La semaine dernière, le député libéral Nathaniel Erskine-Smith a déposé à la Chambre des communes le projet de loi C-247 visant à interdire, à l’échelle nationale, l’élevage d’animaux à fourrure.

Publié le 19 février
Sophie Gaillard
Sophie Gaillard Directrice de la défense des animaux et des affaires juridiques, SPCA de Montréal

Ce sont plus de trois millions d’animaux qui sont tués pour leur fourrure chaque année au pays. La vaste majorité d’entre eux sont des renards et des visons élevés en captivité à cette fin. Les chiffres sont impressionnants, mais l’industrie est en déclin, y compris au Québec. Alors qu’en 1982, on enregistrait 226 fermes d’élevage en sol québécois, en 2018, on n’en comptait plus que 9.

Cette décroissance s’inscrit dans une tendance mondiale : l’acceptabilité sociale de la production de fourrure est en chute libre. De plus en plus de grandes marques, dont Versace, Michael Kors, Gucci et, dernièrement, Dolce & Gabbana, renoncent à l’utilisation de fourrure dans leurs collections. Les designers invoquent une préoccupation pour le bien-être animal, généralement née de pressions exercées par les groupes de défense des animaux. Au niveau législatif, plus d’une dizaine de pays ont interdit les fermes à fourrure dans la dernière décennie, dont tout récemment la France et l’Italie. En 2021, la Colombie-Britannique est devenue la première province à interdire l’élevage de visons pour leur fourrure, décision provoquée par des éclosions de COVID-19 dans ce type d’élevage. Selon un récent sondage, c’est plus des trois quarts des Canadiens qui s’opposent à l’élevage d’animaux pour leur fourrure.

Si les organismes de protection des animaux s’en sont autant pris à la fourrure, c’est parce qu’il s’agit non seulement d’un produit de luxe, absolument non essentiel, mais également parce que cette industrie est particulièrement brutale envers les animaux.

En effet, dans les fermes d’élevage, des renards, qui, à l’état sauvage, parcourent un domaine vital d’une douzaine de kilomètres carrés, se retrouvent enfermés dans de minuscules cages grillagées. Les visons, qui sont des animaux solitaires et semi-aquatiques, se retrouvent entassés par centaines de milliers dans des cages empilées les unes sur les autres à l’intérieur de hangars sans accès à de l’eau pour se baigner. De telles conditions de vie privent ces animaux d’exprimer leurs comportements naturels les plus élémentaires et occasionnent de la frustration et du stress par ailleurs bien documentés par des études scientifiques. Les méthodes de mises à mort sont des plus barbares : asphyxie pour les visions et électrocution anale pour les renards. Ce ne sont pas des pratiques désuètes de quelques élevages « vieille école » ; il s’agit de pratiques standard de l’industrie, qui sont même codifiées dans les lignes directrices élaborées par le Conseil national pour les soins aux animaux d’élevage.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Lire la description des règles d’élevage des animaux à fourrure au Canada est déjà difficile pour la plupart d’entre nous. Mais en être témoin, en personne, c’est une autre histoire.

En 2014, j’ai eu l’occasion de mettre les pieds dans une ferme à fourrure en Montérégie. Ce que j’y ai vu me hantera jusqu’à la fin de mes jours. Des hangars sombres et crasseux, l’air lourd de poussière et d’ammoniaque, avec des cages et des cages de visons à perte de vue. Des dizaines de milliers de petits yeux effrayés rivés sur moi. Le son des petits corps qui tournent en rond compulsivement, encore et encore, sans fin, dans leurs cages métalliques. Et à l’extérieur, dans la clairière d’un bois – ironiquement, un environnement qui aurait très bien pu être leur habitat naturel – une centaine de renards, emprisonnés chacun dans une petite cage surélevée. Là encore, des animaux au regard éteint qui tournent sur eux-mêmes à répétition ou font des allers-retours incessants dans leur cage. À leurs côtés, d’autres qui présentent des signes évidents d’automutilation.

Déjà en 2014, je me demandais comment c’était possible d’encore infliger ça à des animaux pour une question de mode. Nous voilà en 2022. Il est temps d’y mettre fin. Et nous avons les moyens d’y arriver avec le projet de loi C-247.

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