Depuis quelques années, l’industrie de la minceur prend d’assaut les réseaux sociaux pour attirer les consommateurs et consommatrices vers des brûleurs de graisse, des thés ventre plat, des traitements au laser, des jeûnes intermittents, des pilules keto, des leggings amaigrissants et bien d’autres.

Publié le 24 janvier
Laurence Sauvé-Lévesque
Laurence Sauvé-Lévesque Chargée de projet à l’Association pour la santé publique du Québec, et trois autres signataires*

Cette panoplie de produits et de méthodes de perte de poids s’avère payante pour l’industrie, mais peut mettre à risque la santé des personnes qui s’y adonnent. Les algorithmes des réseaux sociaux font en sorte que les gens préoccupés par leur poids sont bombardés de contenus et de publicités de perte de poids.

L’insatisfaction corporelle et la préoccupation à l’égard du poids ont connu un essor inquiétant avec la pandémie. Plus de 6 adultes sur 10 se trouvent trop gros et plus de la moitié sont insatisfaits de leur poids, selon un sondage Léger réalisé au compte de l’Association pour la santé publique du Québec en mars 2021.

Sur les réseaux sociaux, l’industrie de la minceur tire profit de la vulnérabilité des personnes et entretient des mythes et de fausses croyances. Les adolescents et les adolescentes, qui constituent la tranche d’âge la plus présente sur ces plateformes, sont très vulnérables face à ce type de désinformation, compte tenu des changements et défis physiques, psychologiques et émotionnels liés à l’adolescence.

Parmi les stratégies que l’industrie de la minceur déploie, le marketing d’influence est de plus en plus répandu. La popularité et la notoriété des influenceurs et influenceuses permettent de valoriser de nombreuses stratégies pour perdre du poids.

L’industrie profite du lien de confiance qu’ils entretiennent avec leurs abonnés. Bien camouflé par le contenu original de l’influenceur ou de l’influenceuse, ce marketing insidieux leurre des consommateurs.

Des pseudo-experts

De plus, les réseaux sociaux sont devenus une tribune de choix pour de nombreuses personnes qui s’improvisent spécialistes en santé et en nutrition. Ces individus prodiguent une myriade de conseils pour perdre du poids, souvent sans formation clinique ou scientifique adéquate pour émettre des recommandations sûres. Souvent parties prenantes d’un réseau de vente de produits, ces pseudo-expertes et pseudo-experts s’infiltrent jusque dans les groupes de quartiers et dans les messages privés.

L’utilisation des produits, services et moyens amaigrissants n’est pas sans conséquence sur la santé physique et mentale.

Alors qu’aucune de ces méthodes n’est efficace pour perdre du poids à long terme, ces solutions soi-disant miracles peuvent se solder par un sentiment répété d’échec, une préoccupation excessive à l’égard du poids, une relation malsaine avec l’alimentation et même des troubles de comportements alimentaires. De plus, la restriction calorique souvent associée peut mener à plusieurs problèmes de santé physique comme la fonte musculaire, la fatigue, l’anémie ou encore l’effet yo-yo.

Actions concrètes

Pour mettre fin à la désinformation entourant les pratiques de perte de poids, il est temps de prendre des actions concrètes. Les professionnels de santé dont la pratique est régie par des ordres professionnels, comme les nutritionnistes et les pharmaciens, sont en mesure d’offrir des services sûrs et appuyés par la science.

Il est nécessaire de resserrer la législation autour de la promotion des produits, services et moyens amaigrissants sur les réseaux sociaux, qui ne devraient pas contribuer à la désinformation entourant la perte de poids.

La santé physique et mentale de la population, particulièrement celle des jeunes, doit prévaloir sur les intérêts commerciaux de l’industrie de la minceur.

* Cosignataires : Christian Corbeil, directeur général d’Option consommateurs ; Stéphanie Léonard, psychologue et fondatrice de l’organisme BienAvecMonCorps ; Valérie Lucia, directrice générale de la Fédération des kinésiologues du Québec

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