Alors qu’une crise du logement sévit aux quatre coins de la province, les locataires font plus souvent face à des demandes de reprise du logement ou à des évictions, selon de récentes données⁠1. Un nouveau sondage de l’Observatoire des tout-petits révèle d’ailleurs que 88 % des parents de jeunes enfants vivent des inquiétudes face à un déménagement potentiel. Cette proportion s’élève à 95 % chez les familles monoparentales et celles qui ont un revenu de moins de 40 000 $.

Publié le 1er juillet
Fannie Dagenais
Fannie Dagenais Directrice de l’Observatoire des tout-petits

Source d’inquiétude pour les parents, les déménagements peuvent aussi avoir des conséquences sur le développement des jeunes enfants.

Un déménagement peut être positif pour un enfant, surtout si le nouveau logement correspond mieux aux besoins de sa famille. Toutefois, en changeant de quartier et de logement, l’enfant perd ses repères, ce qui peut être insécurisant. S’il change de milieu de garde, il devra s’adapter à une nouvelle éducatrice. Sa routine peut être bouleversée, par exemple si ses parents s’éloignent de leur travail et doivent accorder plus de temps aux déplacements. Enfin, un déménagement peut aussi amener l’enfant à perdre les liens précieux qu’il avait développés avec certains membres de sa communauté : les enfants du quartier et leurs parents, l’intervenante de l’organisme communautaire famille, la bibliothécaire qui anime l’heure du conte, les intervenants et professionnels de la santé du quartier, etc.

Bien qu’ils fassent partie de la vie, les changements peuvent générer du stress chez les tout-petits. Si l’enfant est bien accompagné par les adultes qui l’entourent, il pourra maîtriser son stress et s’adapter à la nouvelle situation.

Toutefois, il est plus difficile de maintenir ces conditions lorsque les changements sont fréquents, imprévus et qu’ils génèrent du stress chez les adultes qui prennent soin de l’enfant. La stabilité, si précieuse pour le développement de l’enfant, peut alors être compromise.

Des répercussions inquiétantes sur le développement des enfants

Selon la dernière Enquête québécoise sur le parcours préscolaire des enfants de la maternelle⁠2, 42 % des enfants de maternelle ayant vécu trois déménagements ou plus seraient considérés comme vulnérables dans au moins un domaine de développement. Cette proportion s’abaisse à 24 % chez les enfants n’ayant vécu aucun déménagement.

Les déménagements peuvent aussi avoir des conséquences sur les conditions de vie de la famille, et par ricochet sur la santé et le développement des tout-petits.

Forcées de déménager, certaines familles se retrouvent dans un logement trop cher pour leurs moyens. Elles doivent alors faire des coupes dans d’autres dépenses, comme l’alimentation, les vêtements ou les activités avec les enfants.

D’autres familles, incapables de payer leur loyer, se contentent d’un logement trop petit, parfois en mauvais état ou même insalubre. Ces logements peuvent se retrouver dans un quartier moins près des services et des transports en commun, ou dépourvu de parcs et d’espaces verts pour permettre aux enfants de s’amuser à l’extérieur. Les familles monoparentales, immigrantes et ayant un revenu plus faible sont particulièrement touchées par les problèmes de logement.

Agir sur le logement, c’est favoriser le développement et la santé des enfants, tout comme la capacité des parents de bien répondre à leurs besoins. Pour y arriver, de nombreux leviers sont à notre disposition. Le financement de logements sociaux à proximité des services, un meilleur contrôle des hausses de loyer, l’adoption de règlements pour préserver la salubrité des logements ou les subventions d’accès à la propriété en sont des exemples. Ensemble, agissons sur cet enjeu important pour les tout-petits comme les plus grands !

1. Lisez « Davantage d’évictions au Québec, selon un regroupement du droit au logement »
2. Consultez les données de l’enquête de l’Institut de la statistique du Québec, 2017

Quelques ressources utiles

Près d’une cinquantaine de comités logement et d’associations de locataires du Québec aident les locataires à défendre leurs droits.

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