Imaginons Robert, 82 ans : son fils toxicomane est son seul lien affectif. Ce dernier lui soutire régulièrement de l’argent et Robert a de la difficulté à dire non parce que, quand il refuse, la situation dégénère jusqu’aux coups. Il n’en dort plus et a des idées suicidaires.

Publié le 2 juillet
Jacques Brosseau
Jacques Brosseau Directeur général de Carrefour Montrose, et quatre autres signataires*

Les conséquences de la maltraitance envers les aînés sont dévastatrices : isolement, perte de sommeil, anxiété, déclin rapide des capacités cognitives, passage à l’acte, etc. Ces situations sont graves, complexes et nécessitent des interventions urgentes et beaucoup de doigté.

Depuis plus de 30 ans, des organismes communautaires spécialisés dans la prévention, le repérage et l’intervention de toute première ligne sont sur le terrain à offrir des services de proximité complémentaires à ceux du réseau de la santé et des services sociaux. Nos intervenants professionnels vont rencontrer les aînés dans leur milieu de vie pour les soutenir et les accompagner pas à pas dans les démarches qu’ils choisissent d’entreprendre pour mettre fin à la maltraitance et reprendre le pouvoir sur leur vie.

Établir un lien de confiance est crucial pour leur redonner courage et dignité. Et rien ne remplace une rencontre chaleureuse en personne pour se sentir soutenu : « Je le vois dans vos yeux que vous me croyez. »

Nos organismes communautaires spécialisés dans la lutte contre la maltraitance sont un maillon incontournable du continuum de services. Notre expertise est reconnue par les intervenants du réseau de la santé et des services sociaux, les partenaires multisectoriels et les services de police ; la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes aînées, financée par le gouvernement, reconnaît notre rôle comme étant essentiel. Au cours d’une année, c’est près de 1000 personnes aînées qui reçoivent notre aide, souvent à domicile, en plus des milliers d’autres que nous rejoignons grâce à nos activités de prévention et de sensibilisation.

Malheureusement, certains de nos organismes ont dû arrêter d’offrir ces services faute de financement. Pour d’autres, le financement reçu ne permet même pas d’assurer le maintien des équipes d’année en année. Pourtant, le nombre de demandes d’aide ne cesse d’augmenter.

À la lecture du nouveau Plan d’action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les aînés1 qui vient d’être publié, nous sommes inquiets.

Nous voulons nous assurer d’être pris en compte dans cette grande lutte contre la maltraitance dans laquelle nous sommes engagés depuis des décennies.

Nous reconnaissons pleinement l’importance et la pertinence de la Ligne Aide Abus Aînés, avec laquelle nous collaborons depuis ses tout débuts et dont on annonce une bonification (à l’intervention téléphonique ponctuelle s’ajoutera la possibilité de faire un suivi pour accompagner les personnes en situation de maltraitance). Nous voulons continuer de travailler main dans la main, en complémentarité avec les instances gouvernementales, et nous assurer d’avoir un financement récurrent suffisant pour que les aînés en situation de maltraitance bénéficient de nos services de proximité.

Afin de « Faire plus, faire mieux » pour les aînés en situation de maltraitance, il faut financer adéquatement les organismes communautaires spécialisés dans cette lutte.

1. Consultez le plan du ministère de la Santé et des Services sociaux

* Cosignataires : Lucie Caroline Bergeron, directrice générale de DIRA-Estrie ; Francine Côté Demers, directrice générale de DIRA-Laval ; Marie-Christine Floch, directrice générale du Grand Rassemblement des aînés de Vaudreuil et Soulanges ; Michèle Osborne, directrice générale du Centre action générations des aînés de la Vallée-de-la-Lièvre (CAGA-SAVA Outaouais)

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