Augmenter le seuil des sommes que doivent débourser les fondations chaque année aurait un effet très néfaste sur leur durabilité

Publié le 12 février
Stephen a. JARISLOWSKY
Stephen a. JARISLOWSKY Président, La fondation Jarislowsky ; fondateur, Jarislowsky Fraser limité

Au cours des derniers mois, j’ai vu dans les médias canadiens un certain nombre d’articles affirmant que nos fondations, y compris la Fondation Jarislowsky que je préside depuis 1993, ne versent pas assez d’argent chaque année aux causes qu’elles soutiennent.

Il y a aussi des rumeurs selon lesquelles le gouvernement fédéral envisage d’augmenter les montants minimums que les fondations doivent débourser chaque année, qui est actuellement de 3,5 % de la valeur des fonds capitalisés pour les fondations. La plupart de ces articles ne traitent malheureusement qu’un aspect des problèmes des fondations. Il ne s’agit pas uniquement d’un taux de don. Il s’agit de savoir quelle est la politique d’investissement et de décaissement d’une fondation donnée.

Au Canada, il y a un capital total de 100 milliards de dollars investis dans des fondations. Les fondations doivent-elles exister uniquement pour les générations actuelles et compter sur la création de nouvelles fondations pour les remplacer ? Je réponds « non ». Quand je vois à quel point les gouvernements gèrent mal l’argent des contribuables, je dis « merci mon Dieu pour les fondations privées bien gérées ».

Nous nous assurons que nos dons font l’objet d’un suivi diligent pour garantir que l’argent est correctement géré et dépensé, et que ce que nous faisons a un effet de levier et apporte des idées transformatrices pour les organisations que nous soutenons.

C’est le cas du programme Navigateur que notre fondation a financé à l’Hôpital général de Montréal et qui a permis de réduire la durée du traitement du cancer du poumon de 80 à 22 jours grâce à des infirmières hautement qualifiées et expérimentées qui suivent le patient pendant son hospitalisation et une fois le patient revenu à la maison. Une fois ses preuves faites, ce programme a été repris et adopté par de nombreux hôpitaux dans toute l’Amérique du Nord. Ce n’est qu’un exemple de l’excellence que peuvent apporter des fondations bien gérées.

Les fondations apportent de nouvelles idées et ont la flexibilité de s’adapter rapidement. Elles le font en faisant confiance aux gouvernements de fournir l’infrastructure et, espérons-le, d’adopter les améliorations et les innovations des projets et programmes soutenus par des fondations. La gestion de la COVID-19 à Montréal est un autre exemple où quatre fondations québécoises se sont rapidement mobilisées pour soutenir les organisations communautaires et les bénévoles dans les arrondissements les plus touchés durant la première vague de la pandémie. Les plans d’intervention élaborés et déployés en très peu de temps ont permis de mobiliser les communautés, la santé publique et tous les intervenants, ce qui a contribué à réduire l’incidence et le nombre de cas de la troisième vague à seulement la moitié des chiffres de la deuxième vague.

Un débours minimum élevé

Vous comprendrez que de tels catalyseurs peuvent avoir une valeur à long terme pour créer l’excellence dans notre société. Examinons maintenant pourquoi le taux de 3,5 % comme débours minimum est en fait élevé.

Ayant passé 63 ans comme président et fondateur de l’une des sociétés de gestion de placements les plus prospères et les plus respectées au Canada, je sais très bien ce qui constitue un rendement annuel sûr et réalisable.

Aujourd’hui, avec une combinaison traditionnelle conservatrice d’un portefeuille contenant une moitié d’actions et une moitié de titres à revenu fixe, les rendements réels globaux des fonds atteignent à peine 2,5 %, et ce, avant les coûts de gestion de la fondation, qui peuvent facilement atteindre 0,5 %.

Nous avons donc de la chance si nous pouvons obtenir un rendement réel de 2 % sur notre argent après déduction des frais et de l’inflation, donc bien inférieur au versement minimum de 3,5 % exigé par le gouvernement.

À l’heure actuelle, les marchés boursiers sont élevés, poussés à la hausse par l’impossibilité d’obtenir un rendement sûr sur les obligations de qualité. Si ces marchés devaient chuter, cela entraînerait des ventes forcées d’actions à bas prix ou nécessiterait le maintien d’au moins 10 % d’équivalents de liquidités. Avec si peu d’argent dans des fondations au Canada aujourd’hui, la réponse est évidente.

Insister sur un montant minimum à débourser plus élevé lorsque les taux d’intérêt sont inférieurs au taux d’inflation est un risque que le gouvernement canadien ne devrait pas prendre.

En vue des problèmes redoutables à gérer comme le réchauffement climatique et les pandémies, le Canada a besoin d’un plus grand nombre de fondations bien gérées pour apporter l’excellence et l’éthique à la construction de notre pays en ces temps de besoin et pour de nombreuses générations à venir. N’oublions pas la devise de l’Ordre du Canada : Ils désirent une patrie meilleure.

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