire élire ne serait-ce qu’un seul député le 3 octobre prochain.

Mais est-ce pour autant une raison de ne pas prendre au sérieux ce mouvement ? Après tout, son influence est-elle destinée à s’atténuer ou à s’accentuer ?

Les données du dernier recensement nous donnent peut-être des raisons de croire que le mouvement partitionniste montréalais est voué à un brillant avenir. Montréal s’anglicise plus rapidement que le reste du Québec et pourrait ne plus jamais représenter une ville francophone. En effet, la métropole n’abrite plus que 44 % de Montréalais de langue maternelle française. La proportion de personnes parlant le plus souvent le français à la maison abaisse désormais, quant à elle, à 48,3 %.

Mais il n’y a pas que l’hégémonie de l’anglais qui pourrait éloigner Montréal du destin québécois.

Plus les années passent, plus Montréal renonce à un certain art de vivre québécois. Montréal semble renoncer au calme, à la douceur et être bien déterminée à s’ensauvager en généralisant une violence sonore, économique mais aussi armée. Les balles fusent désormais sur l’heure du dîner, et ce, dans presque tous les quartiers de la ville.

Montréal choisit donc aujourd’hui une autre trajectoire, celle des grandes métropoles multiculturelles qui piétinent sur le civisme et la courtoisie à la française. Ce qu’il souhaite par-dessus tout, c’est devenir le prochain Toronto, si bien qu’il ne se préoccupe plus depuis longtemps de s’accorder avec les aspirations québécoises.

Une nouvelle classe de politiciens a non seulement saisi cette dynamique, elle est de plus en plus déterminée à la traduire politiquement.

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