Le 30 septembre dernier, en conférence de presse, le ministre Christian Dubé annonçait avec joie des assouplissements aux mesures sanitaires dans les milieux culturels et sportifs qui comportaient notamment le retour progressif des pleines jauges dans les salles de spectacle. Cette annonce fut une grande surprise pour le milieu culturel, dont plusieurs joueurs clés n’avaient pas été consultés.

Publié le 20 janvier
Rachel Morse et Laurence Régnier Coprésidentes du Conseil québécois du théâtre*

Ainsi, à peine quelques semaines plus tard, nous apprenions que nous étions soudainement et sans avertissement parmi les premiers secteurs d’activité à devoir refermer leurs portes devant la montée des cas liée au variant Omicron.

À ce jour, nous sommes toujours en attente des données sur lesquelles s’appuie cette habitude de fermer en premier lieu nos établissements lorsque la situation se dégrade. Nous espérons sincèrement ne pas être les derniers à rouvrir lorsque la situation sanitaire sera meilleure. Cette méthode effrite le lien de confiance avec les publics que nous tentons de fidéliser malgré tous les soubresauts de la crise.

Nous comprenons que faire preuve de prévisibilité dans un contexte aussi nouveau et incertain est difficile, et que la priorité doit être donnée au système de santé et à ses travailleurs envers qui nous exprimons toute notre solidarité.

Mais cette fragilité n’explique pas pourquoi nous restons devant de si nombreuses interrogations.

Pourquoi la gestion des salles continue de se faire de manière transversale comme s’il n’y avait pas de grandes différences entre les réalités des grands amphithéâtres et des salles de spectacle à plus petites jauges ?

Pourquoi nous donne-t-on souvent 48 heures de préavis, parfois moins, pour changer nos plans de salle, mettant ainsi une pression supplémentaire sur nos équipes déjà sursollicitées par la gestion des mesures sanitaires ?

Après deux ans, il est irréaliste de parler encore d’une situation temporaire. Les individus sont en situation d’épuisement et le milieu subit de grands dommages qui vont jusqu’à l’exode du milieu culturel vers d’autres secteurs d’activité et la détresse psychologique.

Une vision à long terme

Dans ce contexte, il est impératif que nous puissions avoir accès à une vision à long terme et à un plan de sortie de crise, cela fait déjà plusieurs mois déjà que nous l’évoquons.

Nous avons été convoqués prochainement à des rencontres de travail avec le ministère de la Culture et des Communications pour discuter de l’avenir. Nous sommes contents de participer à ces rencontres et nous pensons que cette discussion doit être le début d’un dialogue continu et d’une présence plus marquée de la ministre Nathalie Roy dans l’espace public afin que le milieu perçoive que les défis auxquels il fait face sont compris et défendus.

Dès maintenant, il nous faut unir nos esprits et nos expertises afin de trouver des solutions aux multiples défis qui nous attendent à moyen terme.

Par exemple, avec les nombreux reports qui se sont succédé, les calendriers de programmation débordent jusqu’en 2024, et cela, sans la perspective d’un nouveau confinement. Qu’offre cette vision aux artistes indépendants ? À ceux qui ont gradué récemment ? À ceux qui attendent de jouer, d’être joués, de faire connaître le fruit de leur immense travail depuis deux ans déjà ? Comment la prise de risque et l’expérimentation trouveront-elles leur place dans de telles circonstances ? Comment le secteur dédié aux jeunes publics encaissera-t-il ce choc, lui dont le premier partenaire, le milieu scolaire, est aussi mis à mal par ces 22 mois de pandémie ?

Depuis le début de la pandémie, nous répétons aussi que les principales mesures en place ne tiennent pas assez compte de ceux dont la carrière ne passe pas toujours par les lieux de diffusion plus traditionnels.

Que pouvons-nous faire pour les artistes qui sont peu ou pas aidés ? Qu’arrive-t-il à ceux dont les revenus dépendent d’engagements avec les écoles, les bibliothèques, les tournées internationales ou d’autres organisations qui ne sont pas soutenues par les mesures d’aide à la diffusion ?

Les conséquences de ce nouveau confinement sont brutales. Elles laisseront des traces qui méritent davantage que quelques précisions administratives. Le dialogue doit être transparent, éclairant et continu.

Nous demandons que cesse le silence du gouvernement autour de la situation des arts vivants et que des gestes concrets soient posés pour assurer la santé pérenne de la vie culturelle du Québec.

*Cosignataires : Luc Boulanger, président de l’Association québécoise des auteurs dramatiques ; Cédric Delorme-Bouchard, président de l’Association des professionnels des arts de la scène ; Danièle Drolet, présidente de l’Association des diffuseurs spécialisés en théâtre ; Maude Gareau, présidente de l’Association québécoise des marionnettistes ; Françoise Henri, présidente du Conseil québécois de la musique ; David Laferrière, président de RIDEAU ; Étienne Legault, président des Voyagements — Théâtre de création en tournée ; Hubert Lemire, président de l’Association des compagnies de théâtre ; Marc-Antoine Malo, président de Théâtres associés (T. A. I.) inc. ; Ismaël Mouaraki et Stéphanie Therriault, coprésidents de La danse sur les routes du Québec ; Éric Noël, président du Centre des auteurs dramatiques ; Nalo Soyini Bruce et Gabe Maharjan, coprésidentes, Quebec Drama Federation ; Joachim Tanguay, président de Théâtres Unis Enfance Jeunesse ; Kathryn Westoll, représentante régionale, Professional Association of Canadian Theatre ; Paul Caskey et Fannie Bellefeuille, coprésidents du Regroupement québécois de la danse

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