Les personnes immigrantes méritent qu’on leur donne toutes les chances de réaliser leur rêve d’une vie meilleure. Et celle-ci débute par un logement convenable, salubre et abordable.

Publié le 10 juin

Mon beau-père est un immigrant, arrivé de Grèce en 1955.

Dans le Montréal de l’époque, il ne pouvait bénéficier du filet social dont nous nous sommes collectivement dotés depuis. Mais il pouvait compter sur quelques membres de sa famille arrivés avant lui. Il s’est marié cinq ans plus tard, logeant avec sa famille élargie dans un 7 ½ de l’avenue du Parc. Se trouver un logement et un emploi n’avait pas requis d’efforts surhumains, ce qui lui avait permis de s’atteler à bâtir sa nouvelle existence.

Soixante-cinq ans plus tard, c’est habité du même rêve qu’une personne immigrante débarque dans le Grand Montréal : un avenir meilleur pour elle et sa famille. Sauf que les embûches sont nombreuses.

L’immigration est un processus complexe qui requiert une kyrielle de formulaires à remplir, de rendez-vous à prendre, de recherches à mener pour trouver un logement et un emploi. Heureusement, au cours de ces premiers moments remplis d’anticipation et d’anxiété, les nouveaux arrivants sont très souvent appuyés par des organismes communautaires. Ces derniers leur donnent accès à des traducteurs et à des interprètes, à des femmes-relais qui aident les immigrantes à s’intégrer, à de l’aide aux devoirs qui permettent aux jeunes et à leurs parents de s’insérer dans le système scolaire, à des cours de francisation et à bien d’autres choses encore.

Plusieurs de ces organismes indispensables sont regroupés à la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes. Cela leur permet d’être soutenus dans leurs interventions, de collaborer et de développer et d’améliorer leurs services. Quotidiennement, ils viennent en aide à des milliers de personnes.

Le logement, un enjeu multifacette

La vie meilleure à laquelle rêvent ces personnes débute par un logement convenable, à un coût raisonnable. Dans le Grand Montréal, la situation du logement est telle qu’il leur est difficile de trouver un appartement abordable. Et quand vous allouez plus de 50 % de vos revenus nets à votre loyer, il est certain que vous aurez à réduire vos dépenses ailleurs, et que le recours à la banque alimentaire se fera le 14 du mois plutôt que le 25. On voit donc combien le logement est un enjeu multifacette : l’économie, la santé publique, la réussite scolaire et – ultimement – l’intégration même des personnes immigrantes sont affectées par celui-ci.

Plusieurs nouveaux arrivants devront, au fil de leur parcours, se déplacer de quartier en quartier, toujours un peu plus excentré, afin de trouver un logement convenable et abordable. Cette situation crée une pression sur les organismes communautaires dans ces quartiers excentrés. Et alors qu’ils sont déjà en situation de pénurie de main-d’œuvre, ils devront adapter leur offre de service à une demande en constante augmentation.

Cette pénurie est exacerbée par le fait que le bassin de travailleurs communautaires dans ces quartiers excentrés n’est pas tout à fait le même que dans les quartiers centraux. À titre d’exemple, le dirigeant d’un organisme de Lachine œuvrant en réussite scolaire me racontait offrir ses services à plus de 136 enfants de 58 nationalités.

Un chercheur de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) me confiait aussi qu’il ne manque pas d’appartements à Montréal : sur papier, il y en a assez pour tout le monde. Ce qu’il manque, c’est plutôt une adéquation entre cette offre et les besoins des locataires : il n’y a pas assez de 5 ½ et de 6 ½ convenables, de logements sociaux et abordables.

J’ai demandé au responsable d’un organisme de défense des droits en logement à quoi il rêvait. Sa réponse, évocatrice du sentiment que je constate un peu partout dans le Grand Montréal, est révélatrice de la nécessité d’élever le débat sur le logement : « Je rêve que la population comprenne qu’il existe des modèles inspirants ailleurs dans le monde. Je rêve aussi qu’on ne laisse pas près de 90 % du marché locatif au privé, que l’on reconnaisse le logement comme besoin de base essentiel avec la protection juridique nécessaire. »

« Il y a tellement de belles histoires d’immigration à raconter. Comme société, nous devons les multiplier tout en donnant à toutes et à tous la capacité de se réaliser pleinement, dans la dignité », m’a dit la dirigeante d’un organisme de Côte-des-Neiges.

« Le Canada, le Québec, Montréal ont été une terre d’opportunités pour ma famille et pour moi », m’a dit mon beau-père, à propos de son arrivée en 1955. Les immigrants de 2022 méritent la même chose.

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