En 2022, il est plus facile au Québec de se faire déloger que de se loger. L’accès au logement n’est plus un droit, car nous vivons une période où règne l’art de se faire déloger, une sorte de far west du milieu immobilier locatif où règne la loi du plus fort.

Publié le 5 juillet
Jean Baillargeon
Jean Baillargeon Expert-conseil en analyse et communication stratégiques

Les règles du marché ne tiennent plus sur la base traditionnelle de l’offre et de la demande. J’ai l’impression que nos gouvernements, dépassés par les évènements, sont impuissants à contrer le déséquilibre actuel pour l’accès au logement abordable et social.

Le paradis des spéculateurs et de la discrimination

Le secteur de l’immobilier locatif est-il devenu le paradis des spéculateurs et de la discrimination ? Tout semble, en apparence du moins, favoriser le profit à court terme de quelques individus et de sociétés immobilières au détriment des plus démunis.

Les tactiques d’intimidation et de harcèlement sont devenues des pratiques courantes favorisant l’expulsion des locataires à faibles revenus par des « rénovictions », de personnes aînées ou vulnérables au profit de la location spéculative comme les Airbnb ou par la construction de tours de condos.

À cela s’ajoute l’augmentation exagérée du coût des loyers voisinant parfois le triple de l’augmentation de l’inflation, à laquelle le Tribunal administratif du logement (TAL) semble impuissant à rétablir un semblant de normalité.

La pénurie du logement abordable se passe dans un contexte de crise parfaite en considérant le manque de main-d’œuvre pour la construction de nouveaux logements, le besoin de rénovation du parc immobilier souvent laissé à l’abandon, la chicane entre les gouvernements provinciaux et fédéraux pour l’attribution de fonds pour la construction de projets de logements abordables et enfin, s’ajoute à cela la venue de milliers de nouveaux arrivants, qui malgré les embûches bureaucratiques de reconnaissance de leur statut et compétence, n’arrivent plus à se loger, surtout s’ils ont plusieurs enfants.

Révolutionner l’accès au logement locatif abordable et social

Le constat du chaos dans la crise du logement n’est plus à démontrer et je sais que les gouvernements ont mis en place divers programmes pour la construction de logements au cours des prochaines années.

Quelques chiffres : 37 000 personnes sont en attente de logements sociaux au Québec, et à Montréal, 6000 logements abordables sont bloqués à cause d’un différend entre le gouvernement du Québec et celui d’Ottawa.

Toujours à Montréal, 9000 logements ne sont accessibles que sur le site Airbnb. Pour combler l’absence chronique de logements et d’habitations au Québec, estimée par l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) à 100 000, je propose certaines mesures.

D’abord, geler la transformation des logements en Airbnb dans toutes les municipalités qui ont un taux d’inoccupation de moins de 3 % de logements disponibles. De plus, ajouter une surtaxe aux réservations Airbnb de 10 % en plus de la TPS et de la TVQ. Cette taxe serait versée dans un fonds destiné au logement abordable et social qui pourrait être géré par les municipalités.

Ensuite, créer un organisme à but non lucratif dont la mission serait de gérer des complexes d’habitation communautaires multigénérationnels favorisant la mixité sociale comme c’est le cas à Québec avec le complexe d’habitation Vivre chez soi et le Domaine du parc Savard, deux réussites en innovation sociale.

Enfin, nationaliser les sites religieux fermés non classés (églises, presbytères, hôpitaux et écoles privées désaffectés) afin de créer une banque de terrains et d’édifices pouvant servir à la rénovation ou la création de logements abordables et sociaux.

Déloger les citoyens en quête d’un toit est devenu un fléau économique et social. Les gouvernements ont le devoir de mettre de l’ordre dans le marché locatif immobilier.

Espérons que le sommet sur l’habitation organisé par les maires de Laval et de Longueuil le 26 août prochain permettra de débloquer des solutions, et ce, juste avant le lancement de la campagne électorale au Québec dont le scrutin est prévu le 3 octobre prochain.

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