Personne n’a pour premier choix le suicide. On ne naît pas pour vouloir mourir. On ne se conforte pas dans l’idéation suicidaire. On ne la crée pas non plus pour avoir de l’attention. Qu’elle soit silencieuse ou qu’elle soit exprimée à voix haute, la pensée de vouloir mourir traduit une souffrance qui doit être prise au sérieux.

Publié le 27 janvier
Florence K et Karine Gauthier Respectivement artiste et présidente de la Coalition des psychologues du réseau public québécois

La dépression teinte les différents aspects de notre existence, comme des lunettes qui distortionnent la réalité. « Je n’y arriverai jamais… rien ne changera… à quoi bon l’espoir quand il ne daigne même plus me visiter… de toute façon, ça ne vaut pas la peine… »

Puis, lorsque ces pensées persistent, elles deviennent des ruminations. Des phrases qui résonnent sans cesse et qui occupent chaque recoin de nos pensées. Ces phrases ressemblent à : « Je ne vaux rien… le monde se porterait mieux sans moi… je suis coupable de tout ce qui m’arrive… je n’arrive plus à composer avec ce qui se passe autour de moi et en moi. » Des sensations physiques peuvent s’ajouter à ce tableau comme une boule dans le ventre ainsi que des émotions difficiles à tolérer comme la honte.

Si on ne reçoit pas l’aide adéquate avant que nous ne soyons plus en mesure de fonctionner, si l’on ne sait où et comment recevoir du soutien psychothérapeutique, les ruminations se transformeront sournoisement en idéation suicidaire. Un cycle de pensées incontrôlables et omniprésentes, qu’elles soient vécues en silence ou à voix haute.

Ce n’est pas la mort que l’on souhaite. On veut partir parce que la souffrance psychique nous suit partout, jusque dans notre sommeil, jusque dans nos succès, jusque dans nos moments qui, en temps normal, devraient nous apporter de la joie.

L’idéation suicidaire tue la joie dans l’œuf, enlève toute signification à nos projets. En fait, elle nous empêche même d’en avoir. Ce n’est pas que l’on veut faire souffrir ceux qui nous aiment, c’est que l’on veut cesser de souffrir et que l’on pense qu’en restant en vie, on les fait souffrir. Comment faire pour ne pas laisser la dépression nous tirer jusqu’à ce point de non-retour ? Bénéficier d’une psychothérapie dès les premiers signaux d’alarme de la dépression peut grandement changer le cours des choses. Avant que les pensées n’atteignent le stade des ruminations ou même de la psychose, elles se laissent démêler beaucoup plus aisément.

Or, dans la société québécoise actuelle, les psychologues sont un luxe, entre autres en raison de leur départ massif vers le secteur privé qui entraîne des délais d’attente de 6 à 24 mois dans le réseau public. Les conditions de travail que leur offre le réseau de la santé ne reflètent aucunement la qualité et la nécessité des soins qu’ils prodiguent. Résultat : 40,5 % des psychologues travaillant dans le réseau de la santé quittent au courant de leurs cinq premières années de pratique.

En raison entre autres de la pénurie de psychologues dans le réseau public, la population québécoise est confrontée au phénomène des portes tournantes qui est problématique à plusieurs égards.

En étant barouettées à droite et à gauche, d’un intervenant à l’autre, les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale vivent du découragement, de l’incertitude, de l’impuissance et une interminable attente pour obtenir un traitement qui est adapté à leurs besoins. Alors que l’alliance thérapeutique avec un intervenant est essentielle.

La souffrance psychologique nous dérobe déjà tout espoir. De surcroît, le message que nous avons assimilé depuis des années au Québec est que si l’on a besoin d’aide professionnelle, mieux vaut ne pas rêver, car minces sont les chances de pouvoir recevoir les soins adéquats. C’est pourquoi, si l’on veut parler de prévention du suicide, on se doit de parler d’accessibilité aux psychologues pour identifier les causes de la souffrance et les traiter. Et pour parler d’accessibilité, il faut parler de la nécessité pour le gouvernement de reconnaître la psychothérapie comme un facteur essentiel de protection et de rétablissement, plutôt que de la voir comme un luxe. Car rien ne serait plus faux.

Besoin d’aide ?

Si vous avez besoin de soutien, si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, appelez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Un intervenant en prévention du suicide est disponible pour vous 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

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