Le jour de la marmotte était autrefois un moment d’actualité amusant – le rongeur sortant de son hibernation pour observer son ombre, présageant un hiver long ou court. Malheureusement, nous sommes à l’ère de la COVID-19. Le réveil dont nous avons besoin n’est pas celui de Punxsutawney Phil, mais plutôt de la part de nos politiciens sous la forme d’un plan visant à sortir de l’ombre de la pandémie.

Publié le 2 février
Stuart Hickox et Brett House Respectivement directeur de ONE Canada et Fellow Senior au Massey College de l’Université de Toronto

Nous attendons tous le moment où cette version cauchemardesque du film Le jour de la marmotte prendra fin. Le Canada peut jouer un rôle majeur à cet égard en envoyant un signal clair à ses partenaires mondiaux : ces temps obscurs peuvent prendre fin si nous choisissons de travailler ensemble.

Alors que le monde entame la troisième année de la pandémie, le leadership mondial brille toujours par son absence. Depuis des mois, experts et militants nous préviennent que notre réponse à la COVID-19 est défectueuse. La nationalisation et l’accumulation des vaccins par les pays riches prolongent la pandémie en plaçant la vie des populations des nations fortunées devant celle des milliards de personnes vulnérables et non vaccinées du monde en développement. Une situation encore plus préoccupante en raison de l’émergence de nouveaux variants.

Malheureusement, le Canada figure parmi les pires pays en ce qui concerne la thésaurisation des vaccins.

Nous nous sommes procuré plus de doses par personne que tout autre pays et nous stockons des dizaines de millions de doses excédentaires, privant ainsi des centaines de millions de personnes de leur première dose, alors que nous en sommes à débattre des doses de rappel.

Le Canada cherche un moyen de redorer sa réputation et d’accroître sa pertinence à l’échelle internationale. La solution réside peut-être dans un simple virage : cesser de garder nos vaccins et les partager.

Récemment, l’Organisation de coopération et de développement économiques a estimé qu’il en coûterait environ 50 milliards de dollars américains pour vacciner le monde entier. En comparaison, 10 000 milliards de dollars américains ont été dépensés dans le cadre de programmes mondiaux et nationaux de soutien à l’économie pour lutter contre la pandémie. Hélas, aucune nation n’a pris l’initiative de déployer des efforts pour vacciner le monde entier.

Le Canada pourrait remédier à ce manque de leadership et rétablir sa réputation sur la scène internationale en affectant une fraction des dépenses publiques consacrées aux programmes nationaux de relance et de soutien en faveur de l’effort visant à rétablir l’égalité d’accès aux tests, aux traitements et aux vaccins dans le monde entier. À ce jour, le Canada a consacré moins de 1 % de ses ressources destinées à la lutte contre la COVID-19 pour mettre fin à la pandémie à l’échelle mondiale. Les retombées extrinsèques de cette intervention mondiale contre la pandémie pourraient être particulièrement favorables à un pays comme le Canada, qui est fortement tributaire de l’évolution de la situation mondiale, notamment en ce qui concerne ses relations commerciales.

Les avantages d’un tel investissement sont manifestes. Il est judicieux de dépenser aujourd’hui pour prévenir les futurs variants et confinements.

Le Canada peut se positionner comme chef de file en mettant de l’argent sur la table, mais notre véritable impact peut résider dans la façon dont nous joignons ce financement à un appel à un engagement renouvelé en faveur de l’équité vaccinale, du partage des doses et de la lutte contre la mainmise des sociétés pharmaceutiques sur la propriété intellectuelle. Permettre aux pays en développement de produire eux-mêmes les vaccins dont ils ont besoin contribue également à renforcer leurs capacités et à atténuer les réticences à l’égard de la vaccination.

Une stratégie canadienne pour enrayer la pandémie devrait intégrer trois étapes qui sont complémentaires, mais sur lesquelles se sont articulées des actions de sensibilisation distinctes. En bref, une moyenne puissance comme le Canada peut promouvoir l’équité vaccinale en exhortant tous les pays à adhérer à une solution toute simple : partager, partager, partager.

Être un leader digne de ce nom

Dans un premier temps, partageons les vaccins en accélérant la livraison promise de 200 millions de doses aux populations vulnérables du monde entier par le biais du mécanisme COVAX d’ici la fin de 2022, et veillons à ce que toutes les doses excédentaires, conformément aux contrats du Canada, soient transférées rapidement.

Dans un second temps, partageons nos ressources en consacrant 1,1 milliard de dollars supplémentaires à l’équité vaccinale mondiale dans le budget 2022, notamment en faveur des partenaires de l’Accélérateur ACT pour l’achat de vaccins, de tests, de traitements, d’EPP et d’oxygène dans les pays en développement.

Enfin, partageons nos connaissances en contribuant à accroître de manière significative les moyens de production de vaccins et d’autres outils de lutte contre la pandémie à l’échelle mondiale, notamment en soutenant la dérogation temporaire des droits de propriété intellectuelle liés aux vaccins et moyens technologiques relatifs à la COVID-19 (dérogation concernant l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce), comme le propose l’Organisation mondiale du commerce. Cela implique le transfert de technologies pour la fabrication de vaccins dans le monde entier, y compris un appui financier à des centres régionaux tels que le centre de transfert de technologies en Afrique du Sud.

Le Canada a toujours joué un rôle de conciliateur reconnu à l’échelle internationale. Il est temps qu’il s’impose à nouveau comme un leader digne de ce nom.

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