En marge de la Journée mondiale de l’alphabétisation familiale, il est plus que temps que nous parlions d’une réalité trop souvent ignorée au Québec : notre province présente d’importants enjeux de littératie, particulièrement chez les enfants.

Publié le 27 janvier
Eve Lagacé et Jessica Lesage Respectivement directrice générale de l’Association des bibliothèques publiques du Québec et directrice du programme de maîtrise en orthophonie de l’UQTR

Qu’est-ce que la littératie ? C’est ce qui permet aux citoyens, par l’usage de la lecture, de mieux comprendre et utiliser les informations à leur portée dans toutes les sphères de leur vie.

Les chiffres québécois en la matière sont alarmants :

– à leur entrée à la maternelle, 27,7 % des enfants sont vulnérables dans au moins un domaine de développement, ce qui représente près de 24 000 enfants. Cette proportion grimpe à 44,1 % chez les enfants issus d’un milieu défavorisé ;

– les difficultés en lecture qui perdurent chez l’enfant de 7 ans multiplient par quatre le risque de décrochage scolaire à 15 ans ;

– à l’heure actuelle, on dénote que 19 % des Québécois sont analphabètes et que 34,3 % éprouvent de grandes difficultés de lecture.

Comme si ce n’était pas suffisant, la crise sanitaire liée à la COVID-19 a également accentué les inégalités chez les tout-petits, alors que de nombreux enfants en situation de vulnérabilité n’ont pas eu accès à une exposition linguistique optimale durant les longs mois de confinement. Une récente étude de l’Institut national de santé publique du Québec souligne que bon nombre de parents (43 %) observent un retard dans le développement de leurs enfants dû à la pandémie.

La lecture étant le plus fort indicateur de réussite éducative, le constat est clair : il est urgent d’agir, et ce, le plus tôt possible dans la vie des enfants.

À cet égard, les bibliothèques publiques sont idéalement positionnées pour augmenter l’impact d’une stratégie de littératie familiale à portée nationale. Gratuites, ancrées au sein des communautés et accessibles, elles offrent un environnement optimal pour le développement de tous les citoyens. D’ailleurs, l’Association des bibliothèques publiques du Québec (ABPQ) et le département d’orthophonie de l’Université du Québec à Trois-Rivières ont annoncé cette semaine une initiative ciblant directement les besoins en littératie des enfants. Son programme de stimulation du langage oral et écrit en bibliothèque publique, Biblio-Jeux, présentera désormais un tout nouveau volet pour les enfants de 6 à 12 ans qui s’ajoutera aux activités pour les enfants de 0 à 6 ans et leur famille.

Il y a donc du positif : de multiples solutions et outils sont déjà offerts pour soutenir le développement des compétences en littératie de tous les enfants de la province. Plusieurs acteurs et institutions (municipalités, gouvernements, professionnels de la santé, etc.) peuvent aussi offrir un apport clé afin que les services existants soient accessibles, connus, voire bonifiés.

Pour que le Québec puisse répondre efficacement aux enjeux actuels, il faut rappeler la condition de réussite la plus importante, car elle est souvent oubliée : il est essentiel d’impliquer les parents, qui sont les premiers et meilleurs éducateurs d’un enfant.

Les parents ont un rôle fondamental à jouer auprès de leurs enfants pour que ces derniers développent de bonnes capacités en lecture, et ce, dès la naissance. Les premiers contacts d’un bambin avec la lecture sont instaurés par ses parents et ils appuient la relation qu’il entretiendra avec la lecture et l’écriture tout au long de sa vie. Qui plus est, ce sont généralement les parents qui mobilisent les outils à leur disposition pour accompagner leurs petits.

Il faut donc que tous au sein de notre société, surtout les intervenants impliqués en littératie, reconnaissent l’apport essentiel des parents et soient conscients qu’il est essentiel de les soutenir.

Parce qu’ils ont certes besoin de nous, mais surtout, parce que nous avons encore davantage besoin d’eux.

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