La première vague de la pandémie a particulièrement touché les personnes aînées vivant en milieux de vie collectifs. Ces personnes ont été sacrifiées pour préserver l’accès aux hôpitaux. La vaccination a permis de protéger ces personnes lors des troisième, quatrième et cinquième vagues. Pour cette dernière vague, des efforts ciblés ont permis d’administrer rapidement une dose de rappel du vaccin aux personnes en milieux collectifs pour les protéger du variant Omicron. Mais les personnes âgées vivant à domicile ont cette fois été oubliées et en payent actuellement le prix.

Publié le 2 février
Réjean Hébert
Réjean Hébert Médecin, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Le Québec a été le théâtre, lors de la première vague de la pandémie de COVID-19, d’une véritable hécatombe dans les CHSLD, les ressources intermédiaires et les résidences pour aînés. Rappelons que plus de 75 % des décès survenus lors de cette première vague étaient des personnes vivant dans ces milieux de vie collectifs. Ce sont plus de 5000 morts qu’on a recensés dans ces milieux, dont près de 4000 en CHSLD. Une personne sur 10 en CHSLD est morte de la COVID-19, ce qui place le Québec en tête des provinces canadiennes et des autres pays industrialisés pour ce taux anormalement élevé de mortalité en établissement d’hébergement.

L’enquête du coroner a révélé des faits troublants quant à la gestion des premiers mois de la pandémie. On croyait que les CHSLD avaient été simplement « oubliés » dans la stratégie de préparation à la crise qui a priorisé les hôpitaux. On apprend cependant du témoignage de la Dre Jocelyne Sauvé, de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), que cet organisme avait prévenu le Ministère dès le mois de février que ce virus allait toucher de façon privilégiée les personnes aînées en milieux d’hébergement. Le gouvernement a affirmé n’avoir pris conscience du risque en CHSLD qu’en mars 2020. Qui n’a pas transmis l’avis de l’INSPQ ? Qui n’a pas informé les autorités gouvernementales du risque ? Qui n’a pas pris les décisions appropriées pour protéger ces personnes vulnérables ? Qui ne s’est pas soucié des aînés ?

Puisque le coroner n’a pas le mandat de mettre en lumière les responsabilités ou la culpabilité dans ses enquêtes, on n’aura pas de réponses à ces questions. Les personnes responsables, imputables, voire coupables dans cette affaire resteront inconnues, à moins qu’on déclenche une enquête spécifique à ce sujet, ce qui est peu probable dans le contexte actuel.

L’arrivée de la vaccination a permis de protéger les personnes âgées, particulièrement celles vivant en milieux de vie collectifs. La stratégie de vaccination a priorisé avec raison ces personnes qui ont été protégées à plus de 95 %. Les personnes aînées à domicile ont ensuite été priorisées et elles ont largement répondu en recevant les premières doses du vaccin salvateur.

La gestion de la cinquième vague montre encore une insouciance des autorités face au risque pour les personnes âgées, cette fois celles résidant à domicile. Grâce au rappel administré très rapidement en milieux de vie collectifs, les personnes hébergées ont été relativement épargnées.

Ce sont les aînés vivant à domicile qui écopent cette fois. Depuis le début de la vague Omicron, près des deux tiers des décès (1003 sur 1602) sont survenus chez les personnes âgées à domicile. Alors que les taux de mortalité en milieux de vie collectifs ont chuté considérablement dans cette dernière vague, celui des personnes à domicile a presque doublé par rapport à la première vague.

La raison en est fort simple : ces personnes ne sont pas protégées adéquatement par la dose de rappel du vaccin. En effet, à peine 75 % des personnes de plus de 70 ans sont complètement vaccinés dans l’île de Montréal, ce qui laisse plus de 50 000 personnes vulnérables à très haut risque d’hospitalisation et de décès. C’est probablement la même situation ailleurs au Québec.

Encore une fois, les personnes à domicile font les frais d’un manque flagrant de planification. Le variant très contagieux et la contamination communautaire élevée pendant cette vague auraient dû alerter les autorités du risque encouru par les aînés vivant à domicile. Le moindre contact avec l’extérieur ou la visite d’un parent ou d’un soignant les met à haut risque d’être infectés. On aurait dû les vacciner rapidement et utiliser des stratégies proactives pour les rejoindre, particulièrement ceux qui sont isolés ou en perte d’autonomie. Ceux qui n’ont pas conscience du risque de ce variant et de l’effet protecteur de la dose de rappel. Ceux qui n’ont pas l’internet et qui attendent des heures au bout du fil pour avoir un rendez-vous. Ceux qui n’ont pas de moyens de transport pour se rendre aux centres de vaccination.

Sous la gouverne du DLionel Carmant, on déploie depuis quelques jours des stratégies spécifiques pour vacciner les jeunes résistants ou insouciants. Cette approche accapare des intervenants du réseau qui ne sont plus disponibles pour les personnes âgées. Qui s’en préoccupe en l’absence de la ministre Marguerite Blais ? Qui les priorise ? On les connaît, pourquoi ne pas être proactif et les contacter ? Pourquoi ne pas financer le transport vers les centres de vaccination ?

J’en appelle à tous. Médecins, relancez vos patients. Pharmaciens, appelez vos clients. Intervenants en soutien à domicile, contactez vos usagers. Organismes communautaires, aidez vos participants. Citoyens et citoyennes, informez-vous auprès des personnes âgées du voisinage ou de la parenté. Il y a péril en la demeure. Il faut éviter une autre hécatombe en vaccinant au plus vite ces personnes vulnérables oubliées.

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