Est-ce que la mission des directions de santé publique comprend aussi l’évaluation de l’impact des restrictions sanitaires liées à une pandémie sur l’état global des personnes âgées quel que soit leur milieu de vie ? Je ne devrais pas avoir à me poser cette question. Quand un proche affirme préférer mourir plutôt que de continuer à vivre longtemps isolé, à quel saint doit se vouer le proche aidant pour mettre fin au supplice ?

Publié le 21 février
Carol Patch-Neveu
Carol Patch-Neveu Montréal

Après deux ans de pandémie, j’ai le sentiment que le sort des personnes âgées n’a pas toujours été sur le radar de la Santé publique ni du gouvernement Legault. Quand, même durant la cinquième vague, on enferme et isole des résidants supposément pour leur bien, sans tenir compte de l’ampleur du tort qui leur est causé (peut-être irréversible), en faisant fi des constats alarmés des proches aidants, des requêtes des comités d’usagers ou de résidants, on ne peut pas affirmer que la Santé publique, qui émet et modifie les directives sanitaires, ait veillé au grain.

Force est de constater que le sort des aînés ne pèse pas lourd dans la balance entre les inconvénients potentiellement graves et effets bénéfiques.

Sans le travail des journalistes, le désarroi, voire la détresse des personnes vulnérables et des proches aidants demeureraient un secret trop bien gardé. Le pire est qu’il faille qu’éclate au grand jour un scandale s’apparentant à de la maltraitance, par médias interposés, afin de faire réagir les élus, des ministres et la Santé publique.

J’étais plongée dans la lecture de l’essai de Marie Charrel intitulé Qui a peur des vieilles ? au moment du point de presse de la ministre Marguerite Blais accompagnée du DLuc Boileau. Je savourais une citation en exergue d’un chapitre : « Contrairement à une opinion répandue, la vieillesse est l’âge des découvertes », Benoîte Groult, La Touche étoile, 2006.

Eh bien, des découvertes, il y en a eu lors de cette longue pandémie, pour nous, n’est-ce pas, les personnes âgées ? Dès mars 2020, vieux et vieilles, soit les 60 ans et plus, étaient tous vulnérables, donc à enfermer en devant obéir à des ordres dictés sur un ton paternaliste et infantilisant. Cela s’est plus ou moins prolongé jusqu’à aujourd’hui avec peu d’essentielles interruptions.

A trop longtemps prévalu l’enfermement, la mise au rancart, pour les résidants en CHSLD, RI (ressources intermédiaires) et RPA (résidences pour aînés), avec plus ou moins de services essentiels, sans stimulation, avec peu de contacts avec des proches et le monde extérieur. Le maintien à domicile est devenu un service de base soumis sans cesse au délestage, avec l’exclusion des loisirs et centres de jour.

Et tant pis pour la santé mentale de tout ce beau monde.

Selon une vaste et récente étude américaine, on sait que pour les personnes vieillissantes, l’isolement s’est avéré un mal pire que les risques associés à la COVID-19.

Quand on les isole et les enferme plus qu’il ne le faut, est-ce vraiment pour les protéger ou parce qu’on n’a pas le temps d’élaborer des stratégies palliant le risque de régression ?

Quand cessera-t-on d’infantiliser les personnes âgées, de les traiter en sous-citoyens, de les oublier ? J’ai envie de continuer à vieillir en ne faisant que de belles découvertes.

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